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30.05.2007

Science matérielle ou/et science spirituelle ?

La responsabilité des scientifiques dans la société contemporaine.

On sait que la science moderne date du 16ème siècle. Avant cette ère, la connaissance était un curieux mélange fait d’observation, de pragmatisme, de spiritualité, d’alchimie, de théologie et d’idées venues encore des cultures grecques et latines. Le « savant » du Moyen Age était bien différent du scientifique d’aujourd’hui ! La spiritualité et l’irrationnel y tenaient encore une large part. Puis la curiosité des « chercheurs » s’est concentrée de plus en plus sur le monde sensible, le monde physique matériel…Observation du monde microscopique dès l’invention du « microscope », du monde macroscopique dès la découverte de la « lunette de Galilée » en 1609. Galilée (1564-1642) est entré dans l’Histoire par le fameux « procès » que lui avait intenté l’Eglise romaine : en introduisant l’emploi de la lunette en astronomie, il a été à l’origine d’une véritable révolution dans l’observation de l’univers…Nous n’entrerons pas dans ce sujet traité dans de nombreux ouvrages…Ce qu’il faut retenir, c’est que « la science moderne » initiée au 16ème siècle et sans cesse développée par la suite, se penchera dès lors exclusivement sur le monde « concret physique », le seul susceptible d’être observé par les sens humains, d’être analysé et soumis à l’expérimentation…
C’est à partir de ce moment que la science n’est plus cultivée pour la pure connaissance, de manière désintéressée, mais essentiellement en vue d’acquérir la maîtrise des forces naturelles dont la technique moderne est l’agent. Francis Bacon (1561-1626), philosophe et savant anglais, très influent à son époque, n’avait-il pas dit : « le savoir est le pouvoir » ! Et tous les efforts déployés pour arriver à cette puissance purent être considérés comme conciliables avec la morale traditionnelle, dès lors qu’ils contribuaient à élever le niveau matériel et spirituel du plus grand nombre de personnes. Même la morale religieuse y trouvait son compte : la Genèse (Ancien Testament) ne disait-elle pas que « l’homme avait reçu de Dieu, la mission de dominer la terre » ? Vu sous cet angle, la science pouvait donc contribuer à rendre l’homme plus heureux.
Nous savons, hélas, aujourd’hui, depuis les deux guerres mondiales, depuis Hiroshima et Nagasaki, entre autres, que la science et les techniques qu’y en découlent, peuvent se diriger contre l’homme et l’anéantir…La science, dans cette optique, prend dès lors une attitude d’indifférence vis-à-vis de la morale . Bien entendu, on ne saurait « accuser la science d’être amorale voire immorale », cela n’aurait pas de sens. Mais il devient évident que la science seule, est neutre, et que la « qualité de moralité qu’elle endosse » n’est que la conséquence, le reflet de ceux qui l’emploient, la pratiquent. Dans toutes les situations données, c’est toujours l’homme qui, en dernier ressort, doit endosser la responsabilité de ses actes. La décadence des notions morales issues des croyances religieuses, dès le moment où la science s’est émancipée de la religion, était donc prévisible et inévitable. C’est pourquoi la civilisation actuelle est caractérisée par un pluralisme non seulement social, mais aussi moral. La décision d’utilisation des résultats du travail scientifique (neutres moralement parlant), pour le « bien ou le mal », pour le progrès ou l’anéantissement de l’existence humaine, reste strictement l’affaire de l’individu. Responsabilité vraiment effrayante, mais réelle pour le scientifique ! H.E.Lauer, un élève du penseur visionnaire Rudolf Steiner (consulter le site http://radher.free.fr), dit à ce sujet : « En se dérobant par principe à une telle décision, en s’adonnant à la recherche sans tenir compte des conséquences d’ordre moral que leurs résultats pourraient avoir, les savants glissent dans l’inhumanité. Il ne faut donc, dès lors, pas s’étonner qu’ils aient mis au service de la volonté de puissance, telle que nos états modernes l’incarnent, les fruits de cette recherche, à savoir la possibilité donnée à l’humanité (et pour la première fois dans l’histoire humaine), de se détruire elle-même…. ». Et le problème ne devient certes pas moindre si on tient compte des grands intérêts économiques et financiers qui sont en jeu…
Nous pouvons aujourd’hui observer les nombreuses dérives d’une science, lorsqu’elle est mise au service de seuls enjeux économiques, pour créer, inventer, grâce à des techniques de plus en plus sophistiquées, des produits inutiles et parfois dangereux, parce que « la loi du marché et la course au profit » ont depuis longtemps remplacé la morale. La moralité dans le monde économique prête à sourire…Pour être pris au sérieux, il faut être « efficace », ce qui dans une société matérialiste et d’économie libérale signifie « gagner de l’argent, gagner beaucoup d’argent ». Le tout devient, de ce fait, assez ambigu : les « scientifiques » sont obligés, pour gagner leur vie, de se soumettre aux conditions de leurs employeurs qui eux-mêmes sont soumis aux règles du marché libéral… Les « consommateurs » qui sont les « clients » nécessaires et convoités de la vie économique , sont soumis à d’autres critères…Ils ont des « besoins » auxquels l’économie doit répondre. Or pour « produire », il faut aussi de la science . La société moderne axée sur la consommation doit produire beaucoup pour baisser le coût de production et « inventer » sans cesse de nouveaux produits, pour susciter de nouveaux besoins. C’est la raison d’être de la publicité ! Comment sortir de ce cercle vicieux qui, en fait, rend les individus de moins en moins libres ? La véritable liberté humaine consiste-t-elle vraiment à mettre la connaissance, la science à contribution à de seules fins utilitaires et commerciales ? Pour créer « n’importe quoi », sans discernement, sans morale, dans le seul but de « vendre » ? Il suffit d’observer par ex. la part de « pseudo-science » mise à contribution dans les messages publicitaires, pour prouver « l’efficacité » de telle crème de beauté ou tel élixir de jeunesse ! Ne serait-il pas salutaire, si ces « déviances » pouvaient réveiller en nous le simple « bon sens » et susciter en nous un sursaut ? Si ces « détournements de la science » possibles dans des « inventions de mort » dans les industries d’armement ou dans des applications ridicules ou dégradantes pour l’être humain, dans la vie quotidienne, pouvaient éveiller en nous, par une sorte de « démonstration par l’absurde », la conscience des limites d’une société enlisée dans un matérialisme unilatéral ? Le nombre de dépressions, de suicides, de violences ne reflète-t-il pas « l’inhumanité et les déviations de notre société » ? Ces crises ne sont-elles pas les symptômes d’une société « qui a perdu son âme » ? En se laissant entraîner dans la dérive matérialiste initiée par la science moderne limitant la réalité à la seule matérialité, l’image humaine s’est réduite à sa dimension « physique, animale ».
L’écrivain et penseur H.E. Lauer (évoqué plus haut), dit à ce sujet : « Il est clair que dégrader ainsi l’être humain pour le ramener au niveau d’un être purement naturel –animal ou machine- aboutit forcément à lui dénier toute liberté, qui est cependant la condition préalable et essentielle des distinctions et des décisions dans le domaine moral. Car dans la nature, il n’y a pas de liberté, mais seulement des causes et des effets. Cette négation supprime ainsi toute possibilité d’élaborer des principes directeurs ou des buts moraux. Le « nihilisme moral » déjà proclamé, en son temps, par Nietzsche, est la conséquence inéluctable de ces conceptions ».
Comment sortir de cette impasse ? Nous connaissons aujourd’hui les conséquences, dans tous les domaines de la vie sociale, d’une vision matérialiste de l’être humain…Et la grande question, que les grecs inscrivaient au fronton de leurs temples « Connais-toi toi-même ! », reprend toute sa force et son actualité. Qui sommes-nous vraiment, au-delà de notre seule existence physique, matérielle ? Si, en restant dans le domaine de l’hypothèse, nous avions, au-delà de notre réalité physique (qui nous rend solidaire du monde matériel, physique qui nous entoure), une réalité « spirituelle », il faudrait dès lors aussi en déduire, que le monde « naturel, physique » aurait aussi une existence spirituelle apparemment non accessible aux méthodes d’investigations scientifiques actuelles ! Tout en serait changé ! Et il faudrait en tenir compte aussi dans tous les domaines de la vie sociale ! Il faudrait reconsidérer des domaines aussi importants que l’éducation, la médecine, l’agriculture, l’économie etc…Notre monde, notre société, notre vision des choses, des êtres et des évènements seraient radicalement changés ! Même notre approche religieuse, spirituelle serait différente ! Peut-être qu’il n’y aurait plus de « guerres idéologiques, religieuses », plus de « dogmatisme religieux ou scientifique ».
Un penseur visionnaire propose cette « révolution » de l’esprit : Rudolf Steiner (1861-1925), l’initiateur de la « science spirituelle » ou « Anthroposophie (Anthropos=l’homme et Sophia=sagesse). Il décrit à la fois « les outils de travail » et « la méthode de travail » nécessaires pour la connaissance, l’investigation du monde spirituel. C’est avec la même rigueur, mais avec les instruments adéquats à cet effet (il va de soi que les instruments matériels valables pour l’étude du monde matériel ne sont pas adaptés à l’étude des mondes supra-sensibles, sinon la science physique ne nierait pas une telle existence.. !), que R. Steiner a étudié la « réalité spirituelle des êtres et des choses ». Pour lui, la réalité matérielle et la réalité spirituelle sont en fait les deux faces d’une seule médaille ! Les deux forment une unité : c’est pourquoi, pour sortir de l’impasse, les scientifiques du futur, devront ajouter à la science actuelle, celle qui a été initiée par Rudolf Steiner, au début du 20éme siècle : la science spirituelle.
Tout cela suppose, au préalable, que la conscience humaine s’élargisse, que l’être humain prenne conscience de sa véritable nature. La connaissance de soi est indispensable. Il se révèle alors que la connaissance de soi et la pleine réalisation de l’être humain sont les deux aspects d’une seule et même chose. L’une n’est possible sans l’autre et toutes deux se rendent mutuellement possibles. Le « point d’appui » de cette évolution possible est la pensée individuelle humaine. Connaître la véritable nature du « penser humain », de la « liberté humaine » est la condition essentielle de l’évolution humaine. C’est en découvrant sa nature profonde, que l’homme deviendra libre et par là aussi responsable, donc moral. Ainsi, par une prise de conscience individuelle, la société et la vie sociale deviendront « humaines et morales ».
Dans cette optique, les crises nombreuses dans notre société devraient nous « faire réfléchir », nous inciter à nous poser les bonnes questions , pour trouver les solutions qui puissent redonner aux hommes l’espoir en un monde meilleur. L’œuvre immense de Rudolf Steiner est aujourd’hui accessible à tous (même par Internet) et peut vraiment changer notre vie !

18.05.2007

Entre le matérialisme et la spiritualité...Le mystère de l'être humain.

A propos…Foire des livres, forum de toutes les idées ?

Une « foire des livres » est, au-delà de l’aspect purement commercial, un évènement culturel important. Découvrir les ouvrages récents, rencontrer les auteurs connus grâce aux médias, peut être passionnant. Echanger quelques propos avec eux, obtenir une petite dédicace du livre acheté, reste un souvenir sympathique. Mais les moments les plus précieux sont souvent ceux des conférences et des débats publics proposés lors de ces foires. Entendre et voir les auteurs exposer leurs points de vue sur des sujets actuels, notamment les problèmes de société, ouvrent des perspectives sur les mentalités actuelles. Les livres proposés ne reflètent-ils pas « l’air du temps » ?
Une des conférences fut assez originale, car il s’agissait d’une conférence « en duo » des frères Kahn (Jean-François K., le journaliste et fondateur de « Marianne » et Axel K. le « scientifique »). Le thème choisi était assez classique : celui du progrès…Les conditions et les limites du progrès… Le progrès « pour ou contre » l’homme ? Les deux frères, alternativement, proposèrent donc leurs points de vue : J.F.K. toujours véhément et passionné, soucieux de défendre la liberté et la dignité humaine…Axel K. donnant son point de vue scientifique et rationnel. Les avis croisés furent complémentaires, les deux frères proposant une analyse pluridisciplinaire des notions d’évolution et de progrès. Il en ressortait finalement que l’évolution impliquait le progrès, mais que ce dernier était relatif : ce n’est que dans une finalité profitable à l’émancipation de l’être humain que le progrès a un sens, sinon il devient une aliénation. Entre autres exemples, le problème des manipulations génétiques (OGM) devra être analysé et jugé afin de définir, tous critères confondus, la part de risques encourus ou d’effets bénéfiques pour l’humanité.
Dans une autre conférence tenue le lendemain , sur le thème « l’homme, ce roseau pensant… » Axel Kahn rappelait que « l’Homo sapiens » que nous sommes tous, présentait une « affligeante banalité biologique et génétique » (notre proximité avec les grands singes, sur le plan génétique, étant de 98,7%.. !) Restent les 1,3% qui font que l’homme est une créature spécifique et toujours étonnante qu’il est difficile de réduire à la seule matérialité. Comment comprendre les sentiments humains, l’idée de transcendance, le besoin de bonheur, d’amour, de liberté, de sacré et de tout de qui constitue « le propre de l’homme », en réduisant « ses états d’âme » à des phénomènes d’ordre purement naturel, physique ? Selon l’approche d’Axel K. on peut être admiratif, mais il faudrait se garder de tirer des conséquences trop hâtives quant à une éventuelle transcendance de l’être humain. On retrouve là une attitude classique du scientifique matérialiste honnête, « réaliste et prudent », condamné à un jugement qui ne peut qu’osciller entre « l’admiration, la volonté de vouloir comprendre et de douter continuellement ». On peut dire que l’approche de ces thèmes par Axel K. reste assez révélatrice du caractère quelque peu dogmatique des scientifiques de notre temps. Axel Kahn se dit « matérialiste » tout en reconnaissant que jusqu’à un passé pas tellement éloigné, les scientifiques n’étaient nullement opposés à une idée d’une transcendance possible, à l’existence d’une spiritualité…
N’est-il tout de même pas curieux que les scientifiques ne s’interrogent pas davantage sur les « 1,3% » qui font que l’être humain est l’Homo sapiens, ce « roseau pensant » qu’Axel Kahn évoque dans son livre.. et non « un grand singe » ?…Si le cerveau physique génère vraiment les pensées, le cerveau des grands singes devrait aussi en générer ! Or, cela reste à démontrer, car à ce jour, il n’existe pas de singe philosophe ou écrivain ! La génétique suffit-elle à expliquer le mystère du « penser » humain ? La pensée est-elle vraiment « fabriquée » par le cerveau physique humain ? L’homme génère-t-il des pensées ou les « reçoit-il d’en haut », comme l’entendait par ex. Platon qui parlait d’un « monde des idées » où l’être humain pouvait les puiser, pour en faire « ses idées » ? Dans cette hypothèse les idées ne seraient pas d’essence matérielle mais spirituelle et l’homme capable de les « capter » devrait avoir au moins une « certaine affinité » avec « ce monde spirituel où il puise ses idées »…Pourquoi une telle hypothèse serait-elle moins valable que celle qui décrète que le cerveau génère les pensées ? A ce jour la science sait que le cerveau humain émet des ondes mesurables, d’amplitudes variables selon les individus…Mais il n’est pas prouvé, par là, que ces ondes soient les pensées elles-mêmes quant à leur contenu ! On sait que l’être humain peut, par son « activité pensante », « avoir des idées », il peut « chercher et trouver parfois de bonnes idées ». Reste la question essentielle : est-ce vraiment lui qui génère ces idées ou « s’ouvre-t-il à elles » ? Le fameux « Eureka » aurait alors la signification de « j’ai trouvé la bonne idée ! » dans le « monde des idées » tel que l’entendait Platon… !
Le débat reste ouvert : et si le cerveau, telle une radio, qui transmet les ondes mais ne les génère pas, ne faisait que « refléter, transmettre des réalités spirituelles hors des contingences matérielles ? » Cela pourrait aussi être une possibilité !... N’est-il pas curieux que les scientifiques, qui par définition, devraient être ouverts à toutes les hypothèses, se ferment à cette dernière, par une vision unilatéralement matérialiste ? L’approche matérialiste définit-elle toute la réalité ou n’en décrit-elle qu’une partie ? La « vérité scientifique, basée sur le matériel » est-elle l’entière et l’unique vérité ? La réalité se limite-t-elle vraiment à celle du monde matériel physique ?
Autre conférencier, autre thème : le philosophe Luc Ferry sur le thème de son livre « Familles, je vous aime ». Dans un premier temps il expose la notion de famille et du sens du mariage au cours de l’évolution sociologique. Autrefois défini comme une association d’intérêt de groupe, de puissance, le mariage d’amour, tel que nous le concevons de nos jours, est une résultante d’une réforme sociale profonde, celle de l’accès au salariat. Par le salaire, l’individu accède à une forme d’autonomie qui lui permet d’échapper à la pression communautaire, lui conférant une nouvelle liberté : celle de se déterminer selon ses sentiments, ses choix. C’est l’accès possible au « mariage d’amour »…
Luc Ferry explique alors que les grecs avaient trois termes distincts pour la notion « amour » : « Eros » (l’amour physique pulsionnel, sexuel), « Philia » (l’amour « sentimental ») et « Agàpe » (amour transcendé, l’amour fusionnel total). Aujourd’hui une union se fait en toute liberté, par affinité, par « sentiment », ce qui amène aussi une possible précarité du couple, qui n’est plus soumis, comme jadis, à une quelconque contingence pécuniaire ou à une dynamique d’appartenance à une communauté, à un groupe. Ce qui induit aussi conséquemment la possibilité de séparations, de divorces…On sait qu’actuellement en France, un couple sur deux divorce à plus ou moins brève échéance …
Puis Luc Ferry arrive à la notion et à la valeur de la famille d’aujourd’hui. Il constate que la famille moderne constitue l’ultime lieu « sacralisé » pour lequel l’homme contemporain serait prêt à se sacrifier. Alors qu’autrefois les hommes étaient prêts à mourir pour leur Dieu, leur foi, leurs croyances… par la suite pour leur patrie, leurs convictions politiques, leurs idéaux, l’homme d’aujourd’hui « sacralise son enfant »… Que l’enfant soit de caractère « facile ou difficile », « qu’il soit gentil ou exaspérant », nous l’aimons au point de lui sacrifier, si besoin en était, notre propre vie. C’est « l’enfant-roi ». Et Luc Ferry souligne qu’il ne s’agit là d’aucun réflexe individualiste mais plutôt d’un nouvel humanisme mettant la personne au centre de toutes les valeurs autrefois attribuées à la religion ou à l’Etat. Il poursuit en soulignant que lui-même n’avait fait cette expérience du sentiment paternel inexplicable que la quarantaine passée…Son livre repose donc entièrement sur son expérience personnelle. Cela est sympathique et – de l’aveu même de Luc Ferry, complètement irrationnel ! Voilà qui est quand même intéressant pour un homme qui se dit « non-croyant et rationnel » !
A la fin de la conférence, Luc Ferry propose un débat, un échange d’idées… Un intervenant soumet les remarques suivantes :
-Revenant sur la notion de « mariage d’amour » et sur la remarque de L.Ferry qu’un mariage sur deux est actuellement voué à l’échec, se pose la question si cet échec n’était pas dû en partie, au fait que la notion d’amour se déclinait aujourd’hui souvent dans la seule définition « d’Eros » au lieu d’y associer progressivement celles de « Philia » et « d’Agàpe »…Un amour fondé uniquement sur Eros (c. à d. seulement sur la sexualité) n’est-il pas forcément condamné à l’échec, à long terme ?
-réponse de L.Ferry : la remarque sur l’insuffisance de l’amour uniquement basé sur « Eros » est pleinement justifiée et lui rappelle « une des plus belles encycliques du Pape Jean-Paul II sur l’amour humain ». Dans cette encyclique le Pape écrit que l’amour humain doit s’efforcer de dépasser le stade de l’égoïsme limité et enfermé dans la seule dimension physique de l’amour, pour tendre vers « un amour total, vers Agàpe », selon le terme grec…
-La « sacralisation de l’enfant » n’est-elle pas due d’une part au fait que l’enfant est vécu par ses parents comme leur « prolongement » (on se « retrouve » dans « son » enfant), et d’autre part au fait qu’ils y « trouvent » le miroir de leur propre transcendance ? Cette disponibilité « sacrificielle » des parents pour leur enfant n’est-elle pas un indice de la nature « sacrée » de l’être humain ? Cet être humain dont l’enfant leur renvoie leur propre image .. ?
Luc Ferry ne considère pas l’enfant comme un prolongement de soi-même.. Le besoin de le sacraliser s’inscrit dans une « attitude parentale spécifique », dans une disponibilité au sacrifice propre à l’être humain…Ce qui, apparemment, ne s’explique pas, donc reste irrationnel !
Puis l’intervenant conclut : « l’amour désintéressé pour ses enfants dont vous avez parlé dans votre conférence, ramène à mon souvenir une phrase du grand penseur Rudolf Steiner qui a dit que l’homme aura beaucoup progressé le jour où il aimera toute l’humanité comme il aime ses propres enfants ».. Luc Ferry approuve la belle phrase qui étend la qualité de l’amour parental, dans un lointain avenir, à toute l’humanité.

Ce qui est rapporté ici, pourrait être d’un intérêt simplement anecdotique. Ce qui, par contre, semble plus intéressant, c’est le « phénomène culturel » lui-même. Un journaliste, éditorialiste comme J.F.Kahn, un scientifique comme Axel Kahn, un philosophe comme Luc Ferry veulent « comprendre l’homme, la société, les enjeux et problèmes de notre temps ». Et chacun pousse son analyse jusqu’aux extrêmes limites de ce qui est possible par l’approche physique, matériel…Mais finalement tous les trois aboutissent à des hypothèses, où tout devient assez « cérébral », abstrait et finalement très subjectif. On se donne l’illusion d’avoir compris …Tout semble assez simple.. Mais la vie et les problèmes de la vie ne se conjuguent-ils que sur une approche matérielle, physique ? Notre activité pensante qui est la source même de notre connaissance, se réduit-elle à une activité purement physique ? Penser, ressentir, vouloir, ne participent-ils pas essentiellement de la « vie intérieure de l’individualité humaine », qui échappe à l’approche purement rationnelle ? Peut-on réduire ces activités à leurs seules dimensions physiques sans en altérer leurs véritables contenus ? Le « miracle homme » , ces 1,3% qui différencient l’être humain de son « proche parent » que semble être le grand singe le plus évolué, n’est-il que l’aboutissement du « hasard et de la nécessité » (tel que le proclamait J. Monot) ? Aujourd’hui on est, à juste titre, curieux de tout, on a accès à une multitude de connaissances, mais souvent on ne s’étonne plus des phénomènes qui nous sont les plus proches ! Notre état de conscience, notre possibilité de connaissance, notre « être » ne reposent-ils pas essentiellement sur notre aptitude à pouvoir « penser »…Que savons-nous sur la nature véritable de notre pensée, cette pensée sans laquelle « nous ne serions pas » ? Et si la pensée était « la clef d’accès » à la compréhension de notre véritable être et pouvait nous prouver notre transcendance par rapport au seul monde matériel ?
Le penseur visionnaire Rudolf Steiner (cf. le site radher@free.fr) avait prévu, dès l’aube du 20ème siècle, les dérives d’une société engluée de plus en plus dans le matérialisme. Son enseignement qui analyse l’être humain dans sa complexité et le définit comme un être essentiellement spirituel, expose clairement où résident les racines des problèmes de la société actuelle. Si l’être humain s’éloigne de sa véritable nature, en s’immergeant complètement dans une vision matérialiste, il se trouvera confronté à une multitude de problèmes qui lui apparaîtront comme insolubles. Le matérialisme unilatéral qui domine pour une large part la société d’aujourd’hui, devrait nous réveiller à notre véritable nature, notre être profond. Ce sont précisément les nombreuses difficultés, les crises d’une société qui ne trouve plus ses repères, qui devraient nous faire réfléchir… En refaisant confiance à notre capacité de penser, de réfléchir, nous nous poserons de nouveau les questions que des générations de penseurs et de savants se sont posées à travers les siècles : qui suis-je vraiment ? Quel est le sens de ma vie ? La mort est-elle la fin de mon existence ou n’est-elle qu’une étape de mon développement ? Le matérialisme n’est-il qu’une illusion ? L’éternelle question « être ou ne pas être » peut aussi se poser ainsi : l’être humain est-il d’essence spirituelle (donc éternel parce que non soumis à la finalité matérielle) ou matérielle (donc limité dans le temps et l’espace) ? L’enjeu est important et mériterait qu’on y réfléchisse !...L’œuvre de Rudolf Steiner peut, dans cette recherche, être d’une grande utilité.