13/01/2012
L'ANNEE NOUVELLE, LA GRANDE INCONNUE...
L'année nouvelle commencée a ouvert la porte d'un futur encore incertain, sur une multitude d'évènements importants, encore inconnus à l'heure actuelle, qui vont marquer notre vie. Nous appréhendons cet avenir encore secret avec des sentiments diffus et contradictoires. L'actualité nous informe journellement des difficultés à venir. Notre société vit, depuis bien longtemps, dans une "grande illusion" qui nous a fait croire que nous maîtrisions parfaitement nos ressources, nos possibilités techniques, notre avenir. Pendant bien longtemps, on pensait que les progrès techniques, scientifiques, instaureraient un monde plus équitable, plus pacifique et plus fraternel. Or nous savons aujourd'hui, que le 20ème siècle qui avait suscité tant de rêves et d'espoirs, était vite devenu celui des guerres, des affrontements violents, des destructions. Les progrès scientifiques et techniques, loin d'apporter la paix et la joie, ont été mis au service des égoïsmes destructeurs, tant au niveau des nations que des individus. Il est évident que les découvertes scientifiques ne peuvent aucunement être mis en accusation de cet état de faits. Elles ne prennent leur sens véritable qu'à travers leurs applications: les découvertes techniques peuvent générer autant le bien que le mal. Le responsable, l'arbitre en l'occurrence, c'est l'individualité humaine. C'est l'être humain qui donne un sens aux outils qui sont à sa portée: les sciences qu'il a décryptées et mises à son service, peuvent aider l'humain ou le détruire, selon l'application choisie. Les sciences progressent sans cesse et sont le reflet des progrès de l'intelligence humaine. Mais l'intelligence humaine ne génère pas automatiquement et nécessairement la sagesse humaine, l'amour du prochain, la générosité... Elle peut même devenir l'instrument des pires atrocités. Les fours crématoires des camps de concentration en sont une triste et macabre illustration.
Au début de cette année nouvelle, il peut être utile, pour chacun de nous, de prendre conscience de l'impact de nos comportements sur notre vie et celle des autres. Selon notre comportement individuel, notre société et finalement notre monde seront différents... L'égoïsme restera toujours une attitude d'isolation, de fermeture aux besoins des autres, un refus d'amour généreux. Il sera toujours le préambule d'affrontements de toutes natures, de conflits, de guerres partisanes. L'histoire de l'humanité nous rappelle les conséquences funestes et désastreuses que de telles attitudes génèrent. Tant que l'humanité entière n'aura pas compris les leçons du passé, elle induira sans cesse de nouveaux conflits meurtriers, de nouvelles catastrophes et constamment sa propre perte. Les affrontements sont aujourd'hui plus subtils, plus secrets: les "guerres commerciales", sous un déguisement anodin, font aussi d'innombrables victimes. C'est dans les échanges, le commerce paisible, que devrait se concrétiser la "fraternité" évoquée parmi les trois "idéaux républicains". La terre et ses richesses sont les biens de tous et devraient, dans un échange fraternel, permettre à tous de vivre. L'expérience nous démontre que l'humanité, pour le moment, est encore bien loin de ce but...
L'humanité actuelle est dans une impasse extrêmement dangereuse, sinon suicidaire. Les progrès qui ont certes amélioré la vie des humains, n'ont nullement généré une société juste, généreuse, aimante. Ce déficit en "amour humain" aboutit à des conséquences dramatiques dont nos médias rapportent les détails: agressions, suicides, attentats, meurtres...Triste bilan d'une humanité "moderne" qui a perdu ses repères et qui est tombée dans la violence sous toutes ses formes. Le "sens de la vie", sous toutes ses acceptations, s'est vidé de son contenu, de sa valeur.
Mais on peut aussi, à partir du constat des tristes évènements de notre temps, en analyser les causes, pour essayer d'y trouver des incitations pour modifier nos comportements, pour devenir les acteurs responsables de notre vie, pour contribuer individuellement, à changer notre rapport à la réalité quotidienne. Ne sommes-nous pas trop souvent tributaires de ceux qui veulent influencer notre vie? Et si nous commencions par faire personnellement le bilan de notre vie actuelle, pour faire le point, non pas pour dresser la liste de nos échecs, nos impossibilités, mais pour faire celle des possibilités non encore expérimentées? Trouver l'audace du défit, oser entreprendre une démarche nouvelle, découvrir un nouveau champ d'expérience et redonner un sens nouveau à ma vie?
Cette démarche est utile à tous les âges de la vie: chez les jeunes pour découvrir le monde, plus tard pour construire sa vie, puis pour en faire mûrir les fruits... A toute époque de sa vie, on peut faire le bilan du passé et tracer des plans d'avenir. Cela s'appelle "vivre". Trop de gens attendent tout des autres et oublient que la vie vaut essentiellement par l'engagement personnel. Ce dernier peut être une leçon de vie continuelle et peut aussi être un encouragement pour les autres. Notre société omet souvent d'enseigner que ce qui donne de la valeur à la vie, c'est ce que l'on réalise personnellement et surtout ce que l'on "donne" aux autres. Le bonheur ne consiste pas, en premier lieu, à consommer toujours davantage au mépris des besoins des autres, il réside dans le partage, dans l'initiative personnelle, dans la découverte constante, dans la curiosité pour le monde que nous habitons. L'aventure existentielle la plus magnifique ne réside-t-elle pas aussi dans le partage des moments importants de notre vie avec les autres?
L'année nouvelle s'ouvre sur des perspectives de difficultés diverses: crise économique, chômage en augmentation, affrontements politiques, peurs de l'avenir. Dans peu de temps notre pays devra faire son choix politique qui s'avérera d'autant plus difficile au regard des perspectives d'avenir. Quelque seront les choix politiques, les lendemains resteront pour longtemps difficiles, pour une large population face à des dirigeants politiques qui ont pris l'habitude de leur cacher la vérité, de favoriser une élite proclamée ou instaurée par un statut financier privilégié, au détriment du reste des citoyens. Toute injustice sociale finit par générer des crises et des affrontements. Nos futurs gouvernants sauront-ils gérer notre vie économique et sociale d'une manière sage et équitable, pour assurer la paix sociale? Sauront-ils proposer une politique ambitieuse de justice sociale et d'équité économique? Sauront-ils redonner de l'espoir et proposer aux jeunes une vie sociale équitable, harmonieuse, qui sera capable de traduire progressivement dans le quotidien les idéaux républicains de liberté, d'égalité et de fraternité?Tant que les idéaux ne sont proclamés que dans des discours creux voire mensongers, tant qu'ils restent de vaines promesses sans véritable volonté d'accomplissement, notre société ne pourra devenir ni juste, ni fraternelle...Une telle politique resterait un affront constant pour ce qui fait la dignité humaine! Il serait grand temps d'assumer une politique sociale qui soit enfin à la hauteur des enjeux.
Il est consternant de constater aussi que trop souvent, les générations nouvelles ne sont pas intéressées par l'histoire de leur pays. Le passé a démontré que les "leçons de l'histoire" sont le plus souvent inopérantes, car les victimes des guerres ont disparu entre-temps et les nouvelles générations ne s'intéressent guère au passé...Cela a pour conséquence que beaucoup d'hommes et de femmes, par manque de culture, de courage politique, d'engagement personnel, délèguent leur part de pouvoir à d'autres qui en disposent à leur gré, en en tirant des privilèges personnels. Chaque individu a sa part de responsabilité dans le devenir humain. L'histoire des humains nous montre que les plus belles parts d'héritage du génie humain, proviennent de personnalités avides de connaître, d'étudier les richesses qu'offrent la terre, curieuses de percer les mystères inscrits dans les espaces à notre portée. Notre société actuelle est devenue aujourd'hui, pour une large part, essentiellement consumériste. Notre société de consommation nous a habitués à considérer le côté pratique des choses et des évènements. Des "spécialistes" inventent pour nous continuellement de nouveaux produits consommables et vite périssables, puisque l'accent doit être mis sur la consommation constante, considérée comme la seule source de revenu continue. On connaît aujourd'hui les résultats d'une telle politique commerciale: appauvrissement constant des richesses naturelles, pollution croissante de la nature, pathologies diverses issues de cette manière de vivre. Pourrons- nous indéfiniment vivre de cette manière?? Est-ce là le monde que nous voulons laisser à nos enfants?
La vie humaine s'inscrit dans un cadre merveilleux où tout peut être une source de découverte constante, où tout peut devenir, si nous le voulons, un nouvel émerveillement. Cela devrait nous pousser à la réflexion sur la raison d'être de notre existence, la valeur de notre vie. C'est parce que nous avons perdu l'habitude de nous étonner du monde et des êtres qui l'habitent, que nous avons perdu peu à peu le sens, dans toutes les acceptations du terme, de notre propre vie. Nous nous laissons sans cesse distraire par l'accessoire, le futile, au lieu de nous attarder sur l'essentiel, ce qui donne le sens à notre existence: l'intérêt pour les autres, la joie d'exister, de pouvoir admirer un coucher de soleil, de pouvoir aimer. Notre société matérialiste nous a habitués à un monde mercantile où les seules valeurs sont celles de l'argent, des richesses matérielles, du pouvoir. Le nombre croissant de malheurs sociaux, de suicides, de meurtres, démontre tragiquement l'échec de notre société actuelle. Quand tirerons-nous les leçons de cet état de faits? Pourquoi notre société "avancée" est-elle en si pitoyable situation? Pourquoi vivons-nous dans une civilisation où règne l'inquiétude du lendemain? Cet échec n'est-il pas essentiellement dû à notre déficit en valeurs véritablement humaines, à la perte de repères pour retrouver notre humanité?
Il semble en effet, qu'une part grandissante d'humains a perdu le sens des véritables valeurs, celles qui enrichissent le coeur humain. L'approche matérialiste actuelle a fini par polluer les valeurs humaines les plus intimes... Enlisés dans une vision matérialiste, bien des hommes et des femmes ont perdu le sens du verbe "aimer"...Ce verbe finit par n'évoquer, pour beaucoup d'individus, que l'aspect premier, "physique"du terme. Beaucoup ignorent le potentiel infini de richesses et possibilités contenues dans le mot "amour". C'est pourquoi notre société, malgré les nombreuses richesses matérielles présentes, est devenue très indigente en "richesses d'amour". C'est parce que un nombre grandissant d'hommes et de femmes ne savent plus aujourd'hui ce que signifie véritablement "aimer" dans la vie quotidienne, que notre société s'est atrophiée, pour n'être plus qu'un lieu désordonné d'égoïsmes divers... Au lieu d'être naturellement "fraternelle" notre société est devenue la scène d'affrontements suscités par les égoïsmes conflictuels, parfois même meurtriers. Notre monde est en manque d'humanité véritable, celle qui aide et respecte l'autre, celle qui sait partager, celle qui laisse une place de vie à l'autre, celle qui sait d'aimer l'autre, quel que soit son sexe, sa culture, sa richesse matérielle.
La terre est notre héritage commun. Elle est le berceau de l'humanité, des civilisations, des cultures qui sont les marques de l'histoire humaine. C'est elle qui forme notre cadre de vie, c'est elle qui nous permet de tracer notre histoire, c'est elle qui permet à l'humanité de vivre, d'y inscrire ses biographies, ses parcours... Les humains prennent peur quand ils perdent leurs repères. Les progrès incessants des sciences avaient suscité, au départ, des espérances infinis: les découvertes dans tous les domaines ouvraient et ouvrent encore, des champs nouveaux où tout semble possible. Les rêves les plus audacieux surgissent encore dans les esprits humains...Beaucoup sont aussi devenus des réalités. Mais les humains de tous âges continuent de souffrir et de mourir. Et les scientifiques continuent de nous faire rêver, nous faire espérer qu'à long terme, tout sera possible, mais le temps passe et les humains n'échappent pas à leur destin de simples mortels... Cette évidence donne le prix à notre existence et en définit les paramètres. Chaque être humain écrit sa propre histoire. La vie de l'athée, de l'agnostique, du croyant, du philosophe, du penseur en général, sera à l'image de sa perception personnelle intérieure, sa croyance, sa philosophie, sa culture. Chaque individu peut avoir son espace de liberté grâce à son esprit, sa pensée. La personnalité de chaque être humain évolue selon son propre parcours, dans un premier temps programmé par sa culture originelle, son environnement, son parcours personnel et dans un second temps, s'il en a la volonté, selon les résultats de ses propres réflexions, investigations, expériences personnelles. Ces possibilités sont à la portée de l'individualité humaine, si elle le veut. Le monde est un champ d'expériences infinies pour l'esprit humain en recherche. Il est le cadre de son évolution, de ses expériences, de ses investigations personnelles. Trop d'individus, aujourd'hui, renoncent à penser par eux-mêmes, attitude pourtant indispensable pour comprendre et gagner progressivement une confiance en leur jugement personnel.
Au seuil de l'année nouvelle, nous pouvons, si nous en avons la volonté, essayer d'exercer notre influence dans le cadre de notre vie, pour être attentifs et vigilants à ce qui se passe autour de nous. La politique est un domaine trop important pour le devenir humain pour la laisser aux mains de spécialistes chargés de régler tous nos problèmes! Les échecs et drames nombreux dans l'histoire de l'humanité démontrent à souhait les dérives d'une telle organisation. Aujourd'hui, dans les véritables démocraties, chaque individu a sa part de responsabilité dans le tracé du futur. Ce n'est certes pas une nouveauté. Mais la véritable nouveauté serait la prise de conscience des véritables enjeux de la politique qui devrait aboutir, non à une lutte pour en tirer des bénéfices personnels ou de clans, mais pour avoir le souci et l'ambition d'inclure dans le pacte social tous les citoyens du pays et, au-delà, de l'humanité entière. Les nombreuses guerres meurtrières démontrent que l'humanité n'a d'avenir que si elle est prête à partager ses richesses et à collaborer au lieu de s'affronter. Cela est vrai sur le plan national autant que sur le plan international. L'humanité est une. En prendre de plus en plus conscience peut nous permettre de changer notre manière de vivre et apprendre à nous soucier du devenir des autres. Les progrès scientifiques n'ont de sens que s'ils s'inscrivent dans un avenir qui favorise l'émergence d'une humanité véritable qui se soucie du bien de tous, au-delà des frontières culturelles, sociales et économiques. C'est la condition de la pérennité de l'humanité sur terre. C'est un enjeu énorme, exigeant qui peut aussi devenir une expérience extraordinaire d'humanité véritable et d'amour abouti.
13:27 Publié dans Choix de société, choix de vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : choix de société, partage, justice, partage, sens de vie, bonheur, vocation humaine
12/12/2011
NOËL, MYSTERE DE LA VOCATION HUMAINE!
L'année s'achève bientôt et le mois de décembre est celui où se niche la date mythique du 25 décembre consacrée à la célébration de la fête de Noël, initiée par la tradition chrétienne. Notre société, pour une large part, s'est détachée aujourd'hui de la signification religieuse de cette fête, pour la réduire, très souvent, à n'être qu'une opportunité laïque, se traduisant essentiellement dans un commerce accru de biens de consommation. La préparation de la fête de Noël consiste dès lors, pour beaucoup, à réfléchir aux cadeaux à offrir, aux repas festifs à préparer. En ces temps de crises, le clivage entre ceux qui ont de l'argent et ceux qui n'en ont pas, devient alors dramatique. D'une part des repas parfois très onéreux, d'autre part les resto du coeur pour ceux qui y trouvent une place... Les innombrables lumières et décors de Noël qui brillent dans la nuit de l'hiver, n'arrivent guère à éclairer les humains qui souffrent, pour leur redonner de l'espoir. La précarité a augmenté rapidement dans notre société et la peur s'est installée un peu partout. Noël peut-il encore avoir un sens pour tous ceux et celles qui restent des exclus de par leur statut social? Qu'est devenue notre société française qui a, au lendemain de la révolution française, sanctuarisé les droits de l'être humain en affichant si fièrement ses idéaux républicains de liberté, d'égalité, de fraternité? Un citoyen chômeur, assisté, sans espoir de réinsertion, peut -il encore parler de liberté? Peut-il revendiquer l'égalité dans une société aussi injuste où coexistent un nombre grandissant de personnes qui ne disposent que du stricte minimum, d'autres même dénués de ressources et d'autre part un nombre considérable de gens fortunés dont l'unique raison de vivre consiste à s'enrichir encore davantage? Comment évoquer une fraternité, dans une société dont la dynamique essentielle se traduit par la concurrence et l'affrontement continuels? La fraternité, pour avoir véritablement un sens, ne devrait-elle pas s'exprimer essentiellement dans le partage équitable des biens et des ressources? Dans une société égoïste et matérialiste, parler de Noël devient un non-sens et un outrage au regard de la signification initiale que l'évènement devrait évoquer. Si on réduit cette fête à n'être qu'une incitation périodique à la consommation de biens matériels, elle exclut, de fait, tous ceux et celles qui sont privés de ressources financières suffisantes pour y participer. Mais est-ce là le sens véritable de Noël?
Essayons de retrouver les origines, le fondement de cette fête. L'histoire de la chrétienté nous apprend que Noël, sous l'angle religieux, célèbre la naissance de Jésus, au début de notre ère. Nous savons que la date du 25 décembre n'est pas une date véritablement "historique" dans le sens exact du terme. Une partie de la chrétienté a toujours traditionnellement fêté cet évènement le 6 janvier. On se rend compte que Noël échappe aux critères de l'histoire tels que nous les concevons aujourd'hui. L'importance essentielle de l'évènement ne se fonde pas sur une date historique, mais plutôt sur sa signification, sa dimension. Pour en prendre conscience, il faut se pencher sur les documents qui relatent la naissance de Jésus, qui deviendra, après le baptême du Jourdain, le porteur du Christ, investi du Verbe divin qui, par sa vie, sa mort, sa résurrection, posera le fondement du christianisme. La nativité de Jésus est évoquée dans les évangiles de Luc et de Matthieu. Si nous prenons le temps de lire attentivement les deux narrations, nous serons vite étonnés et quelque peu désorientés. Pourquoi? Parce que les deux récits sont très différents!
Commençons par l'évangile de Luc. Dans la merveilleuse traduction d'André Chouraqui, nous lisons: "Et c'est, en ces jours, un édit de Caesar Augustus sort pour recenser tout l'univers. Ce recensement est le premier, Quirinius étant gouverneur de Syrie. Ils vont tous se faire inscrire, chacun dans sa ville. Joseph monte aussi de Galil, de la ville de Nasèrèt, vers Iehouda, vers la ville de David, appelée Béit Lèhèm. Il est de la maison de David et de son clan. Il se fait recenser avec Miriâm, sa fiancée, qui est enceinte. Et c'est, quand ils sont là, les jours de son enfantement se remplissent. Elle enfante son fils, son aîné. Elle l'emmaillote et le couche dans une mangeoire, car il n'y avait pas de place pour eux dans la salle." Cette traduction est bouleversante par sa simplicité et son évocation sobre qui touche le coeur. Le texte qui suit est comme une brise légère: "Des bergers étaient là, dans ce pays; ils vivaient aux champs, et gardaient, aux veilles de la nuit, leur troupeau." Puis l'évangile raconte l'apparition de l'ange, messager de Dieu qui annonce aux bergers la "bonne nouvelle": "Il est né pour vous aujourd'hui un sauveur. C'est le messie d'Adonai (Dieu), dans la ville de David. Tel est pour vous le signe: vous trouverez un nourrisson, emmailloté, couché dans une mangeoire." Le texte poursuit en narrant l'apparition d'une multitude d'anges qui louent Dieu en disant: "gloire à Dieu dans les hauteurs et paix sur terre aux hommes de bon gré!" Les bergers se rendent à Bethléhem et trouvent Miriam (Marie) et Joseph avec l'enfant couché dans la mangeoire.
L'évangile de Matthieu nous présente une évocation bien différente. Reprenons la traduction émouvante d'André Chouraqui: "L'enfantement de Iéshoua (Jésus), messie, c'est ainsi: Miriâm (Marie), sa mère, est fiancée à Iosseph (Joseph). Avant qu'ils se rencontrent, elle est trouvée l'ayant dans le ventre par le souffle sacré. Iosseph, son homme, est un juste. Ne désirant pas sa disgrâce, il se résout à la délier en secret. Dans cette perplexité, voici, un messager d'Adonai (Dieu) lui apparaît en rêve et dit: Iosseph bèn David, ne frémis pas de prendre avec toi Miriâm, ta femme. Oui, ce qui s'enfante en elle est du souffle sacré. Elle enfantera un fils. Crie son nom: Iéshoua (Jésus), parce qu'il sauvera son peuple de ses fautes." Un peu plus loin, nous lisons: "Iosseph se réveille du sommeil. Il fait selon ce que lui a ordonné le messager d'Adonai (Dieu) et prend avec lui sa femme. Il ne la pénètre pas jusqu'à ce qu'elle ait enfanté un fils. Il crie son nom: Iéshoua (Jésus)". Le texte qui suit: "Quand Iéshoua naît à Béit Lèhem en Iehouda (Bethléhem en Judée), dans les jours du roi Hèrodes, voici, des mages du levant arrivent à Ieroushalaîm (Jérusalem) et disent: Où est-il, le nouveau-né, le roi des Iehoudîm (Juifs)? Oui, nous avons vu son étoile au levant, et nous venons nous prosterner devant lui." Suit alors l'évocation du roi Hérode qui s'inquiète d'apprendre la naissance d'un messie et qui essaye de s'informer, par les mages, de l'endroit où se trouve l'enfant, dans l'intention de le tuer. Les mages suivent 'l'étoile' qui les mène à la maison où ils trouvent l'enfant. Le texte traduit par Chouraqui garde son charme tout particulier: "Et voici, l'étoile qu'ils avaient vue au levant devant eux. Elle vient et s'arrête au-dessus du lieu où se trouve le petit enfant. Ils voient l'étoile et se réjouissent d'une très grande joie. Ils viennent dans la maison et voient le petit enfant avec Miriâm, sa mère. Ils s'inclinent et se prosternent devant lui. Puis ils ouvrent leurs trésors. Ils lui offrent des présents d'or, d'oliban et de myrrhe. Eux-même sont avertis par un rêve de ne pas retourner chez Hérôdès. Ils se retirent par une autre route vers leur pays;" Le texte qui suit rapporte que Joseph, à son tour, est averti en songe, par un messager de Dieu qui l'avertit du danger qui menace le nouveau-né. Il fuit avec sa petite famille en Egypte. Hérode furieux, ordonne de tuer tous les enfants de moins de deux ans, c'est le "massacre des innocents". A la mort d'Hérode, un messager de Dieu informe Joseph que ce dernier est mort et qu'il peut retourner dans son pays. Se méfiant du fils d'Hérode qui prend la succession de son père, Joseph ne retourne pas à son ancienne résidence et s'installe à Nazareth en Galilée.
Nous sommes, à l'évidence, confronté ici à deux narrations très différentes de la naissance de "Jésus". Si on lit attentivement les textes dans leur intégralité, cela est encore plus évident! Les théologiens chrétiens ne se sont guère intéressés à ces "différences", arguant que les narrations ne sont pas à prendre à la lettre et sont à la fois approximatifs, "poétiques" et complémentaires...Ce qui explique que la tradition des crèches de Noël, qui est tardive dans l'histoire de la chrétienté et qui remonte au temps de François d'Assise, présente une étable avec un boeuf et un âne (dont on ne trouve nulle trace dans la narration de Luc), comme décor de l'évènement. Les premiers visiteurs de l'évènement de la naissance sont les bergers, puis suivent les "rois mages"...On a donc fait un amalgame de deux narrations qui n'ont guère de concordance. C'était bien plus simple que de s'interroger sur les raisons et la signification des différences dans les deux récits. N'est-il pas curieux que les théologiens ne se soient pas intéressés davantage à ce mystère? Ou l'ont-ils fait, sans y trouver de solution, préférant alors ignorer ces différences?
Rudolf Steiner (1861-1925), le grand penseur et visionnaire, a, le premier, dans une série de 10 conférences tenues à Bâle, du 15 au 26 septembre 1909, abordé ce thème, en analysant en profondeur les textes des évangiles de Luc et de Matthieu. Il a, par la suite, encore tenu de nombreuses conférences sur ce sujet, en exposant les résultats de ses propres investigations spirituelles et ésotériques. L'étude de ces textes est révélatrice de la profondeur et de l'étendu du travail de cet esprit exceptionnel. Pour tous ceux et celles qui sont en recherche, qui se posent des questions sur le sujet que nous avons abordé et bien d'autres encore, on ne peut que recommander vivement la lecture de ces textes.
Nous nous contenterons ici, de nous pencher sur le message de Noël dans son ensemble, pour essayer d'en tirer quelques enseignements simples et universels. La traduction d'André Chouraqui révèle le caractère bien particulier du style de narration de Luc et de Matthieu. On remarque immédiatement qu'il ne s'agit pas d'une évocation de type journalistique tel que nous la concevons de nos jours. Il s'agit plutôt d'un récit très épuré, une sorte de conte, relatant un évènement à la fois simple, mais troublant. Notre intellect n'y trouve pas son compte, mais notre coeur, s'il n'est pas étouffé par notre société matérialiste, peut s'émouvoir. Des images simples, mais belles, peuvent faire vibrer notre âme d'une manière inhabituelle: redevenir enfant pour s'étonner, se réjouir du merveilleux, se laisser bercer par la magie des images évoquées...Il faut dès lors, pour arriver à comprendre ce que les textes nous apprennent et saisir le sens des images proposées, ouvrir notre coeur.
L'évangile de Luc décrit un Noël populaire, fait pour les gens ordinaires, simples, riches en leur âme, remplis de la "bonne volonté" requise pour comprendre véritablement la proclamation joyeuse des messagers du ciel. Marie et Joseph quittent Nazareth en Galilée, pour aller se présenter au recensement à Bethléem. Les bergers bouleversés par la vision de l'ange divin annonciateur, portent en leur coeur la soif d'amour, de fraternité, de paix qui leur ouvre la route vers l'endroit où ils trouvent l'enfant couché dans "une mangeoire". La narration est simple, linéaire et n'évoque aucune adversité extérieure. L'enfant Jésus dans l'évangile de Luc, propose à l'humanité un chemin vers la paix universelle dans le monde, celui de la fraternité, de l'amour, du partage. C'est l'enseignement que le grand Bouddha avait déjà tenu à ses disciples au cinquième siècle avant notre ère! Ce même message est évoqué dans l'évangile de Luc. "Paix sur la terre aux hommes de bonne volonté!" L'enseignement de Bouddha et le "Noël" que raconte l'évangéliste Luc se rejoignent de par leur esprit d'appel à la fraternité, à la compassion, à la paix. Un tel message peut s'adresser à tout humain quelle que soit sa culture et répond à un besoin profond de tout être humain. Notre monde actuel est-il capable d'intégrer dans la société humaine un tel "Noël"?
L'évangile de Matthieu, tout en restant aussi "mythique" que celui de Luc, se passe dans un "décor" bien différent. Cette narration est plutôt "réaliste, terrestre". Nous apprenons, au début du récit, que Joseph qui n'a pas encore "connu" Marie, est paniqué quand elle lui dit qu'elle attend un enfant. Il veut se séparer discrètement de sa compagne, mais le messager de Dieu l'informe, pendant son sommeil, des intentions divines. Dès son réveil, il fait comme l'ange lui a prescrit et prend chez lui son épouse. Ils habitent alors dans une maison à Bethléhem en Judée. Ici aucune évocation d'un quelconque recensement...Matthieu rapporte la venue des "mages d'Orient" qui suivent "l'étoile" qui les guide et qui leur indiquera l'endroit exact où se trouve le nouveau-né. Dans cette narration, il est aussi question du roi Hérode qui apprend par les mages la naissance du "roi des juifs" et qui pense pouvoir se servir des mages, par ruse, pour trouver l'endroit où se trouve l'enfant, pour pouvoir l'éliminer. Il ordonnera, par la suite, en constatant que les mages ne lui ont pas fourni les renseignements requis, le massacre des enfants de bas âge, voulant ainsi s'assurer de l'élimination de ce Jésus "roi des juifs". Nous sommes ici dans un monde dramatique, plein de menaces, d'affrontements, de cruauté, bien loin de celui des pacifiques bergers, de l'harmonie des messagers du ciel, de leur visite paisible pour adorer l'enfant couché dans une mangeoire! Les visiteurs qui arrivent,guidés par "l'étoile", sont des mages venus "d'Orient", avec le statut tout particulier attaché à cette évocation. La tradition en a fait des "rois", pour signifier leur rang particulier et leur importance. En fait ces trois personnages mystérieux incarnent le savoir, la sagesse, les sciences que l'on peut acquérir et étendre sans cesse. Leurs cadeaux individuels représentent des symboles tout particuliers: l'or, l'oliban (l'encens) et la myrrhe. L'or représente les forces dont dispose la pensée humaine. L'encens représente la catharsis qui est le moyen, pour l'humain, de purifier son âme de ses entraves égoïstes afin qu'elle puisse accéder à la vérité. La myrrhe symbolise la force considérable de la volonté. Ces "mages" représentent donc, à travers les symboles attachés à leur offrande, des individualités qui possèdent un immense savoir, celui que l'on peut acquérir par les expériences au cours de vies terrestres, ils représentent l'élite parmi les "savants", les "scientifiques," à une époque de l'humanité où ce terme n'existe pas encore, dans l'acceptation actuelle. Ces mages "viennent d'orient", où les savoirs sont alors les plus poussés et on peut supposer que les trois personnalités représente la synergie de ces savoirs: ils ont la connaissance non seulement de ce qui vit et existe sur terre, mais savent aussi "lire" dans le ciel, pour observer non seulement la voûte étoilée, mais aussi y déchiffrer les messages occultes qu'elle peut afficher, pour ceux qui sont capables de les déchiffrer. En se prosternant devant l'enfant, ils s'assujettissent humblement, en reconnaissant par leur geste, que leur savoir, certes grand, ne saurait se comparer à celui des puissances de l'univers, du divin, dont l'enfant incarne à la fois l'humilité et la grandeur. Cette "imagination de Noël" garde son sens initial aujourd'hui: tout savoir, tout spécialement celui dont s'enorgueillissent les scientifiques de tous bords, reste extrêmement limité en comparaison de "Celui" qui a su créer la terre et l'univers tout entier... Tout orgueil démesuré à ce sujet se révèle dès lors, comme du pur narcissisme et devient assez insignifiant sinon ridicule. Nulle intelligence humaine ne saurait être supérieure à celle qui a tracé les espaces que nous habitons et créée l'être humain. Ce dernier est le fruit de la terre le plus précieux et toute science qui, par ses applications, nuit à la véritable vocation humaine, est le contraire du "Noël" voulu par les mages.
L'évangile de Luc et de Matthieu illustrent donc des situations, des intentions bien différentes, mais complémentaires. D'une part un scénario qui veut toucher le coeur humain, pour l'humaniser davantage, inciter l'être humain à "recouvrer son innocence originelle", non pour devenir infantile mais pour réapprendre à s'étonner de la vie, développer l'intérêt pour les autres, pour mieux les comprendre, les aider, les aimer davantage. D'autre part, chez Matthieu, nous trouvons une incitation à dépasser la seule perception matérielle du monde et des êtres qui y vivent: la pensée humaine donne accès aux savoirs possibles sur notre terre. Cela est nécessaire à l'être humain pour progresser. Mais notre pensée doit s'exercer à aller plus loin que la réalité tangible, pour accéder aux réalités spirituelles qui fondent le monde matériel. Notre intelligence doit se mettre au service de l'humain, pour qu'il puisse se développer dans un contexte social incitant à la créativité et à la progression humaine. Elle doit se "prosterner" devant les exigences véritables de la nature humaine, pour en mesurer la grandeur et la vocation. Chaque être humain mérite de vivre, pour s'épanouir, pour développer ses propres talents. C'est en purifiant notre vie intérieure de nos égoïsmes, par une catharsis symbolisée par l'image de l'oliban, de l'encens, que nous aurons accès au mystère humain de "l'autre", pour mieux le servir et l'aimer. Pour cela, la force de la volonté personnelle, symbolisée par la myrrhe, sera sans cesse nécessaire.
Voilà des images de Noël qui sont bien loin de celles que nous présentent les médias de notre temps, qui ne cessent de vouloir nous suggérer que la fête de Noël ce ne sont que les lumières multicolores, les pères Noël et les paquets-cadeaux! Si notre imagination sur Noël se limite à ces stéréotypes de consommation, nous nous lasserons vite, parce que, en définitive, tous ces biens matériels, parfois enviables, souvent aussi inutiles, sont tout de même incapables, à long terme, de nous combler. La société de consommation a ses mérites, mais aussi ses limites. Si elle néglige le facteur humain, si elle tolère des injustices sociales, si elle n'apprend pas à partager les richesses et l'amour de la vie avec les autres, si elle oublie ceux qui sont dans la misère, elle ne fera que nourrir des rancoeurs qui finiront par s'affronter dans la violence et la souffrance. Prenons le temps de relire les textes qui sont à la source de la fête de Noël, pour en tirer un enseignement précieux et une force nouvelle. Les premiers chrétiens ne fêtaient pas Noël comme nous, car leur joie de Noël ils la vivaient dans leur âme, dans leur coeur. La volonté de nous ressourcer à partir de ces textes ne doit certes pas nous priver de fêter Noël selon nos traditions, ni nous empêcher de faire des cadeaux pour faire plaisir. Mais mieux comprendre le sens de Noël, nous permettra d'avoir un regard nouveau sur cette fête et remplira notre âme d'une grande sérénité, pour apprendre à nous ouvrir aux autres, pour nous sentir solidaires et respectueux finalement de toute l'humanité. Les messages d'humanité que contiennent les évangiles de Luc et Matthieu ont donc un caractère universel: ils touchent tous les humains, quels que soit leur sexe, leur culture, leurs convictions politiques et spirituelles. Que Noël redevienne pour nous un émerveillement, une joie véritable, la fête de la grandeur de la dignité humaine, telle que l'illustrent magnifiquement les belles cantates de Noël de J.S.Bach! Noël! Noël! Noël! devient alors un cri d'amour!
19:28 Publié dans Choix de société, choix de vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : noël, religions, dieu, spiritualité, fraternité, égalité, liberté, fête, joie humaine, universalité
19/11/2011
LA VALEUR HUMAINE...
Le mois de novembre a les couleurs de l'automne. La nature dans un dernier sursaut de vitalité, se métamorphose en une magie de lumières qui se reflètent sur les innombrables feuilles des arbres qui prennent des teintes magnifiques avant de tomber inertes sur le sol. L'année va bientôt s'achever dans le froid de l'hiver... La Toussaint ouvre la porte sur novembre, dans un climat psychologique bien particulier, la journée suivante étant consacrée à la mémoire des défunts. La tradition chrétienne européenne attache une valeur particulière à cette période de l'année. Le calendrier liturgique ne suffisant pas à rappeler le nom de toutes celles et tous ceux que l'église a sanctifiés, le premier jour de novembre a été choisi pour célébrer tous les saints. Les communautés orthodoxes attachent aussi beaucoup d'importance au culte des saints. Ce culte avait à l'origine comme but essentiel, de présenter aux fidèles, des modèles de vies exemplaires: exemple des nombreux martyrs morts pour leur foi, exemple de personnes portées par leur foi, modèles d'espoir pour une humanité en souffrance. Saint François d'Assise reste une des icônes de grande sainteté: sa foi mystique qui se révèle jusqu'à ses stigmates corporels, son amour universel que l'on retrouve dans ses textes de louange à l'univers, à la nature, à tous les êtres vivants et même à la mort elle-même considérée comme une compagne libératrice. Alors que le Christ, suivant l'enseignement juif, enseignait que "Dieu seul est saint", l'église catholique a inauguré la sanctuarisation de toutes celles et ceux qu'elle jugeait dignes, à travers leur vie exemplaire et les miracles obtenus grâce à eux. Pour les fidèles, ils devenaient alors, non seulement un modèle de vertus, mais aussi un recours dont on pouvait faire usage, par la prière.
A travers l'histoire de l'église, on sait que les pratiques de sanctification étaient souvent fortement influencées par les puissants en place, tant du côté ecclésial que du côté politique. Un exemple frappant reste celui de notre "Jeanne d'Arc" nationale, qui ne fut "sanctifiée", après de nombreuses tractations politico-religieuses,qu'au début du 20ème siècle!..L'église romaine a toujours continué à béatifier, puis sanctifier, après une procédure spéciale, les personnalités qu'elle jugeait dignes d'un tel honneur. Il est curieux que le choix opéré, même aujourd'hui, parait assez anachronique: on sanctifie parfois des personnes décédées depuis très longtemps et d'autres dans un passé très proche...On se souvient que le Pape Jean-Paul II avait accéléré la procédure de béatification pour mère Térésa. Nous savons aussi que lors des funérailles de ce même Pape, une partie de la foule présente s'est manifestée en criant que l'on devait sanctifier le défunt immédiatement. L'église romaine a aussitôt commencé les procédures de béatification, préambule à celui de la sanctification...Une première dans l'histoire de l'église romaine et surprenante au 21ème siècle. Sans porter un jugement de valeur, on peut cependant regretter qu'une pareille procédure n'ait jamais été jugée utile pour des personnalités telles l'abbé Pierre ou encore soeur Emmanuelle... Leur vie n'était-elle pas entièrement consacrée aux autres? Les procès de sanctification sont-ils encore adaptés à notre temps? L'église réformée n'a-t-elle pas sciemment renoncer à cette pratique? Si l'on pense que l'individualité humaine n'a droit qu'à une seule vie terrestre, la sanctification revêt un aspect assez étrange: cela signifierait finalement qu'un nombre limité d'individus aurait, en une vie, atteint une perfection exemplaire, en devenant ainsi, les privilégiés de Dieu, tandis que tous les autres resteraient imparfaits et tributaires de la clémence divine...En envisageant l'hypothèse de réincarnations, de vies successives, d'autres perspectives s'ouvriraient aussitôt, tout aussi problématiques: les "saints", ayant atteint leur perfection, renonceraient-ils à accompagner l'évolution de la société humaine, en ne se réincarnant plus? Or, la réincarnation ne serait-elle pas la meilleure possibilité, concrètement, d'avancer graduellement vers une perfection humaine et morale, puisque, entre deux réincarnations, les êtres humains auraient la possibilité de faire leur bilan moral, pour en tirer un enseignement pour leur prochaine vie? Ces questions valent la peine d'être posées.
Le jour qui suit la Toussaint est celui qui est consacré à la mémoire de tous ceux et celles qui nous ont quittés. Bien des personnes se refusent de penser aux défunts, car cela évoque leur propre devenir, tous les humains étant mortels. Elles préfèrent se réfugier dans des distractions, des activités, qui leur font croire que leur vie terrestre est illimitée...D'autres, suivant une longue tradition, vont fleurir la tombe de celles et ceux qui sont partis. Un court instant pour le souvenir et la reconnaissance. Le geste accompli, la vie reprend alors vite son train habituel et l'on préfère penser à autre chose.
Il serait peut-être utile, cependant, de prendre parfois le temps de penser davantage à nos défunts. Non pour en faire le culte, mais pour en tirer un enseignement pour notre vie en cours. Tous nos parents et amis chers qui ont disparu, ont aussi emmené avec eux, une partie de notre propre vie, puisqu'ils ont aussi participé à notre propre histoire. Tous ces souvenirs restent gravés en nous et sont autant de trésors enfuis en notre âme. Tous ces disparus, nous les avons côtoyés, partagé des instants de leur vie, leurs rires et parfois leurs pleurs. Ils formaient une trame essentiel de notre propre existence...Mais ils sont partis et ont laissé un vide immense que rien ne saurait plus combler. Plus le temps passe, plus nous nous rendons compte de ce qu'ils représentent d'irremplaçable pour nous. Par leur départ, notre environnement humain familier s'est appauvri et nous portons en nous encore tant de questions que nous voudrions, aujourd'hui, poser à ceux et celles que nous avons côtoyés . Nous croyions les connaître et pourtant, nous savons à présent, qu'ils ont emporté avec eux nombre de secrets que nous n'étions pas, alors, assez curieux de découvrir. Etions-nous assez attentifs, assez intéressés à la richesse qu'ils représentaient pour notre vie? Les avons-nous vraiment connus, assez aimés? La triste réalité du quotidien nous démontre que chaque être humain prend souvent plus de place en notre coeur, une fois qu'il est mort...
Puis il y a la foule immense de celles et ceux qui, murés dans leur solitude, sont morts seuls, dans leur logis ou le plus souvent, dans une maison de retraite, à l'hôpital. Dans notre société actuelle, matérialiste, égoïste et souvent inhumaine, on a pris l'habitude d'écarter du regard tout ce qui dérange la belle illusion installée. On n'aime pas être confronté aux misères humaines et surtout pas à la mort. La vie est souvent devenue, aujourd'hui, une foire de l'éphémère où beaucoup de personnes préfèrent se distraire par la consommation d'alcools, de drogues, de télé, de spectacles multiples. Grâce à ces flots de divertissements, on se laisse emporter dans une inconscience voulue, programmée, que l'on juge bienfaisante et nécessaire au maintien de l'équilibre personnel. Cela est bien compréhensible dans une société qui est en crise constante, où la vie courante devient précaire, où l'on a peur du lendemain.
Nos défunts nous rappellent que la vie sur terre n'est pas éternelle et que nos jours sont toujours comptés. Il peut être rassurant pour certains de penser que les progrès de la science ne s'arrêteront jamais et que ces derniers permettront, de plus en plus, de soigner voire éradiquer toutes les maladies, à freiner la dynamique funeste et inéluctable de la vieillesse, pour parvenir finalement, à donner à l'humain son immortalité...Il n'est pas interdit de rêver...Une chose, cependant est certaine: tous ceux qui portent en eux cette espérance, n'en verront jamais la concrétisation dans leur vie présente! Nous sommes donc tous confrontés à une réalité indéniable: nous naissons et finalement nous mourrons. Notre avenir terrestre est donc limité, malgré les progrès de la médecine. De tous temps, les cultures généraient leur propre croyance religieuse, qui élargissait l'horizon du devenir humain: la mort n'est point la fin de la vie humaine. Les religions ont toujours promis un "au-delà", où l'être humain continuerait d'exister. Aujourd'hui la société occidentale a beaucoup changé. Alors que pendant plusieurs siècles, les sciences n'influaient guère sur le psychisme religieux d'une large population, après les deux guerres mondiales, la situation est toute autre. Aujourd'hui, de nombreux penseurs, philosophes, scientifiques sont athées ou à la limite agnostiques. C'est cependant bien moins le cas par exemple chez les musulmans, les bouddhistes...Cela aussi mérite réflexion.
La mort était jadis toujours considérée comme faisant partie de la vie. On l'acceptait comme une échéance naturelle. La religion atténuait l'angoisse humaine, en proposant une foi qui ouvrait sur une espérance qui permettait de juguler les inégalités, les injustices terrestres, puisque "le jugement divin" final, représentait une justice où les bons seraient récompensés et les méchants punis. Au fil du temps et de l'évolution des consciences humaines, les humains ont pensé que la justice devait déjà régner sur terre et qu'on ne pouvait tout accepter, en plaçant tous ses espoir dans un "au-delà" hypothétique...Aujourd'hui, nous vivons dans un monde où la science est devenue omniprésente, savante, inventive et puissante, mais assujettie aux pouvoirs politiques, des affaires, des finances. Les sciences portent encore un avenir prometteur, mais le problème essentiel reste à l'échelle humaine, car les scientifiques sont aussi des humains qui sont, hélas, souvent récupérés et asservis par les puissants en place. Le paradis terrestre promis sans cesse devient alors plutôt un espace de conflit, d'affrontement, de souffrances nouvelles. L'enfer hypothétique prêché par certaines religions devient une réalité tangible dans le monde actuel. Encore jamais l'humanité n'avait été autant menacé, sous diverses formes, comme c'est le cas aujourd'hui : nature polluée, aliments manipulés, trafiqués, déchets nocifs éparpillés, armes redoutables, nombre de centrales atomiques qui resteront une menace constante pour toute l'humanité. Bien des humains vivent aujourd'hui dans un monde où les menaces, au lieu de diminuer, vont encore augmenter, en dépit des promesses multiples des gouvernants qui, eux aussi, sont débordés par des problèmes qu'ils ne maîtrisent plus. Comment s'étonner qu'un nombre croissant d'humains soient déprimés, se bourrent de tranquillisants et de drogues diverses, pour échapper momentanément à un quotidien devenu insupportable. Un nombre croissant de suicides non seulement chez les vieux abandonnés, mais de plus en plus aussi chez les jeunes désespérés, sont le triste indice d'un monde qui va mal. Vivre dans un monde d'affrontements, d'injustice où tout idéal est considéré comme une rêverie, une chimère voire une débilité et où tout autre espace d'espoir, "d'au-delà" est, lui aussi considéré par beaucoup comme une ineptie, ne laisse qu'une issue à l'individu: celle de disparaître dans un néant. Ce vide, certains désespérés croient le trouver dans le suicide.
Les pensées d'automne, quand la nature déploie encore tous ses feux de couleurs et de lumières avant de s'endormir dans la mort de l'hiver, peuvent peut-être nous redonner un peu d'espoir. L'hiver passé, la nature renaîtra, reprendra d'infinis couleurs pour recommencer une "nouvelle vie". L'être humain qui participe aux rythmes de la nature dont il représente le fleuron, aurait-il une destinée moins favorisée?
On se remet alors à penser à nos chers disparus. Certains sont morts jeunes, d'autres vieux. Tous avaient des projets qui ont eu des aboutissements divers, selon les durées de vie, les conditions historiques, sociales, culturelles. Aucune vie, même riche de conquêtes, de réussites, d'expériences diverses, n'a abouti à la réalisation de toutes les espérances initiales. Et si, chaque vie, n'était qu'un des éléments d'un parcours plus long, plus exigeant, plus merveilleux? Dans cette perspective, rien ne serait plus perdu à jamais. Tous ces humains qui ont laissé leur trace, leur souvenir affectueux en nos coeurs, nous pourrions les retrouver. Nos vie prendraient un sens nouveau: elles seraient des étapes d'une longue progression, où les vies nouvelles seraient dans la continuité des vies passées, sous d'autres conditions, d'autres parcours. Un cheminement nouveau d'expériences, de réussites, d'échecs aussi, qui serait aussi pour nous un enseignement pratique et continu: apprendre à mieux gérer sa vie, à acquérir une sagesse, à vivre un amour qui se traduira dans la réalité d'une manière nouvelle, sous diverses formes concrètes, sociales et véritablement humaines.
Ceux qui sont partis laissent en nous des marques indélébiles, celle de leur affection, leur amour qui s'est révélé à travers leurs paroles, leurs faits et gestes. C'est là, la véritable valeur humaine qui réside non dans des critères matériels, mais dans les richesses spirituelles qui vivent dans l'âme humaine. Les défunts nous rappellent nos vraies priorités: notre vie terrestre n'a de sens que si nous mettons tout en oeuvre, pour nous engager, selon nos possibilités, à rendre sans cesse notre société plus humaine. Tant que la dimension, les exigences humaines ne constitueront pas le fondement essentiel de notre politique économique, notre vie sociale, culturelle, nous ne progresserons pas. Les progrès scientifiques, contrairement à ce que l'on croyait au départ, ne seront jamais les garants d'une vie humaine plus épanouie, plus heureuse, plus saine, tant que l'âme humaine, la conscience humaine individuelle n'aura pas évolué. Chaque vie humaine est infiniment précieuse. Les défunts nous présentent le miroir de cette réalité. A nous d'en tirer une leçon, à travers une réflexion approfondie de cette réalité, afin d' honorer ceux qui sont partis et de donner vraiment du sens à notre vie.
16:57 Publié dans Choix de société, choix de vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : vie, mort, défunts, amour, solidarité humaine, destinée, réincarnation, religion, esprit, âme
