06.05.2009

LA SANTE CONFISQUEE?

Les débats sur la santé sont très fréquents dans notre société. Il ne se passe une semaine sans que, sous diverses approches, les médias ne se consacrent à ce sujet. Divers « spécialistes » du monde politique, médical, social, sont apparemment d’accord sur un point : « nous avons le meilleur système de santé, les meilleurs hôpitaux, les meilleurs médecins »…Cela est très rassurant dans une société secouée par les crises et les peurs de toutes sortes ! Aussi est-ce assez curieux que cette méthode Coué nationaliste qui s’efforce d’affirmer que nos « métiers de santé » sont à la pointe du progrès, est parallèlement accompagnée de toutes sortes de « nouvelles » alarmantes…L’exemple le plus récent est celui de la « grippe mexicaine ». Des informations multiples, contradictoires, alarmantes se déversent sur des millions de gens qui finissent par être complètement perturbés…Dangereux ? Pas dangereux ? Pourra-t-on trouver à bref délai un vaccin efficace ? Si oui, y aura-t-il assez de vaccins pour tous ? Jour après jour, on fait, dans le monde entier le compte des « cas avérés ». Chaque nouveau cas est publié au travers de tous les médias disponibles. On parle de pandémie…puis on dément…pour ajouter que « peut-être » une pandémie va se répandre à l’automne…Que penser de tout cela ?

Quand on prend conscience des misères dans le monde, où des maladies de toutes sortes tuent à chaque instant des milliers d’êtres humains, la focalisation extrême des médias et des politiques sur les « cas de grippe mexicaine », devient quelque peu dérisoire. Alors pourquoi tout ce battage ? Parce que la santé est devenue de plus un enjeu politique où des intérêts divers s’affrontent. Le domaine de la santé est celui qui touche toutes les couches de la société : tout le monde peut tomber malade, tout le monde a besoin de soins. A tel point que tous les responsables des « professions de la santé » jouent un rôle extrêmement important dans la société moderne. Les hommes politiques ont intérêt à tenir compte du « contre-pouvoir » que peuvent représenter tous ceux et celles qui ont de grandes responsabilités dans les structures s’occupant du domaine de la santé sociale. Le bras de fer entre les tenants et adversaires des tentatives de réformes dans le système hospitalier en est un bon exemple : va-t-on accepter que les hôpitaux soient gérés dans une optique uniquement financière de rentabilité ou la santé du patient sera-t-elle prioritaire ? Nous connaissons tous les dérives possibles dans les deux sens : examens multiples parfois inutiles et onéreux…ou laxisme dangereux dicté par la seule rentabilité. Alors que faire ? Une fois de plus, ce n’est que dans une prise de conscience à tous les niveaux, qu’un juste équilibre pourra être trouvé. En parodiant une fameuse réplique, on pourrait dire que « la santé est une chose trop sérieuse pour la déléguer aux seuls spécialistes, fussent-ils médecins ou politiciens » ! Ce n’est pas en « délégant » que l’on peut régler les problèmes sérieux.

Chaque citoyen est dans une large mesure, responsable de sa vie, donc aussi de sa santé. Bien des maladies pourraient être évitées par une bonne hygiène de vie. Vivre sainement signifie se nourrir d’une manière équilibrée, d’aliments non trafiqués, bouger, se cultiver pour être aussi « bien dans sa tête ». Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet ! D’autre part, il faudrait peut-être aussi prendre conscience du fait que bien des « maladies de moindre importance » pourraient être guéries par des thérapies douces de médecines alternatives. Dans bien des hôpitaux européens, les médecines chinoises, tibétaines, l’homéopathie etc.., trouvent leur place et sont hautement appréciées tant par les malades que par le corps médical. Mais là encore les mentalités devront évoluer en France.

Prenons le cas de l’homéopathie. Cette médecine a été « inventée » par le docteur en médecine Samuel Friedrich Christian Hahnemann (1755-1843) : soigner « le mal par le mal ». L’idée de départ était de faire absorber au patient en dose infime, la substance qui à l’origine de la maladie, pour pousser l’organisme à former lui-même l’antidote…Donc l’idée centrale était en quelque sorte la même que celle que Pasteur a appliquée pour trouver son vaccin. Cette idée, Hahnemann l’avait appliquée à travers des dilutions répétées, pour arriver à des potentialités qui ne pouvaient plus être mesurées par les outils de travail usuels. Sa médecine a pris rapidement un grand essor car elle s’avéra très efficace, d’autant plus, qu’apparemment il n’y eu jamais d’effets secondaires indésirables. L’homéopathie s’est par la suite constamment développée et maintenue jusqu’à nos jours.

Or que n’a-t-on lu et entendu a propos de l’homéopathie ! Que c’était de la poudre de « perlin-pinpin », que c’était nul, que jamais on n’a pu prouver une quelconque efficacité quant à cette prétendue médecine ! Que tout était misé sur « l’effet placebo », càd sur le mental, l’imaginaire du patient : il « croit » à cette médecine…donc il va s’imaginer qu’elle le guérira..et de ce fait, va « guérir ». Voilà ce que prétendent une grande majorité de « spécialistes du corps médical ». Sur quoi se basent-ils sinon sur leur propre dogmatisme, leur propre certitude, leur propre imaginaire ? Les innombrables malades qui, au cours des siècles ont retrouvé la santé grâce à la « médecine Hahnemann » auront-ils tous été de « doux illuminés victimes de l’effet placebo » ? En toute honnêteté il serait pour le moins présomptueux et abusif de le prétendre ! Or une majorité conservatrice parmi le monde médical s’arroge apparemment ce droit…A croire que l’humanité « consciente et intelligente » n’a émergée qu’aujourd’hui !
N’est-il pas curieux que la médecine homéopathique n’a pas seulement trouvée son application chez les humains, mais aussi chez les animaux ? Nombreux sont aujourd’hui les vétérinaires qui utilisent l’homéopathie pour guérir « leurs patients du monde animal » ! Il est de notoriété publique que les chevaux de course qui représentent un investissement financier important, sont souvent soignés par l’homéopathie ! Encore et toujours un effet placebo ?? Il est tout de même symptomatique qu’à notre époque, où tout est axé sur l’utilitaire, l’efficacité, le pragmatisme, on se refuse à reconnaître une évidence immédiate : l’utilité d’une médecine qui a fait ses preuves et qui n’est nullement onéreuse ! Peut-être est-ce là son « défaut » le plus direct ! Apparemment ce qui est cher a plus de valeur, est plus efficace ! Il est assez navrant de devoir constater que trop souvent l’objectivité, l’esprit d’ouverture (qui devrait être la qualité première de tout véritable scientifique) et l’humilité devant l’infinité de la connaissance, manquent cruellement tant chez nos scientifiques que chez nos politiques.
Il ne se passe de mois où, à travers divers médias, l’homéopathie ne soit discréditée. A croire qu’elle dérange bien du monde, alors que de plus en plus de patients, découragés ou abandonnés par la médecine traditionnelle, se tournent vers elle ! Alors il arrive même que les adversaires de l’homéopathie ne répugnent pas à employer la désinformation voire la calomnie…On a ainsi pu lire un article dans un grand hebdomadaire français, que l’homéopathie avait pu s’établir dans une Allemagne où prédominait l’idéologie nazie ! Quand on replace l’origine de l’homéopathie dans son vrai contexte, on peut constater l’ignorance et la méchanceté employées par les adversaires acharnés de cette médecine, à seule fin de la discréditer auprès d’un public peu soucieux de vérifier ces affirmations…

Un des biens les plus précieux de l’être humain est sa santé. Il s’agit là véritablement d’une question, à long terme, de vie ou de mort. Comment saurait-on dès lors abandonner cet enjeu primordial à quelqu’un d’autre, fut-il un « spécialiste ». Nul expert ne peut se targuer de se mettre à ma place, pour savoir ce qui est bon pour moi. Certes, il pourra toujours me conseiller, mais en définitive, ce sera toujours à moi de prendre la décision ultime. Dans ma liberté, ce sera à moi de choisir ma façon de vivre, de me soigner, de déterminer mon devenir . Toute intrusion dans ce choix sera contraire à ma vocation d’être libre et responsable. Une santé accompagnée, oui, mais un total refus à une « santé confisquée » !

26.10.2008

A LA RECHERCHE DU GRAND AMOUR?

Amour, amour, quand tu nous tiens!..Que de fois n’a-t-on, dans notre société, parlé, écrit, chanté sur le thème récurrent de l’amour!..Or, si on nous demandait de définir ce qu’est véritablement l’amour, nous serions peut-être embarrassés, car il s’agit d’une notion qui diffère selon les époques et les cultures. Elle varie aussi individuellement selon le niveau de culture. Si la représentation la plus répandue est celle qui assimile l’amour à son expression purement corporelle, physique, la sexualité, il en existe d’autres : l’amour maternel, paternel, filial.
Nous savons que dès le Moyen-Age, les troubadours et trouvères chantent « l’amour courtois » qui est chevaleresque et représente un idéal. Bien plus tard « l’amour romantique » tracera une vision passionnée et tourmentée de ce sentiment. A un tout autre niveau, celui par exemple des religions, existe une notion « d’amour divin » assortie, pour ce qui concerne le christianisme, d’une part sacrificielle: le Christ est mort sur la croix par amour pour les hommes. Quelle différence entre la représentation de l’amour comme expression du fait sexuel et celle du sacrifice volontaire…
Dans notre société occidentale contemporaine, essentiellement matérialiste, la représentation de l’amour a souvent pris les couleurs et l’aspect de l’atmosphère ambiante: la société dite de consommation porte en elle les images qui dictent son comportement. L’amour ravalé à son expression purement physique, matériel, devient un bien de consommation comme tous les autres. Sous cet aspect, l’amour peut s’acheter, se vendre. Ce « produit » est en fait une prestation de service: « faire l’amour » peut être une activité rémunérée, lucrative. Certes, cette expression sexuelle de la notion n’est pas nouvelle dans l’histoire de l’humanité, mais jamais dans le passé, il n’y a eu une telle industrie du sexe. Les produits dérivés allant des produits dits érotiques à la pornographie font partie d’une société en quête de plaisirs effrénés pour tromper son ennui et sa peur du vide…
Il est inutile de décrire les échecs que génère cette vision de l’amour. L’union charnelle de deux individus peut-être indéniablement une source de plaisir. Peut-elle à elle seule « créer l’amour »? Cela est moins sûre. L’union charnelle peut naturellement être une expression d’amour? Elle le peut mais n’en est pas le garant. Si l’on s’interroge si « faire l’amour » est une expression adéquate, on arrive rapidement à une impasse: cela supposerait qu’en accomplissant un acte sexuel on crée de l’amour…Est-ce la vérité ou y a-t-il confusion? N’y a-t-il pas là une illusion assimilant l’amour au plaisir partagé? Si on envisageait que chaque fois que l’on « fait l’amour », on créerait «  sui generis » de l’amour, le monde regorgerait d’amour et serait bien le paradis sur terre! Or c’est loin d’être le cas. On doit donc en déduire que l’amour physique peut être l’expression d’un amour existant mais plus rarement en être l’origine ou le garant certain…Le nombre grandissant de couples en situation d’échec est une résultante directe d’une approche « amoureuse » uniquement axée sur la sexualité. Il semble qu’un partage apparent basé uniquement sur le corporel se révèle finalement comme une aventure souvent égoïste où un partenaire exploite l’autre ou même où les deux s’exploitent mutuellement…Or tous les égoïsmes finissent un jour dans un affrontement, donc tout le contraire d’une union.
Il semble donc qu’un amour idéal qui selon bien des poètes devrait durer « toujours » n’existe pas…ou alors il faudrait le chercher ailleurs…Comment s’imagine-t-on un amour parfait? Chacun de nous a sa propre vision de cet idéal car en fait, il faudrait d’abord se poser la question de savoir ce que signifie « aimer ». Un élément semble déterminant et ne saurait être, en toute bonne foi, contester: un véritable amour ne saurait exister sans liberté. Nul ne saurait nous contraindre à aimer quelqu’un. Et l’échec d’un « amour » uniquement basé sur la sexualité est forcément condamné à échouer car étant basé sur une « loi naturelle » qui est celle qui régit toutes les espèces vivantes dans la nature, elle se place objectivement dans une « loi de nécessité » et non de liberté. En fait « l’amour-libre » censé exister dans le domaine de la sexualité, est une fiction. En s’imaginant affirmer sa liberté en exerçant sa sexualité, l’individu ne fait que s’assujettir à une pulsion naturelle, primaire, inscrite dans son « animalité » pour assurer la continuité de l’espèce…Donc une nécessité et non une liberté. Où alors faut-il chercher l’amour, si toutefois il existe?
Si nous considérons l’histoire de l’humanité et les différentes cultures, nous pourrons constater que la signification du mot amour a beaucoup varié selon les âges. Nos très lointains ancêtres auraient certainement beaucoup ri, si on leur avait dit que le fait de s’accoupler était de l’amour! Ce n’est qu’au Moyen-Age qu’on trouve les traces de la notion « d’amour courtois », chevaleresque, magnifié à travers les textes des troubadours et trouvères. Cette expression de l’amour a fortement marquée l’occident. Bien plus tard naîtra en Europe « l’amour romantique », le triomphe du sentiment passionnel…Toutes ces approches nous livrent des visions partielles qui célèbrent l’amour, mais qui en définitive, ne parviennent pas à nous en faire découvrir les ressorts intimes. Alors où chercher?
La philosophie grecque qui est le berceau de notre pensée européenne peut, peut-être, nous donner une piste intéressante. Tournons-nous vers Platon: dans son écrit intitulé « le banquet » qui rassemble divers « discours de Socrate », on trouve dans les 6ème et 7ème discours, des textes concernant la vérité et la réalité de l’amour. Socrate souligne qu’il existe, en fait, différents niveaux d’amour. Il dit avoir été initié à ce mystère par Diotima (dont le nom signifie « celle qui honore Dieu) qui est une prophétesse-philosophe qui puise ses pensées à la source de l’amour divin. Et Diotima lui confie le grand secret sur l’amour et ses métamorphoses: de par son essence, l’amour s’enflamme au départ, au contact de tout ce qu’il peut voir et toucher, par exemple le corps d’un être humain. La dynamique de l’amour part du concret, du physique. Mais Diotima souligne que l’amour lié au corporel ne suffit pas à satisfaire le cœur humain. L’amour s’attache à la beauté..or la beauté corporelle est éphémère. Dès lors l’amour se cherche une dimension qui la soustrait au temporel et va essayer de s’attacher à la « beauté intérieure » de l’être aimé, « d’aimer son âme »…Puis cet amour peut encore s’élever et s’intéresser à l’individualité profonde de l’être, à sa façon de penser, à son esprit.
Nous ne pouvons, dans le cadre de ce bref exposé, étudier en détail, dans toute sa profondeur, le texte de Platon. Ce qui nous semble du plus grand intérêt, ce sont les pistes de réflexion qu’il ouvre.
Diotima, à travers le texte de Platon nous enseigne que l’amour humain naît au contact de la réalité corporelle, matérielle. S’il reste solidaire du seul « support physique », il s’inscrit dans la loi de tous ce qui est d’ordre physique, à savoir le vieillissement et l’anéantissement, l’éphémère. On reste, sur ce plan, confiné dans la vision matérialiste du monde et de l’individu en particulier. Un autre aspect est aussi évident dans la réalité physique: l’union de deux êtres est impossible car deux corps ne peuvent fusionner, chacun étant « prisonnier de son propre espace corporel ».
Mais dès lors que l’on envisage que l’être humain ne se définit pas seulement par son corps physique « extérieur », mais aussi par un « espace intérieur », celui dans lequel il vit sa propre vie sentimentale, émotionnelle, affective, ce qu’il est convenu d’appeler son âme et d’un espace encore plus intime qui est celui de son individualité profonde, son « moi » , ainsi que sa pensée, cet ensemble qu’on peut désigner par « son esprit », d’autres formes d’amour sont envisageables.
Dans cette approche trinitaire de l’individualité, l’amour peut entamer une évolution, une métamorphose, qui le portera de plus en plus haut, dans sa qualité profonde. Même un amour fusionnel devient possible, car les espaces de l’âme et de l’esprit ne sont pas ceux de l’espace physique! Reprenons encore une fois, sous une forme simple l’enseignement de Diotima: on commence par aimer le corps de l’autre, puis on apprend à aimer la chaleur de son âme et finalement la lumière de son esprit. Cette vision n’est-elle pas extraordinaire et « sage » dans l’acceptation philosophique? Loin de « condamner » l’expression corporelle de l’amour, elle invite au dépassement pour conférer à l’amour une qualité transcendante et éternelle! A partir du stade primaire de l’expression amoureuse corporelle, qui est utile, nécessaire, mais qui par sa nature et sa fonction est liée à une nécessité, donc à une « non-liberté » et à un égoïsme individuel ou partagé, l’amour peut dépasser ce stade par une libre résolution individuelle. Plus encore, il devient possible de prouver à « l’autre » que je n’aime pas seulement son corps qu’il me serait possible « d’exploiter égoïstement », mais aussi son âme et son esprit! Des niveaux et dimensions qui dépassent le temps et l’espace!
Un autre aspect devient dès lors évident: en se plaçant aux niveaux de l’âme et de l’esprit, l’expression amoureuse prend d’autres couleurs, de nouvelles qualités insoupçonnées. L’amour devient dans tous les sens du terme, « pur, altruiste, désintéressé », car dans ces dimensions il devient pratiquement impossible « d’exploiter l’autre »: on l’aime « gratuitement » pour ce qu’il est, pour ce qui l’intéresse, pour ce qu’il aime. Au lieu de prendre, on s’oublie soi-même pour donner sans compter sur un retour. Ce cheminement de l’amour devient plus compréhensible si on médite les paroles de Jésus qui dit: « aime ton prochain comme toi-même ». Que signifient ces paroles? Elle signifie qu’il faut commencer par s’aimer soi-même pour ensuite arriver à aimer l’ autre. Le premier stade de l’amour passe par « l’amour égoïste » qui est un passage obligé. Là, se situe aussi les expressions d’amour attachées au corps, au physique. Mais si l’amour reste ancré à ce niveau, il en subi fatalement les conséquences c. à d. qu’il restera au niveau de l’égoïsme, qui par la dynamique qui s’y rattache, va l’éloigner de l’autre…L’amour, pour durer, doit surmonter les forces inhérentes à l’égoïsme pour les métamorphoser en « altruisme », en intérêt et en amour pour l’autre. A partir de là, il sera aussi possible d’étendre cet amour à tous, selon le précepte: « aimez-vous les uns les autres » tel que l’enseigne Jésus-Christ.
La culture grecque, à ce titre, est riche d’enseignements et il serait bien dommage de la reléguer au rang « d’antiquité »…Elle était bien plus apte à exprimer la complexité du mot « amour ». Aussi avait-elle trois expressions distinctes pour désigner ce que, de nos jours, on exprime unilatéralement, indistinctement par le terme amour: eros, philia et agape. Eros signifiait l’amour lié au corps, philia l’amour lié à l’âme (amitié, affinité sentimentale, sympathie..) et agape l’amour parfait lié en quelque sorte à l’esprit puisque cet amour se devait d’être libre et idéal. Cette dernière forme d’amour, souvent désignée comme « l’amour platonique » a été souvent mal comprise par nos contemporains. En fait elle a trouvé sa pleine signification dans le message christique évoqué plus haut.
Cet exposé serait incomplet sans l’évocation d’une forme d’amour toute spéciale et hors norme: l’amour comme forme de recherche d’idéal, dans la vie religieuse. Il existe des hommes et des femmes qui, dans un engagement personnel et libre, font vœux de pauvreté et de chasteté. Par cette démarche, ils renoncent donc à une forme d’amour charnel, pour tendre vers un autre idéal qui leur semble plus valable. Ils veulent être entièrement au service des autres, notamment des plus pauvres, des plus démunis. C’est dans ce cadre que s’inscrivent des personnalités telles que sœur Emmanuelle ou encore l’abbé Pierre…Si elles sont devenues tellement populaires, ce n’est pas seulement du fait des médias, mais parce qu’elles étaient des « révoltées » incommodes pour les autorités, mais entièrement au service de ce qu’elles estimaient être juste et bon pour les êtres humains. Un espoir et une lumière pour tous ceux et celles qui sont désespérés de vivre dans un monde de plus en plus inhumain et où seul compte l’argent, la puissance matérielle…
Les personnalités qui ont laissé de magnifiques exemples d’abnégation et d’humanité, nous dévoilent encore un autre mystère attaché à l’amour: c’est en donnant que, involontairement, on s’enrichit! Le grand penseur visionnaire autrichien, Rudolf Steiner, a évoqué cet aspect de l’amour dans diverses conférences. Il l’illustre par une image qui, à première vue, semble complètement absurde. Il dit en substance: imaginez deux verres, l’un vide, l’autre plein d‘eau…On vide peu à peu le contenu du verre plein dans le verre vide…Et voilà que loin de se vider, ce verre continue sans cesse à déverser l’eau…C’est une illustration de l’amour véritable: en donnant sans compter et sans espoir de retour, l’être humain s’enrichit par une loi inhérente au véritable amour! Car le don de l’amour est toujours désintéressé, gratuit, jamais il ne recherche un avantage. Le premier épître de St-Paul aux Corinthiens (13/4-7) illustre magnifiquement l’amour parfait: « L’amour est patient, serviable est l’amour, il n’est pas envieux, il ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas, ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal, ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité… ».
On aura compris que le véritable amour suppose un chemin long, une prise de conscience sans cesse plus vigilante de la réalité du monde où nous vivons et de nous-mêmes. On ne « fait pas l’amour », on le construit, jour après jour, en aimant « l’autre » dans sa spécificité, dans ses qualités et ses faiblesses, pour l’aider à vivre et à avancer sur sa route. L’amour de l’autre est la clef du bonheur véritable et de l’épanouissement pour tous.

14.09.2008

LE MENSONGE, UN JEU DE SOCIETE?

Un esprit attentif aux évènements du monde et de la société dans laquelle nous vivons, remarquera, au fil des jours, qu’à tous les niveaux, dans tous les milieux, le mensonge sévit. Oui, la vérité est souvent bafouée, trahie…Certes, ce n’est pas aujourd’hui que l’on a inventé le mensonge. Il est aussi vieux que l’humanité. Il a revêtu des formes diverses allant du « mensonge de circonstance » pour se tirer d’un mauvais pas, à la stratégie de la « ruse de guerre » ou encore à un machiavélisme de bon aloi pour manipuler l’adversaire. Ce qui est nouveau dans le monde contemporain, c’est que la diversité et la rapidité des médias, des moyens de communication, font que la « non-vérité » qu’est le mensonge, se répand à une vitesse telle que son impact est incommensurable.

De tous temps, les religions ont condamné le mensonge, le considérant comme une forme de blasphème contre Dieu ou les Dieux considérés comme les détenteurs et les garants de la vérité. Porter une « non-vérité » dans le monde était considéré comme une atteinte grave à l’harmonie du monde et de la société. Plus tard, les philosophes de l’ère des lumières, puis la morale laïque républicaine se sont engagés à défendre la vérité et de ce fait, condamnaient fortement toute forme de mensonge.
Cela n’a naturellement nullement empêché le mensonge de proliférer dans le monde.

Aujourd’hui, dans notre société matérialiste focalisée sur l’argent, sur le pouvoir sous toutes ses formes, le mensonge a repris des couleurs nouvelles, est devenue une stratégie sophistiquée pour gagner sur tous les terrains de la vie sociale et économique. Les religions n’ont plus une emprise déterminante sur la société, la morale républicaine est devenue une « instruction civique » sans grande conviction, l’interdit du mensonge ne se révèle que devant des affaires ou scandales graves qui finissent devant une juridiction…

Dans une société matérialiste et où un libéralisme souvent sauvage se définit par une déshumanisation grandissante, le mensonge s’est fortement banalisé, la fin justifiant tous les moyens. Nous pouvons tous, en nous basant sur nos propres observations, nos propres expériences, constater les multiples visages que prend le mensonge à tous les niveaux. Dans toutes les structures sociales, économiques, sur les lieux de travail, en politique, nous pouvons au fil des jours, répertorier tous les mensonges qui sévissent. Nous savons tous qu’une large partie de la stratégie déployée, dans le domaine de la publicité, repose sur une technique très raffinée du mensonge ! Le mensonge s’est diversifié et s’est instillé un peu partout. Il s’est banalisé, il est devenu une sorte de jeu de société : si quelqu’un est lésé c’est qu’il n’était pas vigilant…donc il n’aura qu’à se prendre à lui-même. Celui qui est devenu un « gagnant » par le mensonge, est considéré comme particulièrement malin et intelligent.

Or le mensonge est-il vraiment banal, anodin ? Si on analyse sommairement le « phénomène du mensonge », de manière pragmatique, sans y attacher immédiatement une connotation morale, que peut-on constater ? Quels sont les éléments qui entrent en jeu ? Les intentions, le but. Les conséquences…
Pourquoi ment-on ?
- pour cacher la vérité
- pour affirmer une « non-vérité »
- pour obtenir un avantage (puissance sous tous ses aspects, argent, bien matériel etc ..)
- pour masquer des faits ou évènements répréhensifs.

Si nous nous penchons sur les conséquences objectives du mensonge, que constatons-nous ? Le mensonge vit ses beaux jours tant qu’il peut se cacher derrière un masque d’illusion. Mais la vérité, telle un bouchon entravé quelque temps au fond de l’eau, arrivera tôt ou tard, à refaire surface. Que se passera-t-il alors ? Celui ou celle qui s’estimera victime du mensonge se considèrera, à juste titre, comme bafoué, lésé, blessé profondément dans son amour-propre. Il se dira meurtri au plus profond de lui-même et sa colère sera à l’échelle de son indignation légitime. Pourquoi ? Parce que chaque être humain veut connaître la vérité et estime le mensonge comme une atteinte personnelle à sa dignité. Que ce soit un mensonge par intérêt ou celui qui consiste à masquer une trahison, il laissera toujours des traces douloureuses chez celui ou celle qui en est la victime. Une atteinte grave à la confiance.

Les crises et malaises de notre société actuelle sont, pour une large partie, le résultat du mensonge dans tous les domaines de la vie sociale. La nature, la dignité humaine a ses exigences. Parmi ces dernières, le droit à la vérité est essentiel. Négliger cette réalité, c’est introduire constamment dans la société un poison subtil, sournois et destructeur.

Le grand penseur et visionnaire Rudolf Steiner (1861-1925) avait analysé, dès le début du siècle dernier, les causes véritables des crises sociales. Un des facteurs déterminants, est la vision essentiellement matérialiste de la société moderne occidentale. Sous cette optique, l’homme est souvent réduit à une seule dimension « d’animal supérieur ». Dès lors, la société devient une sorte de jungle où règnera la loi du plus fort, du plus malin, du plus intelligent. Tout devient légitime pour éliminer ou dominer l’autre, pour arriver à ses fins. Le mensonge devient dès lors un moyen efficace pour faire triompher les intérêts personnels, les égoïsmes. Au nom de l’efficacité, on sacrifie la vérité. Le plus grave, c’est qu’ en agissant ainsi, on blesse dangereusement l’humanité entière et chaque individu en particulier.

Dans son enseignement, Rudolf Steiner a toujours souligné que l’être humain ne se réduisait pas à son corps physique qui ferait de lui, en effet un « animal supérieur ». Il possède aussi un « espace qui l’anime » de l’intérieur, ce qu’il est convenu d’appeler une âme, le siège de sa vie intérieure, de ses sentiments, de ses émotions. Et enfin, il est le siège d’un esprit capable de réfléchir, d’avoir ses propres idées, ses réflexions individuelles, toutes ces activités par lesquelles il peut se ressentir comme étant une individualité, un « moi ».

Ce sont précisément son âme et son esprit qui aspirent à la dignité, à l’exigence de la vérité. La vérité est propre à l’être humain : « l’animal supérieur » seul n’a pas besoin de vérité. C’est parce que l’homme est capable de penser, qu’il peut prendre conscience de sa propre valeur et posséder une exigence de vérité. La vérité lui apporte un équilibre et une dignité, le mensonge lui apporte le chaos, l’incertitude, la méfiance, la peur. Cet être capable de penser, ressent aussi intuitivement, qu’il aspire au beau, au bon, à l’idéal, à l’absolu. C’est pourquoi, tout être humain exige la vérité, comme un droit au respect et à sa dignité personnelle. L’esprit de l’homme veut la vérité, il a « droit à la vérité » car il se considère comme un être abouti et responsable. C’est pourquoi il se révolte contre les injustices, contre tout ce qui est anti-social, tout ce qui blesse la dignité humaine. Et si, de par son corps physique, sa qualité « d’animal supérieur » il tend vers l’égoïsme et le rapport de force, de par son esprit et son âme, il cherchera, même inconsciemment, la transcendance dont la vérité est un des critères.

Non le mensonge n’est ni légitime, ni anodin, si on veut bien y réfléchir. Certes, l’histoire de nos sociétés et l’histoire en général sont jalonnées de mensonges. Rudolf Steiner disait qu’un jour il faudrait réécrire les livres d’histoire à la lumière de la vérité, car sous bien des aspects nous vivons dans une « histoire convenue ». Dans une de ses conférences, il disait aussi, en substance, que le mensonge était une réalité spirituelle aussi cruelle pour l’âme humaine qu’un « coup de poignard » pour le corps physique.

On aura compris qu’une société bâtie sur un tissu de mensonges est condamnée à être malade et à connaître des crises sociales constantes, sans cesse grandissantes. Une société qui veut être libre et le rester, ne saurait vivre dans le mensonge permanent dans sa vie politique, économique, sociale. Car, contrairement à ce que l’on préconise généralement, le mensonge n’est pas une conséquence de la liberté (celle de penser et d’agir comme on le veut), mais son adversaire parmi les plus virulents. Dans le Nouveau Testament, Jésus dit, entre autres paroles : « vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendre libre ! »…A chacun d’entre nous de participer à la conquête de la vérité et de la liberté d’esprit qui en découle. C’est l’enjeu pour arriver à une terre plus humaine, plus respectueuse de la dignité et de la véritable nature de l’être humain.