12.03.2008

DONNER UN SENS A SA VIE?

Variations sur le thème :
« Donner un sens à sa vie… »

Les expressions populaires sont souvent porteuses, sans que l’on ne le saisisse immédiatement, d’un sens profond et d’une grande sagesse. Mais souvent, dans la vie quotidienne, ces expressions sont formulées comme des automatismes verbaux dont on ne creuse pas la véritable signification. Qui n’a, par exemple, au cours de sa vie, lu, entendu ou dit : « il faut donner un sens à sa vie »…Que signifie cette courte phrase ? De prime abord elle signifierait que la vie par elle-même n’aurait pas de sens ! Cela apparaît immédiatement comme une absurdité évidente, car sans la vie, nous ne serions pas, nous n’existerions pas ! Alors que peut-on bien vouloir sous-entendre par « donner un sens » ?
Le terme « sens »peut avoir diverses significations, diverses connotations. Ainsi « donner un sens à sa vie » pourrait exprimer l’idée de vouloir trouver et comprendre la raison d’être de la vie, de « notre vie ». Qu’est-ce que la vie ? Pourquoi mon être est-il tributaire de la vie ? Mon être ne s’inscrit-il que dans les limites définies par la vie elle-même ou dépasse-t-il cette frontière ? La définition de mon être se réduit-elle à n’être qu’une des expressions de la vie qui dépasse tout cadre individuel ? Quelle est ma raison d’être ?

Le terme de sens est toujours relié à la nécessité de connaissance. Ne dit-on pas que l’homme, normalement, est doté de cinq sens par lesquels il a un accès au monde qui l’entoure ? Sans ces sens il n’aurait nulle connaissance du monde physique dans lequel il vit. Par conséquent, ces cinq sens contribuent aussi à donner un sens à sa vie ! Mais ces « aptitudes » nous sont tellement inhérentes, qu’elles ne nous sont pas toujours conscientes…sauf si l’un de nos sens nous fait défaut ! Une prise de conscience immédiate sur cette réalité devrait nous animer d’une grande gratitude de ce « cadeau » de la vie, devrait nous réjouir et déjà, dans un premier temps aussi donner « du sens à notre existence »…

Mais le terme de sens est encore associé autrement à l’être humain. Ainsi parle-t-on du « sens commun », où l’on sous-entend que tout être humain normal peut comprendre immédiatement et sans effort certaines choses, certains évènements. Ce qui « tombe sous le sens » signifie que cela prend le caractère d’une évidence pour tout homme, sans qu’il y ait le besoin d’explications complémentaires. Mais le sens commun suffit-il à donner du sens à ma vie, à chaque vie individuellement ? L’expérience quotidienne nous prouve que non : la valeur de l’existence humaine, si l’on veut sortir de la théorie, est toujours définie subjectivement car l’appréciation reste purement individuelle.

L’expression « donner un sens » peut aussi signifier indiquer une direction, s’engager sur une route choisie.
Cela suppose un choix vraiment personnel basé sur une réflexion préliminaire. Pour cheminer, on ne peut s’engager dans « des sens », cela serait impossible et absurde. Certes, on peut éventuellement en cours de route prendre un autre sens ou un nouveau chemin…Le risque étant, qu’à force de changer trop souvent de « sens » on tourne en rond et on n’aboutit nulle part !..Ce qui est certain c’est que la direction que je vais emprunter découle de mon choix. Prendre une direction implique de savoir où l’on se trouve et où on veut aller. Pour l’être humain ces questions et les réponses qu’il y donne sont déterminantes. Pourquoi ? Parce que « donner un sens à sa vie » induit des questions essentielles :
1) quelle est ma place dans la vie, où suis-je ?
2) Qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ?
3) Où est-ce que je vais ? Je sais que tous les hommes sont mortels…La mort physique est-elle la fin de « l’aventure humaine » ?
Ma réflexion première sera donc axée sur la place que je tiens dans la vie (cadre environnemental, social, culturel, religieux ou laïc, politique etc.. et la fonction, ma raison d’être là où je me trouve). Pour connaître l’origine de mon être, cela devient bien plus compliqué. Deux options s’offrent à moi : soit je me limite au cadre matérialiste, physique, perceptible ou je choisis un cadre autre, d’ordre spiritualiste ou religieux traditionnel. En toute logique, le choix que j’aurais fait déterminera pour moi, mon futur, tel que je l’imagine…

Qu’est-ce que cela signifie pratiquement ? Pour un matérialiste, pour lequel la seule réalité est physique, pour le scientifique actuel qui s’inscrit dans la même vision, « donner un sens à sa vie » revient à profiter de la vie, qui impose sa propre dynamique. Le monde physique se définit par des lois dont les scientifiques, au fil du temps, ont découvert les mécanismes. Tout se définit dans une logique de cause à effet analysable : tout est déterminisme. Et l’être humain s’inscrit dans cette logique. Certes il pourra avoir, grâce aux sciences, la possibilité d’agir éventuellement sur les mécanismes de la vie par la médecine, l’hygiène de vie etc. mais l’homme, réduit à sa dimension physique, est soumis aux règles inhérentes à la nature humaine . Sous la vision matérialiste, l’être vivant est le fruit du « hasard et de la nécessité » (Monod) qui sont les moteurs de l’évolution sur terre. Pour l’individu, cela signifie que sa vie physique (seule réalité pour le scientifique) sera toujours déterminée par ses gènes, par l’hérédité et conditionné par l’environnement géographique, social, parental etc. Si l’individu a la « chance » de ne pas être victime d’une famine, d’une guerre, d’un accident, d’un cataclysme, ce seront ses gènes qui détermineront les maladies qu’il aura à subir, la durée de vie probable.
Dans ce cadre de non liberté tracé par la vision matérialiste, le seul « sens de vie » possible sera celui inscrit dans une « jouissance forcenée de la vie », selon l’adage : on n’a qu’une vie, il faut en profiter pleinement...En occident cela se traduit essentiellement dans une frénésie de consommations sous toutes les formes. Aucune transcendance n’étant envisageable, l’idée d’une éthique devient symbolique : morale épicurienne ou encore « morale citoyenne » réduite pour proposer un minimum « d’art de vivre ».

La vision spirituelle ou religieuse introduit d’autres critères, car elle présuppose une finalité de la vie, un sens de la vie. Sous cette optique, l’être humain est « créature » d’une puissance transcendante appelée communément Dieu. L’être humain n’est plus le fruit du « hasard », mais l’œuvre d’amour de Dieu, qui s’exprime à travers lui. L’homme a été créé volontairement et dans un but précis. Cette approche relève du domaine de l’intangible. C’est le domaine de la religion, de la croyance, de la foi. Les religions sont propres à toutes les cultures, présentes et passées. L’appartenance d’un individu à une religion qui s’inscrit le plus souvent dans une tradition, un cadre familial, une culture précise, lui impose des règles de vie, de comportements dans une volonté affirmée de respecter les lois divines. Cela pour s’assurer la protection de Dieu et pouvoir espérer en une vie éternelle.
Cette vision confère à la vie de tout être un « sens » dans toutes les acceptations du terme : elle répond à ses questions sur ses origines, sa raison d’être, ce que doit être son comportement dans la vie et le but à atteindre. La vie devient une aventure formidable où une infinité de choses et d’évènements sont à découvrir, où l’être humain vit au sein d’une humanité où il peut apprendre à connaître les autres et par là aussi réfléchir sur la nature de sa propre identité. On comprend aisément que la représentation du sens de la vie proposée par une religion est bien plus séduisante, plus intéressante car elle « donne un sens » à la vie. Cela nourrit nos espérances et nous aide à supporter les épreuves que peut apporter une vie sur terre. Cela explique dans une large mesure, que les individus qui adhèrent à une croyance, une foi, sont mieux armés pour affronter la vie.
Le seul problème est qu’une foi ne se décrète pas, ne s’impose pas, car il s’agit d’une représentation, d’une conviction toute subjective, toute personnelle. De ce fait même elle est aléatoire, irrationnelle et irréaliste pour toute personne animée d’une vision scientifique ou matérialiste. Les sociologues verront dans le choix religieux un moyen d’échapper à l’angoisse existentielle inhérente à la condition humaine : l’être humain s’invente une transcendance pour se rassurer, pour pouvoir espérer échapper à la fatalité de la mort inscrite dans ses gènes.

La vie a-t-elle un sens ? Dans le tumulte et les astreintes de la vie quotidienne, peu de gens se pose cette question. On est entraîné dans le tourbillon des problèmes de toutes sortes qui nous assaillent et qui nous obligent à chaque instant de nous concentrer sur l’immédiat. En général, l’individu ne s’interroge que lors d’évènements très graves auxquels il doit faire face. Si tout va bien, la vie se conjugue facilement avec des connotations de joies, de plaisirs, de jouissances. Lors d’épreuves, notre vie peut très rapidement perdre tout sens. Les conséquences immédiates se nomment souvent dépressions voire suicides. Il suffit de consulter les statistiques effrayantes qui prouvent qu’une large proportion de notre population, tous âges confondus, est victime de ce sinistre phénomène. On est confronté ici à un symptôme évident des malaises de notre société actuelle : une vie dénuée de sens pousse l’individu à son autodestruction.

Le sens de la vie, tel que nous l’avons évoqué plus haut, ne peut être décliné, apparemment, que selon deux approches : la vision matérialiste (scientifique) basée sur la réalité physique ou la vision religieuse (irrationnelle) basée sur la croyance, la foi. Cette dernière est complètement subjective et par là, hypothétique. Le scientifique peut « prouver » (c. à d. soumettre à l’expérience accessible à tous) ce qu’il affirme. Le croyant ne peut rien prouver : la foi qu’il s’est construite lui suffit comme « preuve ». En prenant de la hauteur, on pourrait affirmer : le scientifique ne peut prouver que le monde matériel, dans l’absolu, est la seule et l’ultime réalité envisageable et le croyant ne peut prouver que sa croyance en un monde spirituel est fondée sur une réalité…Alors que penser ?
Science et religion sont-elles antinomiques et irréconciliables ?


Le grand penseur, philosophe et visionnaire Rudolf Steiner (1861-1925) affirme que cela est possible. Comment ? Il décrit dans un de ses ouvrages intitulés « Comment acquérir des connaissances sur les mondes supérieurs ? » par quelles expériences chaque être humain peut accéder, en pleine conscience, à la connaissance « des mondes supérieurs », appelés communément « le monde spirituel ». Selon lui, le monde matériel physique n’est qu’une partie d’un ensemble infini situé dans des mondes suprasensibles dont l’accès n’est possible que sous certaines conditions qu’il décrit avec la plus grande précision. L’existence d’un monde spirituel ne peut, vu sa consistance, être vérifiée, prouvée, à l’aide des mêmes instruments que ceux qui s’appliquent au monde matériel. L’expérience de l’existence de « mondes » autres que terrestres ne peut être « démontrée » du dehors, elle doit être vécue –individuellement- du dedans. Celui ou celle qui a accédé par sa propre expérience au monde spirituel, n’a plus besoin d’une preuve, puisqu’il s’agit d’un vécu personnel.

Cette expérience du suprasensible est possible grâce à la faculté du « penser humain ». Cette possibilité n’est pas limitée au contexte physique, matériel, mais peut, sous certaines conditions, s’étendre au-delà pour accéder à la connaissance des « mondes supérieurs » qui sont les racines véritables du monde physique auquel nous appartenons. La pensée humaine peut encore aller au-delà de l’expérience de Descartes, du « cogito, ergo sum » (je pense, donc je suis) : analyser la nature des « idées » que perçoit ma pensée, chercher ce que « réfléchir » signifie. Qui est ce « je » qui pense ? Est-ce le « moi » qui crée les pensées ou ma « réflexion » n’est-elle que le reflet d’une réalité non physique… spirituelle ? Faire peut-être l’expérience « spirituelle » de mon être profond, de mon identité véritable. Il va de soi que, si l’expérience individuelle de sa propre nature spirituelle et de l’existence du monde spirituel est accessible à l’être humain, cela peut « réconcilier science et religion ». Cela démontrerait que la science, sous certaines conditions, peut étendre son champ d’investigation bien au-delà des réalités matérielles, jusqu’à accéder au monde spirituel. C’est ce que Rudolf Steiner a fait en initiant « la science spirituelle » (Anthroposophie). Les fruits de ses recherches qui se sont étendues à tous les domaines de la vie, ont été exposés par lui dans des centaines de conférences, des livres (plus de 450 titres tous disponibles à ce jour et traduits dans beaucoup de langues). Les recherches que Rudolf Steiner a effectuées au sein du monde spirituel, l’ont confronté à l’existence d’êtres spirituels dans ces sphères. L’entité la plus importante pour l’être humain est celle qu’il est convenu d’appeler le Christ, le Logos, le « Fils de Dieu ». Le Christ que décrit Rudolf Steiner, à travers son immense œuvre, est infiniment plus « cosmique » que celui présenté habituellement au sein des religions chrétiennes. Le Christ est l’initiateur, l’accompagnateur, le « sens » de l’être humain : le Christ porte le « projet humain » à travers toutes les cultures, tous les âges, vers une plénitude. L’homme s’inscrit dans un « devenir » constant et au travers de ses incarnations successives. Il parcourt ainsi toute l’histoire humaine, élargissant sans cesse son niveau de conscience, participant à la grâce divine, pour devenir toujours plus libre, plus conscient de ses responsabilités, des devoirs inhérents à sa propre nature spirituelle et son appartenance à la famille humaine toute entière.

Il devient évident que si on s’inscrit dans une « initiation » telle que Rudolf Steiner la propose à tout homme, l’autoéducation individuelle portée par la grâce divine, les nouvelles connaissances acquises peuvent, dans cette perspective, répondre à nos questions existentielles : qui suis-je ? Quelles sont mes origines ? La réponse à ces deux questions induiront logiquement les réponses à mes autres questions : quel est le sens de la vie ? De la mort ? L’immortalité est-elle réaliste ?

Faut-il donner un sens à notre vie ? A cette question, chacun(e) devra répondre individuellement, en toute liberté. Si je n’éprouve pas la nécessité de cette démarche, c’est que j’estime que la vie telle qu’elle est, suffit à ma curiosité et à mes besoins. Ceux et celles qui disent qu’il faut donner un sens à leur vie s’inscrivent dans une autre démarche : quelque chose en eux les poussent à vouloir comprendre le sens de leur existence qui, de par la nature physique de leur constitution, est forcément limitée. L’être humain est, par essence, un être qui pense, qui s’interroge. Alors forcément, à certains moments de la vie, confronté à des difficultés, il sera amené à se poser des questions…Deux possibilités s’offrent à lui : soit il estimera que de toutes façons il lui est impossible de trouver la réponse à ses questions et il « pensera vite à autre chose » soit il se mettra en quête de réponses, en y mettant le temps.

Le thème « donner un sens à sa vie » peut donc se conjuguer de différentes manières et reflètera la vie intérieure de chaque individualité. Pour l’être humain, le besoin de savoir est inscrit dans sa nature profonde. C’est la raison d’être de la recherche scientifique. Pourquoi cette recherche serait-elle réservée aux seuls scientifiques qui se limitent au monde matériel ? Qu’est-ce qui nous interdit d’aller au-là de cette frontière, sinon nous-mêmes ? A travers son œuvre, Rudolf Steiner nous offre, en toute liberté, d’essayer d’aller plus loin, « plus haut ». Chaque individualité a cette possibilité, il suffit de le vouloir. La littérature de Rudolf Steiner peut aujourd’hui être accessible par internet. Les personnes qui voudraient découvrir une image approfondie du Christ, peuvent lire les ouvrages d’un élève de R. Steiner, le Dr. H.E. Lauer, dont un des livres essentiels porte le titre « L’Anthroposophie et l’avenir du christianisme ». Cet ouvrage, épuisé depuis longtemps, sera, très prochainement réédité. Les internautes pourront aussi consulter un site consacré à cet auteur et à cet ouvrage : radher.free.fr

23.12.2007

Noël: réalité ou mystification ?

Noël : une réalité ou une mystification ?

L’année s’achève par les fêtes de Noël et de nouvel an…Une fois de plus l’actualité s’empare de cette opportunité pour proposer, par tous les médias possibles, toutes sortes de produits et de services.
Aujourd’hui, beaucoup de nos concitoyens sont stressés à l’approche de Noël : c’est la course à la consommation. Il s’agit de trouver le cadeau qui fera plaisir et d’éviter des déceptions qui seraient ressenties comme des échecs personnels…Cette période de l’année devient dès lors, pour tous ceux qui en ont les moyens, une course pour trouver tout ce qui est censé garantir le côté festif de l’évènement.
Les programmes télé, internet, les publicités de toute nature, proposent à longueur de journée une multitude de produits « indispensables » pour Noël. Il suffit de visiter une grande surface pour se faire une idée de ce que représente Noël pour le plus grand nombre : consommer, consommer et encore consommer, du moins pour ceux qui disposent des moyens financiers nécessaires. Il devient aussi évident que dans notre société en crise où beaucoup de gens vivent au seuil de la pauvreté ou carrément dans la misère, la fameuse « fracture sociale » se dessine de plus en plus…
La fête de Noël n’est-elle plus qu’un prétexte, un argument de consommation ? Une mystification ? Analysons les racines de ce phénomène : à l’origine, cette fête ne concerne que le monde chrétien.
On sait que pour les premiers chrétiens, la fête la plus importante était Pâques, parce qu’elle célébrait la résurrection de Jésus-Christ mort sur la croix. La naissance de Jésus n’est devenue fête que bien plus tard et était fêté le 6 janvier. Par la suite l’occident a repris la date du 25 décembre, jour qui avait été célébré par le « monde paien » qui vivait au rythme des solstices. La tradition de la crèche de Noël est très tardive et date du Moyen-Age (12e-13ème siècle/François d’Assise). Il devient dès lors évident que la « tradition de Noël » n’a pas de base historique établie et vérifiable. Pour le monde chrétien la seule référence à l’évènement de la naissance de Jésus, se trouve dans deux des quatre évangiles qui fondent la foi chrétienne : celui de Matthieu et de Luc. Or le contenu des évangiles (traduction : la bonne nouvelle) avait été, au départ, transmis oralement et rédigé bien plus tard. Ces « références » sont donc très facilement contestables et sont en fait aussi contestées par tous ceux et celles qui ne sont pas des « croyants ». Un contenu de croyance, de foi, est par essence, d’ordre subjectif et n’a aucun poids scientifique.
La narration de la naissance de Jésus devient d’autant plus problématique que, à la lecture attentive des évangiles de Luc et de Matthieu, des contradictions flagrantes apparaissent. Les généalogies divergent, les lieux aussi (pour l’un Marie et Joseph habitent à Nazareth et vont à Bethléem pour le recensement, c’est là que Marie accouche. Pour l’autre le couple apparemment habite déjà à Bethléem et Marie accouche en ce lieu..). L’évangile de Luc parle de la « crèche » dans l’étable où Marie accouche, faute d’avoir trouvé une place dans l’auberge. Il y est aussi question des bergers qui sont les témoins du l’évènement…Aucune trace de cela chez Matthieu qui lui, narre la visite des mages d’Orient..). Il devient clair que pour un « esprit cartésien » tous ces récits relèvent de la pure imagination et ne sont, de ce fait, pas crédibles. Plus encore, bien des gens s’irritent de cet état de fait et pensent qu’il serait grand temps de mettre fin à ce « mensonge » que les gens d’églises attachés à leur pouvoir sur les âmes humaines auraient inventé de toute pièce !
A ce titre, il est intéressant d’observer une discussion autour d’une table, dès lors que s’affrontent les opinions aussi divergentes que celles par exemple d’un homme du clergé, un athée, un philosophe, un commerçant, un citoyen croyant et un autre non-croyant ! Le prêtre dira en substance que tout est matière de foi et que l’homme a besoin d’une foi pour exister, pour espérer. Il ne s’arrêtera pas sur les contradictions des évangiles ou les réduira tout simplement à des styles de narration différents. En fait il sait qu’il ne dispose d’aucune explication plausible et crédible pour tous. Pour l’athée, Noël a été inventé pour assujettir les croyants. Un moyen d’aliénation qui existe depuis la mystification attachée pour lui à l’idée de l’existence d’un Dieu et encore plus celle concernant un fils qu’il aurait envoyé parmi les hommes. Le philosophe, selon qu’il sera croyant ou non, s’efforcera de démontrer que la transcendance, selon E. Kant, restera toujours du domaine du subjectif et de l’irrationnel. Le philosophe non-croyant ajoutera qu’il envie les hommes capables de « croire en une transcendance » car cela leur permet de vivre sans crainte même si le tout reste évidemment une illusion !
Le commerçant quant à lui, se positionnera dans la seule perspective de la « fête qui permet de faire plaisir aux autres…et à soi-même, étant donné que la tradition exige un échange de cadeau. Toute fête, religieuse ou laïque, reste un bon prétexte pour faire des affaires.
Le citoyen ordinaire se positionnera selon sa croyance ou non croyance. Le croyant s’appuiera sur une belle tradition dans laquelle il a vécu dès la prime enfance au contact de ses parents et qu’il continue à perpétuer. Noël, malgré toutes les servitudes qui s’y rattachent et les critiques qu’il suscite, garde pour beaucoup le caractère du merveilleux, du magique, auquel on ne voudrait pas renoncer. Le citoyen non-croyant ou agnostique verra, peut-être avec quelque irritation, un prétexte pour festoyer avec des amis et céder aux folies de Noël. Dans notre société de consommation engluée dans le matérialisme, le caractère spirituel attaché originellement à cette fête, perd de plus en plus en valeur. Que faire ?
Qui a raison parmi les « intervenants » de notre réunion imaginaire ?
Probablement chacun, selon « son angle de vision », «son point de vue » ! Mais finalement tous se retrouvent devant la même impasse : aucun ne peut démontrer que son point de vue est le plus près de la vérité. Les églises dites chrétiennes sont face à un monde qui a énormément changé. Notre société est continuellement confrontée aux progrès et aux défis des sciences. Le savoir scientifique s’est développé prodigieusement et affiche chaque jour les fruits de ses découvertes. Les arguments et les résultats des sciences sont bien plus directs et convaincants que ceux proposés par les religions. La conscience de l’homme contemporain a beaucoup évoluée. Au contact de la science et de la réalité matérielle, l’esprit humain est devenu plus critique et plus libre. L’homme d’aujourd’hui ne veut plus seulement croire : il veut comprendre. La spiritualité n’échappe pas à ce phénomène. Cette dernière peut-elle être « scientifique » ou est-t-elle condamnée à rester dans une subjectivité rassurante ? Un vieux thème philosophique s’affiche :
Peut-on (re)-concilier science et spiritualité ? Peut-on initier une « science spirituelle » qui satisfasse l’intelligence et le cœur ? La raison et l’esprit ?
Le grand philosophe, maître à penser visionnaire autrichien Rudolf Steiner (1861-1925) a initié une « science de l’esprit » qu’il a intitulé Anthroposophie (=la sagesse de l’homme). Son œuvre, très mal connue en France aborde tous les domaines de la vie sociale et de la spiritualité. Il expose dans son enseignement ses méthodes de travail et le résultat de ses recherches qui ouvre des perspectives nouvelles dans tous les domaines.
Rudolf Steiner a aussi analysé scrupuleusement les évangiles et consacré une grande partie de son enseignement à la Christologie. Les résultats de ses investigations apportent une réponse à toutes les questions évoquées plus haut. Ces connaissances apportent une lumière nouvelle sur le « Mystère de Noël », pour toutes celles et ceux qui veulent « comprendre ». Les textes de Rudolf Steiner sont aujourd’hui traduits dans toutes les langues usuelles et accessibles à tous. Il existe sur internet, divers sites consacrés à Rudolf Steiner (tenants et adversaires, bien entendu, à chacun de se positionner, en toute liberté). Nous recommandons aussi le site radher.free.fr (intitulé :
L’Anthroposophie et l’avenir du Christianisme) qui , dans le cadre de l’enseignement de Rudolf Steiner, présente un de ses élèves intimes qui a lui-même exposé magistralement l’œuvre du Maître : H.E. Lauer.
Une lecture attentive des livres de R. Steiner et de H.E. Lauer nous fait prendre conscience des problèmes de notre temps et entrevoir les possibilités offertes pour y trouver les remèdes appropriés.
La réponse à notre question : Noël est-il une réalité ou une mystification, la science spirituelle proposée par Rudolf Steiner peut nous la donner, si nous le voulons. Car une recherche de la vérité revêt toujours un caractère personnel. Il faut que nous fassions l’effort de penser par nous-même. Dans une de ses conférences tenues à Dornach (Suisse) devant des ouvriers, le 16 juin 1923, R. Steiner dit : « …on peut constater que les hommes ont peu à peu cessé de penser par eux-mêmes, pour ne plus penser qu’au travers des pensées de ceux qu’ils considèrent comme des autorités. Il faut que les hommes réapprennent de nouveau à penser par eux-mêmes, que chacun se remette à penser par soi-même, sinon, surtout s’il ignore l’existence d’un monde spirituel, il sera sans cesse influencé, mais dans le mauvais sens » !

C’est par sa propre pensée, sa propre réflexion, que chaque individualité arrivera à comprendre, à la lumière de l’enseignement de Rudolf Steiner, la réalité du monde spirituel et des mystères qu’il recèle. Sous ce jour , Noël reprendra sa véritable signification : un évènement de joie et d’espérance ! Noël qui unit tous les hommes et qui nous rapproche aussi, en ce temps privilégié, de ceux et celles qui ont quitté la terre. Joie des cœurs, joie des âmes, celles des bergers qui ont « vu » le ciel ouvert et l’ange leur annonçant la « bonne nouvelle ». L’expression jubilatoire du Moyen-Age « Noël, Noël, Noël !! » reprendra aujourd’hui son vrai sens.

09.11.2007

LA CULTURE DE LA PEUR ?

Dès l’aube de l’humanité la peur était présente dans l’âme humaine. Face aux forces de la nature, à un environnement hostile, l’être humain a très vite pris conscience de sa propre fragilité. Peur de l’inconnu, de la souffrance, de la mort. Les peuplades primitives conseillées par leurs anciens, ont alors instinctivement, poussées par une sorte d’atavisme, « fait allégeance aux dieux de la nature ». Le soleil, la lune, les étoiles, le tonnerre, la pluie etc. étaient pour leur conscience des « puissances » qui les dépassaient…Le fait de se concilier les bonnes grâces de ces forces supérieures apaisait leurs craintes et leur permettait de vivre dans l’espérance de leur protection.
Plus tard dans l’évolution humaine, les « guides » des différents peuples initièrent les religions , en établissant des règles de conduite, des lois sociales et morales inspirées par les puissances d’en-haut. Ces guides étaient des personnalités qui avaient suivi un chemin d’initiation tenu secret et adapté à un environnement géographique et à un peuple spécifique. Le livre « Les grands initiés » du grand écrivain français Edouard Schuré retrace magistralement l’histoire secrète des religions. Il y décrit Rama -le Cycle aryen-, Krishna -l’Inde et l’initiation brahmanique-, Hermès -les mystères d’Egypte-, Moïse -la Mission d’Israël-, Orphée -les mystères de Dionysos, Pythagore -les mystères de Delphes-, Platon -les mystères d’Eleusis- et pour finir Jésus -la mission du Christ-. Les « Mystères » de l’Antiquité étaient réservés à des individualités qui devaient répondre à certains critères et subir toutes sortes d’épreuves quant à leur endurance physique, psychologique, morale. A l’issu d’un enseignement secret qui pouvait durer de nombreuses années, l’élève initié était investi d’une mission religieuse, culturelle, pour un peuple spécifique. Il est intéressant de constater que Moïse qui avait pour mission d’instruire le peuple judaïque et le guider vers la « terre promise », avait été instruit dans les « mystères égyptiens ». Bouddha et la religion tibétaine s’inscrivent dans le cadre de l’initiation de l’Inde. On pourrait aussi évoquer la culture chaldéenne ou perse. L’avènement de « l’évènement christique » qui s’est déroulé en orient et qui a donné naissance au christianisme, a très fortement influencé la culture occidentale au point de devenir son calendrier de référence : notre histoire parle de dates avant et après Jésus-Christ. La religion de l’islam est venue plus tard, instaurée par le prophète Mahomet.
Dans toutes ces cultures, la spiritualité était présente sous différentes formes. Les hommes et femmes étaient convaincus que la terre où ils vivaient ne représentait qu’une part de la réalité. La certitude de leur fragilité et de leur mortalité inéluctable sur terre les poussait à croire à l’existence d’un « ailleurs » (ou ciel) où ils continueraient à vivre une vie éternelle et heureuse. Cette conviction leur permettait de surmonter les difficultés de la vie quotidienne et nourrissait leur vie intérieure.
Les alchimistes, les précurseurs des « savants », étaient convaincus que la matière n’était que l’aspect physique d’une réalité fondamentalement spirituelle. La transcendance était pour eux une certitude qu’il s’agissait d’étudier au contact du monde matériel et d’approfondir. La recherche de la « pierre philosophale » était aussi un chemin d’initiation, une « quête du graal », dans la terminologie du Moyen Age : une voie vers la connaissance de sa propre identité profonde. La pensée de l’alchimiste était dominée par l’idée que portait déjà les sages antiques dont Hermes Trismégiste : le microcosme et le macrocosme sont les deux aspects d’une même réalité. Pour lui la terre et ses créatures sont l’œuvre d’un démiurge de nature spirituelle (le Dieu créateur du monde, de l’univers selon Platon).
Au courant du 16ème siècle, au temps des découvertes des « nouveaux continents », quand les sciences prennent leur essor grâce aux inventions tels le microscope ou le télescope, les savants commencent à s’intéresser « scientifiquement » à l’infiniment petit et grand. La curiosité s’éveille et l’émerveillement reste associé à un respect pour tout ce qui existe. Cette approche reste accompagnée, pour le plus grand nombre, d’une croyance en une transcendance, à l’existence d’une réalité spirituelle invisible à l’oeil humain, mais cependant plus que probable. Même un Voltaire, par ailleurs très critique envers les religions, parlait encore du « grand horloger » qui règle les lois de l’univers.
Puis, peu à peu, le savant limite sa « certitude » à celle définie par sa méthode de travail axée sur la matérialité. Les méthodes d’investigation évoluent rapidement et conduisent à des progrès impressionnants. La pensée scientifique porte beaucoup de fruits. Le progrès change la vie des hommes mais aussi, radicalement, l’approche de la spiritualité. Alors qu’autrefois la spiritualité faisait partie de la vie quotidienne et n’était guère mise en doute, la société occidentale devient peu à peu matérialiste. Depuis E. Kant la spiritualité est laissée à l’appréciation individuelle non scientifique : c’est le domaine de la croyance, de la foi.
Au 20ème siècle, surtout après la deuxième guerre mondiale, la science s’est étendue à tous les domaines de la vie sociale. Elle est devenue incontournable et son approche matérielle justifiée a fait reculer de plus en plus la spiritualité. Les sciences n’ont plus à prouver leur utilité et leur efficacité. Dès lors, l’existence d’une « métaphysique », d’un « monde spirituel » est devenue plus qu’hypothétique. Pour un grand nombre de personnes, les écrits sacrés des grandes religions sont relégués au rang de documents certes intéressants mais aussi très contestables. L’homme moderne est devenu un « Thomas » (évoqué dans les Evangiles) actualisé : il ne croit que ce qu’il voit ! La seule réalité pour lui est celle de la matérialité et du monde tangible. Comment « croire » à un Dieu démiurge que personne n’a jamais vu, hormis quelques « illuminés » dont le témoignage ne vaut que pour eux seuls ?...
Au début de notre 21ème siècle, la radicalisation des points de vue est devenue encore plus apparente : les religions souvent désertées se réfugient de plus en plus dans le conservatisme, parfois l’intégrisme. Le monde matérialiste au fil de sa progression vertigineuse a généré un nombre incalculable d’athées et dans le meilleur des cas d’agnostiques. A la place des religions qui marquaient autrefois la vie sociale, la pensée scientifique a pris la relève, avec ses propres visions, ses propres interprétations, ses propres dogmes. Bien des personnes, aujourd’hui, placent tous leurs espoirs, leur avenir, dans la science. Cette dernière promet des avancées dans tous les domaines : la médecine, la psychologie, la psychiatrie, l’éducation, l’alimentation, la production et la gestion des richesses. A tout moment, grâce à toutes sortes d’évaluations chiffrées -preuves considérées comme irréfutables et absolues dans le monde contemporain- on confère une sorte de réalité à ce qui est du domaine encore très hypothétique. En fait, dans cette approche, l’évaluation chiffrée revêt un statut équivalent à la vérité.
Il ne s’agit ici nullement de porter un jugement unilatéral et définitif sur cet aspect du monde actuel, plus précisément de l’occident. Mais il faut caractériser les faits et étudier leurs conséquences sur la vie sociale. Un des symptômes indéniables d’une crise dans la société actuelle est le nombre sans cesse croissant de maladies psychiques diverses, de dépressions, de suicides. Dans tous les domaines de la vie sociale éclatent des révoltes, des manifestations pour toutes sortes de causes que nous apprenons au travers des médias. Le dénominateur commun à tous ces phénomènes a un nom : la peur. Elle marque de son empreinte de plus en plus de gens, pour des raisons diverses et compréhensibles : peur de l’avenir, de la maladie, de la mort, du chômage, du surendettement, de la guerre, de la pénurie etc. Malgré une médecine qui a fait d’énormes progrès et qui en promet encore de plus importants dans l’avenir, malgré les statistiques qui prouvent l’allongement constant de la durée de vie, la peur n’a pas été éradiquée ou même atténuée. Le doute reste permanent : n’avait-on pas affirmé au début du siècle dernier déjà, que le progrès ouvrirait à toute l’humanité des horizons nouveaux, un avenir où toutes les maladies seraient éradiquées, où les machines travailleraient pour les hommes et que ces derniers connaîtraient un bonheur parfait…Or l’actualité démontre tout le contraire : les sciences sont souvent devenues les auxiliaires volontaires ou involontaires d’un monde où l’avidité du profit matériel, l’incitation à la consommation sont devenues prioritaires. Le résultat désastreux est plus apparent chaque jour. Par une concurrence acharnée préconisée par une économie en quête permanente de profits, la société se déshumanise, les menaces d’affrontements entre ceux qui possèdent et ceux qui sont démunis promettent des lendemains difficiles. La peur s’installe à tous les niveaux de la société et devient un enjeu politique majeur.
S’il est avéré qu’autrefois les populations connaissaient aussi des peurs, des temps très difficiles où sévissaient des maladies, des épidémies, des famines, des guerres, la société vivait cependant dans une autre culture, une autre approche des difficultés de la vie. Le plus grand nombre adhérait encore à une religion, une foi, une croyance qui, à défaut de leur promettre le paradis sur terre, leur donnait une espérance en une éternité, un au-delà où les bons seraient récompensés et les méchants punis. Cette vision les aidait à vivre et à supporter les aléas d’une existence difficile et sans cesse menacée. Le matérialisme de notre temps a focalisé l’attention d’une majorité de femmes et d’hommes de notre société sur la réalité matérielle devenue seule digne d’attention. La conséquence inévitable c’est la négation des réalités non matérielles, non tangibles et une vie intérieure qui n’est plus que le triste reflet de la vie de tous les jours avec ses tristesses et ses désespérances. L’âme humaine, dans un monde où règne uniquement une vision matérialiste de l’existence, est réduite à n’être perçue que comme une résultante de la vie organique. A ce titre, ce que le commun des mortels appelle « âme » peut être influencée par la psychologie, l’utilisation de psychotropes. Sous cet aspect, la spiritualité, la transcendance deviennent superflues. Pour ceux qui mettent toute leur espérance dans le pouvoir de la science, la seule « immortalité » qui reste, dans un avenir lointain, est la promesse d’une éventuelle modification génétique de l’être humain qui lui permettrait de vivre éternellement. Cet « espoir » a-t-il assez de pouvoir pour aider l’homme d’aujourd’hui à affronter les difficultés de l’existence ? Il est permis d’en douter.
Le grand penseur visionnaire autrichien Rudolf Steiner (1861-1925) avait vécu le tournant de la société du début du 20ème siècle qui, emportée dans l’euphorie des triomphes de la science sans cesse grandissante, a peu à peu glissé dans une vision matérialiste des êtres et des évènements. Il avait analysé en profondeur tous les risques de ces changements. Son enseignement qui a abordé tous les domaines de la vie sociale, a souligné que l’être humain n’était pas seulement un être matériel mais avant tout un être spirituel incarné dans un monde matériel. Il a proposé un chemin d’initiation permettant de comprendre cette réalité. Il a aussi indiqué des voies qui permettraient de renouveler la vie sociale sous tous ses aspects, en tenant compte de la véritable nature de l’être humain. Sa vie intérieure, « ce qui l’anime », son âme, déterminent son attitude dans la vie de tous les jours. Selon que son âme est nourrie de « bonnes visions », de sentiments nobles, d’amour, elle donnera à l’individu une sécurité intérieure, une sérénité, une attitude positive face aux réalités du quotidien. Si cette âme est nourrie d’images non positives pour l’être humain ou si elle est vide de toute forme de spiritualité, elle devient malade et les symptômes extérieurs de ce disfonctionnement se révèleront dans des formes d’agressivité, de violence, toutes deux expressions conscientes ou inconscientes de la peur. Face aux défis de notre temps, il est indispensable, selon Rudolf Steiner, que l’être humain découvre sa véritable identité profonde, qui est d’essence spirituelle. L’anthroposophie, initiée par lui, appelée aussi la science de l’esprit, propose un enseignement accessible à tous, pour comprendre le monde qui nous entoure et les êtres qui y vivent. Il est regrettable que l’œuvre de Rudolf Steiner soit encore ignorée par beaucoup de nos compatriotes. Loin de nier les bienfaits des sciences, ce penseur et initié en souligne la nécessité pour que les individualités exercent leur prise de conscience et l’élargissent progressivement. Il souligne que le passage de la société par une vision matérialiste est justifié et même nécessaire pour que la pensée humaine en perçoive l’étendue et aussi les limites. Après cette étape nécessaire à son développement, l’être humain doit peu à peu faire l’expérience que la seule vision matérialiste laisse son âme inassouvie. Ce vide dans l’âme peut conduire à la dépression voire au suicide, ces fléaux de notre temps qui sévissent à tous les âges de la vie. L’Anthroposophie peut ouvrir notre conscience sur des aspects nouveaux de l’être humain et de ses véritables origines. Cette connaissance nouvelle qui touche l’essence de notre être peut changer notre vision de la vie et nous donner la force nécessaire pour devenir avec les autres, des bâtisseurs d’avenir. Il s’agit d’affronter les défis de la vie, sans peur, en décelant derrières les phénomènes du temps, les ressorts d’une humanité en évolution constante. Celle-ci est appelée à devenir de plus en plus consciente sur les exigences du monde actuel pour agir pour le bien de tous, en respectant la terre sur laquelle nous nous incarnons et que nous devons préserver car elle nous été « prêtée » par des « entités spirituelles » pour que nous puissions y évoluer. Au centre de son enseignement, Rudolf Steiner a exposé dans de nombreuses conférences, la nature et l’importance de l’entité spirituelle que le monde chrétien appelle « Christ ». Loin d’être la propriété exclusive du monde chrétien, cette entité a une importance pour toute l’humanité.
Un élève proche de Rudolf Steiner, Hans Erhard Lauer (1899-1979) a appliqué les méthodes d’investigation et de recherche proposées par l’Anthroposophie dans divers domaines de la vie sociale et montré qu’elles ouvraient des possibilités nouvelles et nombreuses pour solutionner les problèmes de notre temps. Son livre « L’anthroposophie et l’avenir du christianisme », qui reprend l’enseignement de Rudolf Steiner, expose clairement la place que tient le Christ dans l’évolution de l’humanité. Dans cette démarche, il rejoint les recherches de Teilhard de Chardin, en allant néanmoins bien plus loin que lui, en abordant la question très controversée de la réincarnation. Son étude, en se basant sur l’analyse de Rudolf Steiner, va bien au-delà de l’histoire du christianisme, de la chrétienté, pour exposer que « l’impulsion christique » concerne tous les êtres humains, qu’ils en aient conscience ou non. Pour celles et ceux qui voudraient approfondir cette question essentielle, nous conseillons vivement le site radher.free.fr intitulé « Anthroposophie et Christianisme » qui donne des renseignements détaillés sur l’auteur et son livre.
Les paroles du pape Jean-Paul II, reprises par bien d’autres (dont des hommes politiques) : « n’ayez pas peur » (qui sont à l’origine les propos de Jésus-Christ, selon les évangiles), sont plus que jamais d’une actualité brûlante. La question primordiale est de savoir comment surmonter la peur ? L’œuvre de Rudolf Steiner répond parfaitement à cette préoccupation. Libre à nous de saisir cette opportunité.