09.11.2007
LA CULTURE DE LA PEUR ?
Dès l’aube de l’humanité la peur était présente dans l’âme humaine. Face aux forces de la nature, à un environnement hostile, l’être humain a très vite pris conscience de sa propre fragilité. Peur de l’inconnu, de la souffrance, de la mort. Les peuplades primitives conseillées par leurs anciens, ont alors instinctivement, poussées par une sorte d’atavisme, « fait allégeance aux dieux de la nature ». Le soleil, la lune, les étoiles, le tonnerre, la pluie etc. étaient pour leur conscience des « puissances » qui les dépassaient…Le fait de se concilier les bonnes grâces de ces forces supérieures apaisait leurs craintes et leur permettait de vivre dans l’espérance de leur protection.
Plus tard dans l’évolution humaine, les « guides » des différents peuples initièrent les religions , en établissant des règles de conduite, des lois sociales et morales inspirées par les puissances d’en-haut. Ces guides étaient des personnalités qui avaient suivi un chemin d’initiation tenu secret et adapté à un environnement géographique et à un peuple spécifique. Le livre « Les grands initiés » du grand écrivain français Edouard Schuré retrace magistralement l’histoire secrète des religions. Il y décrit Rama -le Cycle aryen-, Krishna -l’Inde et l’initiation brahmanique-, Hermès -les mystères d’Egypte-, Moïse -la Mission d’Israël-, Orphée -les mystères de Dionysos, Pythagore -les mystères de Delphes-, Platon -les mystères d’Eleusis- et pour finir Jésus -la mission du Christ-. Les « Mystères » de l’Antiquité étaient réservés à des individualités qui devaient répondre à certains critères et subir toutes sortes d’épreuves quant à leur endurance physique, psychologique, morale. A l’issu d’un enseignement secret qui pouvait durer de nombreuses années, l’élève initié était investi d’une mission religieuse, culturelle, pour un peuple spécifique. Il est intéressant de constater que Moïse qui avait pour mission d’instruire le peuple judaïque et le guider vers la « terre promise », avait été instruit dans les « mystères égyptiens ». Bouddha et la religion tibétaine s’inscrivent dans le cadre de l’initiation de l’Inde. On pourrait aussi évoquer la culture chaldéenne ou perse. L’avènement de « l’évènement christique » qui s’est déroulé en orient et qui a donné naissance au christianisme, a très fortement influencé la culture occidentale au point de devenir son calendrier de référence : notre histoire parle de dates avant et après Jésus-Christ. La religion de l’islam est venue plus tard, instaurée par le prophète Mahomet.
Dans toutes ces cultures, la spiritualité était présente sous différentes formes. Les hommes et femmes étaient convaincus que la terre où ils vivaient ne représentait qu’une part de la réalité. La certitude de leur fragilité et de leur mortalité inéluctable sur terre les poussait à croire à l’existence d’un « ailleurs » (ou ciel) où ils continueraient à vivre une vie éternelle et heureuse. Cette conviction leur permettait de surmonter les difficultés de la vie quotidienne et nourrissait leur vie intérieure.
Les alchimistes, les précurseurs des « savants », étaient convaincus que la matière n’était que l’aspect physique d’une réalité fondamentalement spirituelle. La transcendance était pour eux une certitude qu’il s’agissait d’étudier au contact du monde matériel et d’approfondir. La recherche de la « pierre philosophale » était aussi un chemin d’initiation, une « quête du graal », dans la terminologie du Moyen Age : une voie vers la connaissance de sa propre identité profonde. La pensée de l’alchimiste était dominée par l’idée que portait déjà les sages antiques dont Hermes Trismégiste : le microcosme et le macrocosme sont les deux aspects d’une même réalité. Pour lui la terre et ses créatures sont l’œuvre d’un démiurge de nature spirituelle (le Dieu créateur du monde, de l’univers selon Platon).
Au courant du 16ème siècle, au temps des découvertes des « nouveaux continents », quand les sciences prennent leur essor grâce aux inventions tels le microscope ou le télescope, les savants commencent à s’intéresser « scientifiquement » à l’infiniment petit et grand. La curiosité s’éveille et l’émerveillement reste associé à un respect pour tout ce qui existe. Cette approche reste accompagnée, pour le plus grand nombre, d’une croyance en une transcendance, à l’existence d’une réalité spirituelle invisible à l’oeil humain, mais cependant plus que probable. Même un Voltaire, par ailleurs très critique envers les religions, parlait encore du « grand horloger » qui règle les lois de l’univers.
Puis, peu à peu, le savant limite sa « certitude » à celle définie par sa méthode de travail axée sur la matérialité. Les méthodes d’investigation évoluent rapidement et conduisent à des progrès impressionnants. La pensée scientifique porte beaucoup de fruits. Le progrès change la vie des hommes mais aussi, radicalement, l’approche de la spiritualité. Alors qu’autrefois la spiritualité faisait partie de la vie quotidienne et n’était guère mise en doute, la société occidentale devient peu à peu matérialiste. Depuis E. Kant la spiritualité est laissée à l’appréciation individuelle non scientifique : c’est le domaine de la croyance, de la foi.
Au 20ème siècle, surtout après la deuxième guerre mondiale, la science s’est étendue à tous les domaines de la vie sociale. Elle est devenue incontournable et son approche matérielle justifiée a fait reculer de plus en plus la spiritualité. Les sciences n’ont plus à prouver leur utilité et leur efficacité. Dès lors, l’existence d’une « métaphysique », d’un « monde spirituel » est devenue plus qu’hypothétique. Pour un grand nombre de personnes, les écrits sacrés des grandes religions sont relégués au rang de documents certes intéressants mais aussi très contestables. L’homme moderne est devenu un « Thomas » (évoqué dans les Evangiles) actualisé : il ne croit que ce qu’il voit ! La seule réalité pour lui est celle de la matérialité et du monde tangible. Comment « croire » à un Dieu démiurge que personne n’a jamais vu, hormis quelques « illuminés » dont le témoignage ne vaut que pour eux seuls ?...
Au début de notre 21ème siècle, la radicalisation des points de vue est devenue encore plus apparente : les religions souvent désertées se réfugient de plus en plus dans le conservatisme, parfois l’intégrisme. Le monde matérialiste au fil de sa progression vertigineuse a généré un nombre incalculable d’athées et dans le meilleur des cas d’agnostiques. A la place des religions qui marquaient autrefois la vie sociale, la pensée scientifique a pris la relève, avec ses propres visions, ses propres interprétations, ses propres dogmes. Bien des personnes, aujourd’hui, placent tous leurs espoirs, leur avenir, dans la science. Cette dernière promet des avancées dans tous les domaines : la médecine, la psychologie, la psychiatrie, l’éducation, l’alimentation, la production et la gestion des richesses. A tout moment, grâce à toutes sortes d’évaluations chiffrées -preuves considérées comme irréfutables et absolues dans le monde contemporain- on confère une sorte de réalité à ce qui est du domaine encore très hypothétique. En fait, dans cette approche, l’évaluation chiffrée revêt un statut équivalent à la vérité.
Il ne s’agit ici nullement de porter un jugement unilatéral et définitif sur cet aspect du monde actuel, plus précisément de l’occident. Mais il faut caractériser les faits et étudier leurs conséquences sur la vie sociale. Un des symptômes indéniables d’une crise dans la société actuelle est le nombre sans cesse croissant de maladies psychiques diverses, de dépressions, de suicides. Dans tous les domaines de la vie sociale éclatent des révoltes, des manifestations pour toutes sortes de causes que nous apprenons au travers des médias. Le dénominateur commun à tous ces phénomènes a un nom : la peur. Elle marque de son empreinte de plus en plus de gens, pour des raisons diverses et compréhensibles : peur de l’avenir, de la maladie, de la mort, du chômage, du surendettement, de la guerre, de la pénurie etc. Malgré une médecine qui a fait d’énormes progrès et qui en promet encore de plus importants dans l’avenir, malgré les statistiques qui prouvent l’allongement constant de la durée de vie, la peur n’a pas été éradiquée ou même atténuée. Le doute reste permanent : n’avait-on pas affirmé au début du siècle dernier déjà, que le progrès ouvrirait à toute l’humanité des horizons nouveaux, un avenir où toutes les maladies seraient éradiquées, où les machines travailleraient pour les hommes et que ces derniers connaîtraient un bonheur parfait…Or l’actualité démontre tout le contraire : les sciences sont souvent devenues les auxiliaires volontaires ou involontaires d’un monde où l’avidité du profit matériel, l’incitation à la consommation sont devenues prioritaires. Le résultat désastreux est plus apparent chaque jour. Par une concurrence acharnée préconisée par une économie en quête permanente de profits, la société se déshumanise, les menaces d’affrontements entre ceux qui possèdent et ceux qui sont démunis promettent des lendemains difficiles. La peur s’installe à tous les niveaux de la société et devient un enjeu politique majeur.
S’il est avéré qu’autrefois les populations connaissaient aussi des peurs, des temps très difficiles où sévissaient des maladies, des épidémies, des famines, des guerres, la société vivait cependant dans une autre culture, une autre approche des difficultés de la vie. Le plus grand nombre adhérait encore à une religion, une foi, une croyance qui, à défaut de leur promettre le paradis sur terre, leur donnait une espérance en une éternité, un au-delà où les bons seraient récompensés et les méchants punis. Cette vision les aidait à vivre et à supporter les aléas d’une existence difficile et sans cesse menacée. Le matérialisme de notre temps a focalisé l’attention d’une majorité de femmes et d’hommes de notre société sur la réalité matérielle devenue seule digne d’attention. La conséquence inévitable c’est la négation des réalités non matérielles, non tangibles et une vie intérieure qui n’est plus que le triste reflet de la vie de tous les jours avec ses tristesses et ses désespérances. L’âme humaine, dans un monde où règne uniquement une vision matérialiste de l’existence, est réduite à n’être perçue que comme une résultante de la vie organique. A ce titre, ce que le commun des mortels appelle « âme » peut être influencée par la psychologie, l’utilisation de psychotropes. Sous cet aspect, la spiritualité, la transcendance deviennent superflues. Pour ceux qui mettent toute leur espérance dans le pouvoir de la science, la seule « immortalité » qui reste, dans un avenir lointain, est la promesse d’une éventuelle modification génétique de l’être humain qui lui permettrait de vivre éternellement. Cet « espoir » a-t-il assez de pouvoir pour aider l’homme d’aujourd’hui à affronter les difficultés de l’existence ? Il est permis d’en douter.
Le grand penseur visionnaire autrichien Rudolf Steiner (1861-1925) avait vécu le tournant de la société du début du 20ème siècle qui, emportée dans l’euphorie des triomphes de la science sans cesse grandissante, a peu à peu glissé dans une vision matérialiste des êtres et des évènements. Il avait analysé en profondeur tous les risques de ces changements. Son enseignement qui a abordé tous les domaines de la vie sociale, a souligné que l’être humain n’était pas seulement un être matériel mais avant tout un être spirituel incarné dans un monde matériel. Il a proposé un chemin d’initiation permettant de comprendre cette réalité. Il a aussi indiqué des voies qui permettraient de renouveler la vie sociale sous tous ses aspects, en tenant compte de la véritable nature de l’être humain. Sa vie intérieure, « ce qui l’anime », son âme, déterminent son attitude dans la vie de tous les jours. Selon que son âme est nourrie de « bonnes visions », de sentiments nobles, d’amour, elle donnera à l’individu une sécurité intérieure, une sérénité, une attitude positive face aux réalités du quotidien. Si cette âme est nourrie d’images non positives pour l’être humain ou si elle est vide de toute forme de spiritualité, elle devient malade et les symptômes extérieurs de ce disfonctionnement se révèleront dans des formes d’agressivité, de violence, toutes deux expressions conscientes ou inconscientes de la peur. Face aux défis de notre temps, il est indispensable, selon Rudolf Steiner, que l’être humain découvre sa véritable identité profonde, qui est d’essence spirituelle. L’anthroposophie, initiée par lui, appelée aussi la science de l’esprit, propose un enseignement accessible à tous, pour comprendre le monde qui nous entoure et les êtres qui y vivent. Il est regrettable que l’œuvre de Rudolf Steiner soit encore ignorée par beaucoup de nos compatriotes. Loin de nier les bienfaits des sciences, ce penseur et initié en souligne la nécessité pour que les individualités exercent leur prise de conscience et l’élargissent progressivement. Il souligne que le passage de la société par une vision matérialiste est justifié et même nécessaire pour que la pensée humaine en perçoive l’étendue et aussi les limites. Après cette étape nécessaire à son développement, l’être humain doit peu à peu faire l’expérience que la seule vision matérialiste laisse son âme inassouvie. Ce vide dans l’âme peut conduire à la dépression voire au suicide, ces fléaux de notre temps qui sévissent à tous les âges de la vie. L’Anthroposophie peut ouvrir notre conscience sur des aspects nouveaux de l’être humain et de ses véritables origines. Cette connaissance nouvelle qui touche l’essence de notre être peut changer notre vision de la vie et nous donner la force nécessaire pour devenir avec les autres, des bâtisseurs d’avenir. Il s’agit d’affronter les défis de la vie, sans peur, en décelant derrières les phénomènes du temps, les ressorts d’une humanité en évolution constante. Celle-ci est appelée à devenir de plus en plus consciente sur les exigences du monde actuel pour agir pour le bien de tous, en respectant la terre sur laquelle nous nous incarnons et que nous devons préserver car elle nous été « prêtée » par des « entités spirituelles » pour que nous puissions y évoluer. Au centre de son enseignement, Rudolf Steiner a exposé dans de nombreuses conférences, la nature et l’importance de l’entité spirituelle que le monde chrétien appelle « Christ ». Loin d’être la propriété exclusive du monde chrétien, cette entité a une importance pour toute l’humanité.
Un élève proche de Rudolf Steiner, Hans Erhard Lauer (1899-1979) a appliqué les méthodes d’investigation et de recherche proposées par l’Anthroposophie dans divers domaines de la vie sociale et montré qu’elles ouvraient des possibilités nouvelles et nombreuses pour solutionner les problèmes de notre temps. Son livre « L’anthroposophie et l’avenir du christianisme », qui reprend l’enseignement de Rudolf Steiner, expose clairement la place que tient le Christ dans l’évolution de l’humanité. Dans cette démarche, il rejoint les recherches de Teilhard de Chardin, en allant néanmoins bien plus loin que lui, en abordant la question très controversée de la réincarnation. Son étude, en se basant sur l’analyse de Rudolf Steiner, va bien au-delà de l’histoire du christianisme, de la chrétienté, pour exposer que « l’impulsion christique » concerne tous les êtres humains, qu’ils en aient conscience ou non. Pour celles et ceux qui voudraient approfondir cette question essentielle, nous conseillons vivement le site radher.free.fr intitulé « Anthroposophie et Christianisme » qui donne des renseignements détaillés sur l’auteur et son livre.
Les paroles du pape Jean-Paul II, reprises par bien d’autres (dont des hommes politiques) : « n’ayez pas peur » (qui sont à l’origine les propos de Jésus-Christ, selon les évangiles), sont plus que jamais d’une actualité brûlante. La question primordiale est de savoir comment surmonter la peur ? L’œuvre de Rudolf Steiner répond parfaitement à cette préoccupation. Libre à nous de saisir cette opportunité.
17:32 Publié dans Choix de société, choix de vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : peur, crises de société, R.Steiner, H.E.Lauer, Christ, foi, religions
09.09.2007
Quel est mon niveau de conscience ?
Tel monsieur Jourdain de Molière qui s’étonnait de « faire de la prose sans le savoir », nous utilisons notre conscience sans souvent nous en rendre compte ! Or notre prise de conscience est un facteur essentiel dans notre vie. En effet, pendant que nous dormons, nous n’avons pas conscience… Notre conscience de veille est bien différente de notre conscience de rêve…sinon nous n’aurions pas conscience d’avoir rêvé ! Cela n’est-il pas quelque peu curieux ? Pris dans le flux du quotidien, nous ne nous posons pas ces questions : tout va de soi, la vie est ainsi faite que « l’homme fonctionne ainsi »…
Or tout cela est-il tellement banal ? En quoi consiste en fait notre « conscience » ? Elle est l’aboutissement d’un mécanisme qui semble simple, mais qui est en réalité bien plus complexe. Notre « prise de conscience » s’appuie sur deux facteurs déterminants : la perception et la pensée. Si nous sommes en état de veille, nos « sens » (vue, ouie, odorat, toucher, goût..), nous transmettent des signaux qui seraient en fait inintelligibles si notre cerveau, notre pensée ne mettait une « étiquette » sur les phénomènes perçus. Ainsi une chaise, par ex., perçue par mes yeux ne serait pour moi qu’une forme incompréhensible, si ma pensée analytique n’ajoutait le « concept chaise ». C’est donc la jonction de la perception et de la pensée qui me révèle le sens de ce que je vois. Et tout phénomène de « prise de conscience » s’appuie obligatoirement sur ces critères.
Une des conséquences normales de ce phénomène, est que, dans la vie de tous les jours, notre « prise de conscience » s’étend à un nombre sans cesse croissant de perceptions qui sollicitent notre pensée, pour être comprises. Ce nombre incalculable de perceptions de toute nature, qui captent non seulement notre environnement mais aussi notre espace intérieur (nos sentiments, nos émotions, nos états d’âme ), sollicitent constamment notre activité pensante et marquent de leur empreinte notre être profond . Notre conscience évolue de la sorte et s’enrichit au fil des années, nos impressions s’accumulent dans l’espace de notre capacité du « souvenir » : notre conscience d’enfant n’est pas la même que notre conscience d’adulte…Elle n’est pas la même à 20, 40, 60, 80 ans…Notre état de conscience évolue sans cesse au courant de notre vie, nos expériences se diversifient et se multiplient.. Nous sommes capables de mûrir , de changer nos comportements, de devenir plus intelligents et d’un point de vue philosophique, parfois plus sages . Un des buts de la vie consisterait-il à vivre des expériences de réussites, d’échecs, de joies, de peines…pour apprendre et changer c. à d. élargir constamment notre champ de conscience ?
Notre société occidentale essentiellement matérialiste, se définit comme « scientifique » et s’affirme par deux axiomes :
- la seule réalité est la réalité physique, matérielle,
- toute réalité physique s’appuie sur des lois qui expliquent la genèse et le fonctionnement des êtres et des choses.
Dans cette approche, toute réalité spirituelle est exclue, car elle n’appartient pas au domaine du visible. L’histoire de l’univers et du monde en particulier, doit dès lors être explicable « matériellement et scientifiquement ». Les spécialistes parlent du « big bang », d’une sorte d’explosion originelle qui aurait mis en route une évolution dont l’aboutissement serait notre terre actuelle avec sa faune, sa flore et tous les règnes de la nature qui incluent aussi l’homme. Le tout serait le résultat d’une dynamique que le grand scientifique et prix Nobel, Jacques Monod, définit comme celle du « hasard et de la nécessité ». Dans cette perspective, « l’ours blanc » est devenu ce qu’il est, parce qu’une « suite de hasards » aurait fait que ses gènes se sont structurés pour aboutir à ce que nous appelons « ours » et s’il est de couleur blanche , ce serait par « nécessité », car cela s’avère utile d’être blanc, pour une bête vivant dans le grand nord ... Il ne s’agit, ici, nullement de contester le bien-fondé de la thèse de J. Monot, pour affirmer une opinion « anti-évolutionniste ». Mais cette assertion suffit-elle vraiment à assouvir notre curiosité, répondre à nos questions et à notre désir de vouloir comprendre ? Quand nous songeons à l’extrême complexité de notre propre être, cette explication nous suffit-elle ? Combien de « hasards et de nécessités » se sont succédés pour « construire » ce que je suis ? Si l’être humain n’est que le résultat des effets conjugués du hasard et de la nécessité, comment saurait-il se percevoir et s’affirmer comme un être responsable et libre ? La science nous apprend que tout s’explique par des causes et des effets. Les œuvres de nos plus grands artistes sont le résultat d’une volonté créatrice et d’une vision préliminaire imaginative de l’artiste. Comment admettre que les merveilles de nos cultures ne seraient que l’aboutissement d’un enchaînement de hasards et de nécessités ? Notre bon sens et notre raison refusent de le croire. Devons-nous accepter sans discernement toutes les thèses et assertions dès lors qu’elles proviennent d’autorités scientifiques ? Ou encore dans un autre contexte que représentent les médias, dont l’influence est aujourd’hui prédominante, devons-nous nous aligner sur telle ou telle opinion ou affirmation ? Un exemple parmi d’autres : quand plusieurs accidents d’avions se suivent, les journalistes parlent de la « loi des séries »…Cela a-t-il vraiment un sens ? C’est un peu comme si on parlait de « la loi du destin »…La définition de « loi » dans ce contexte, selon le Larousse est : « ce qui impose un évènement ». Or, si on reste dans un contexte purement matérialiste et scientifique, il faudrait fournir, dans ce cas de figure, une explication sur la signification véritable de ce « ce » quelque peu mystérieux qui impose par ex. la fatalité liée à une succession de catastrophes aériennes…Comment cela est-il possible, tout en restant dans la réalité physique, tangible et vérifiable : on est là devant une impossibilité flagrante ! Mais cela est tellement rassurant de fournir une « explication », même si elle est vide de sens…
A partir de telles petites expériences de la vie, nous pouvons « tester » notre niveau de conscience pour aborder les êtres et les évènements en profondeur. Restons-nous en « marge », à la surface des êtres et des évènements ou notre conscience nous pousse-t-elle plus loin, pour chercher la vérité, à la lumière de notre propre intelligence, notre bon sens, notre capacité de jugement ?
Tout ce qui s’est passé dans l’histoire des hommes peut être analysé sous l’angle de la conscience des peuples, des individus. Si nos comportements ont changé au courant de l’histoire c’est parce que notre niveau de conscience a évolué au fil du temps, au contact d’expériences nouvelles, par l’acquisition de connaissances nouvelles, grâce notamment à nos propres études sur des sujets divers. A l’opposé nous pourrons trouver des niveaux de conscience qui stagnent ou régressent, par ex. dans toutes les formes d’intégrisme, de fanatisme, de conservatisme, dont nous mesurons aujourd’hui les dangers.
Nous avons essayé d’esquisser, très brièvement, l’importance du « niveau de conscience » dans l’évolution des sociétés et de chaque individu en particulier. Un des domaines les moins « explorés » aujourd’hui est celui de « l’expérience humaine intérieure ». Dans notre monde matérialiste, tout est axé sur la vie extérieure, physique, matérielle. D’innombrables publicités, émissions télévisées, publications diverses se consacrent à « l’aspect physique » des choses et des êtres humains. La beauté, le maintien de la jeunesse, la séduction physique sont autant de thèmes proposés pour vendre des produits commerciaux de plus en plus « performants » ! Au-delà des instincts primaires et des émotions basiques, superficielles utilisées à seule fin de pouvoir « vendre », la vie intérieure humaine n’est guère sollicitée et encore moins nourrie...
Hors « l’introspection philosophique », souvent livresque, on s’interroge très peu sur notre vie intérieure, c. à d. sur notre espace personnel, subjectif : « notre âme ». Or, la « prise de conscience » ne concerne pas seulement notre vie et nos perceptions extérieures, mais aussi notre vie et nos perceptions intérieures… Avons-nous déjà vécu l’expérience de ces dernières ? Le grand philosophe, penseur et ésotériste autrichien Rudolf Steiner (1861-1925) a consacré sa vie à cette recherche. Son œuvre immense et son enseignement sont aujourd’hui accessibles à tous. Il propose, entre autres, un chemin initiatique où, en toute liberté, chaque individualité peut découvrir sa dimension intérieure, sa véritable nature et accéder à des dimensions fermées à la seule approche matérielle. Chacun peut faire l’expérience personnelle de l’existence d’autres « espaces » que celui de la matérialité. Car pour connaître les dimensions spirituelles, il faut pouvoir en faire personnellement l’expérience, sinon tout reste pure théorie. R. Steiner propose des moyens d’investigation du monde spirituel qui ouvrent la voie à de nouvelles connaissances. Les perceptions et pensées focalisées sur notre dimension intérieure, élargissent et enrichissent progressivement notre champ de conscience . L’être humain fait alors l’expérience que derrière le monde matériel physique existe un monde « spirituel » qui le génère et l’anime. Cette « découverte personnelle » changera son point de vue habituel, ouvrira sa conscience à d’autres réalités, d’autres vérités plus importantes. Grâce à sa conscience élargie, il pourra trouver les vraies réponses à ses questions existentielles. Sa vie quotidienne en sera changée et prendra un nouveau « sens ».
R. Steiner, par son enseignement connu sous la dénomination Anthroposophie, nous rend attentifs à la nature profonde de notre être, qui est d’essence spirituelle. Pour tous ceux et celles qui sont en recherche pour trouver le sens de la vie, de la mort, de la nature véritable de l’être humain, de celle de la liberté, de la dimension christique dans l’histoire et l’évolution humaine, l’œuvre de R. Steiner peut être un grand enrichissement.
Il existe le site radher.free.fr ( « Anthroposophie et Christianisme ») qui offre la possibilité d’approcher, en toute liberté, les questions soulevées dans le texte ci-dessus. Un élève proche de R. Steiner, le Dr.H.E.Lauer a consacré un grand nombre d’ouvrages qui soulignent l’utilité de l’Anthroposophie pour analyser les causes des difficultés de notre temps et proposer des voies nouvelles pour essayer de trouver des solutions adaptées aux problèmes actuels. Car il faut vraiment une nouvelle « prise de conscience » pour comprendre ce qui se passe dans le monde, connaître l’être humain dans sa totalité de corps physique + âme (vie intérieure) + esprit (sa pensée) et construire une société adaptée à ces réalités. Pour sortir de l’impasse d’une vision matérialiste et inhumaine de notre société, il faut faire l’effort d’une nouvelle prise de conscience. Il s’agit d’un parcours personnel, basé sur la liberté individuelle et la volonté de « dépassement » dans tous les sens du terme. Aller au-delà de sa nature physique pour découvrir ses racines véritables qui sont de nature spirituelles.
08:16 Publié dans Choix de société, choix de vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : société, conscience, spiritualité, liberté, R.Steiner, religion
27.04.2007
Liberté, égalité, fraternité...Les idéaux républicains sont-ils des fictions ?
Le 26 août 1789 l’Assemblée nationale constituante avait voté un texte « solennel » intitulé « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ». Cette proclamation révolutionnaire fut placée en tête de la Constitution française de 1791…Parmi les 17 articles mentionnés, on note « les principes de 1789 » dont l’un évoque « l’égalité politique et sociale de tous les citoyens »…un autre encore « le respect des opinions et des croyances » ou encore « la répartition équitable des impôts consentis librement par les représentants du pays »…Le contenu de la Déclaration des droits de l’homme se « popularisa » immédiatement sous la forme « d’idéaux républicains : liberté, égalité, fraternité.
La France, à juste titre, est très fière de « ses idéaux » et depuis l’avènement de la République, chaque homme politique se pose en « défenseur de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ». Ces idéaux sont-ils vraiment appliqués dans la vie citoyenne ? Une vision rapide semble le confirmer…Existe-t-il un pays où l’on serait plus « libre » qu’en France ? . Certes, non. Plus « égal » ? La réponse ne peut être que circonstancielle et très nuancée.. Sommes-nous plus « fraternels » en France ? Il existe heureusement des initiatives privées remarquables qui font l’honneur de la France tels « les restos du cœurs », « les Compagnons d’Emmaüs », « le secours catholique » etc…Poussés par les citoyens qui sont autant d’électeurs, les hommes politiques doivent aussi engager l’Etat dans les actions et aides sociales, à telle enseigne que les choix budgétaires sont souvent l’objet de confrontations passionnées. Selon leur « couleur politique », les responsables seront accusés de faire « trop » ou « pas assez de social » ! Il suffit de suivre les débats politiques actuels autour de l’élection pour la Présidence de la République !
Mais ces discussions se prolongeront certainement bien au-delà de l’échéance électorale…Les questions sociales ne sauraient être réglées de manière purement « technique » par des engagements seulement financiers. Le problème est plus vaste et bien plus profond.
Rudolf Steiner (se référer au site http://radher@free.fr) fut le premier à aborder ces problèmes sous un angle vraiment nouveau. Dans son enseignement, il a souligné que l’être humain n’était pas seulement un être physique, matériel, mais qu’il avait aussi une « réalité intérieure (son âme, son espace d’émotions) » et une « réalité spirituelle, transcendante (sa pensée, son espace de réflexion) ». Ce n’est qu’en intégrant ces « paramètres », qu’on arrivera à comprendre l’être humain et ses besoins réels. Partant de là, Rudolf Steiner a ouvert une multitude de « pistes » pour solutionner les divers problèmes sociaux, en soulignant toujours « qu’il n’existait pas une solution définitive pour tous les temps et tous les lieux. Les solutions devront être diversifiées géographiquement, historiquement, socialement. En étudiant l’Anthroposophie fondée par Rudolf Steiner, patiemment, en profondeur, sans préjugés (mais en gardant son propre jugement), on peut vraiment découvrir des points de vue d’études passionnants qui nous poussent à réfléchir… Car ce n’est qu’à partir de la réflexion, que l’on peut aboutir une action ciblée et efficace.
A titre d’encouragement à l’étude de l’œuvre de Rudolf Steiner, reprenons, dans le cadre de cet article sur les « idéaux républicains », les trois « piliers » pour les éclairer, très sommairement, à la lumière de l’Anthroposophie.
Pour Rudolf Steiner (lire son ouvrage fondamental « La philosophie de la liberté »), la liberté attachée à la seule dimension physique est illusoire. Une réflexion personnelle vraiment objective nous prouvera, que dans notre organisation physique nous sommes en faits toujours « conditionnés de l’intérieur comme de l’extérieur », le conditionnement intérieur étant celui de nos émotions, nos sentiments etc.. Nous sommes entraînés, poussés par nos émotions…Ce n’est donc finalement que par sa dimension « spirituelle » (sa capacité de pouvoir « penser ») que l’être humain peut s’exercer à une véritable liberté : celle de choisir personnellement et en toute liberté le motif de sa pensée et y concentrer toute son attention, avec toute son énergie (sa volonté). Selon le degré d’intensité de ce « travail » (car cela suppose un effort personnel !), cette activité sera « une réflexion personnelle », « une contemplation personnelle » ou encore une « méditation personnelle ». Voilà par ex. un exercice personnel où toute individualité pourra faire l’expérience de ce qu’est une vraie liberté !
Sur quel plan se place « l’égalité » ? Les êtres considérés seulement sous l’aspect physique, ne sont jamais égalitaires. Les gènes, l’hérédité, l’environnement géographique etc. font qu’il existe une diversité donc une inégalité. Si on prend cependant en compte la dimension « spirituelle » (la faculté du « penser ») de l’être humain, on retrouve une égalité. En tant qu’êtres spirituels, tous les hommes sont « des esprits qui sont capables de réfléchir ». Il ne faudrait cependant pas confondre la « capacité de réflexion » avec l’approche conventionnelle de ce que l’on entend par « intelligence » ou « QI » ! Les problèmes existentiels sont souvent mieux compris dans le cadre d’une bonne réflexion que sous une optique « intelligente, parfois très intellectuelle, donc abstraite » !
Quant à la « fraternité » cet « idéal » reste souvent assez flou. La « fraternité humaine » est une notion assez aléatoire. Elle peut être abordée sous un angle religieux : les êtres humains sont des « créatures de Dieu » et doivent donc être solidaires. Sous l’angle laïc, la morale républicaine décrète la solidarité humaine comme une base essentielle pour la paix sociale.
Comment peut-on intégrer les idéaux républicains dans le contexte social, en tenant compte de la spécificité humaine ? A partir de son analyse, Rudolf Steiner propose trois pistes. La liberté appartenant au « domaine de l’esprit » , toute organisation sociale doit assurer à tous les citoyens, à tous les individus une « liberté d’esprit totale, inconditionnelle. Cela concerne la liberté d’opinion, de croyance, d’éducation, d’art et tout ce qui est du domaine de la pensée, tout ce qui nourrit ou favorise son développement.
Pour ce qui est de l’égalité, l’Etat doit garantir celle-ci pour la protection de chaque individu. Mêmes droits, mêmes devoirs avec un souci particulier pour les plus défavorisés . C’est le devoir étatique de juridictions et d’exécutifs adéquats.
La « fraternité » est placée, par Rudolf Steiner sous un angle inattendu et spécifique : elle devrait, selon lui, s’appliquer au domaine économique. L’économie devrait être au service de l’homme et subvenir à ses besoins. Au besoin de tous ! Et il devient dès lors évident que l’économie libérale fondée sur la concurrence et la course au profit, ne saurait à long terme exister, sans créer de plus en plus de conflits sociaux. L’accumulation de richesses pour une minorité, l’indigence, la misère pour la majorité, ne pourront contribuer à une paix sociale durable. Rudolf Steiner a souligné que la concurrence, une forme de guerre sociale dans la vie commerciale, était néfaste à l’individu et à la société. Seules la coopération et la collaboration pour des projets communs pour toute la société humaine peuvent contribuer à « fraterniser » les hommes. La seule concurrence « positive » est celle du domaine de « l’esprit » : par une émulation parmi les chercheurs par ex. pour trouver « les bonnes idées », les inventions utiles pour le bien de tous les hommes ! Et les « idées » sont « gratuites » car elles viennent « d’en-haut »… Les « chercheurs » ne pourraient « trouver » sans le « monde de la pensée », qui est d’ordre spirituel.
Nous terminerons ces quelques « réflexions » qui ne prétendent nullement traiter les sujets en profondeur, mais qui voudraient encourager les personnes « pensantes et responsables » à aborder les écrits de Rudolf Steiner, en citant P. Archiati (un auteur anthroposophe qui a étudié à fond l'oeuvre de R. Steiner) qui résume ainsi les thèmes abordés :
" Dans la vie professionnelle d’aujourd’hui, l’homme a surtout besoin de courage, le courage que ne peut conférer que l’amour. Le matérialisme se caractérise par un manque d’amour pour l’homme, car il paye le travail comme une marchandise et de ce fait traite l’homme lui-même comme une marchandise.
L’homme aspire à la liberté pour développer ses aptitudes et il a besoin d’une aide fraternelle pour subvenir à ses besoins. Il vit sa dignité dans l’égalité de tous les hommes. "
16:15 Publié dans Choix de société, choix de vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté, égalité, fraternité, vie sociale, esprit, âme, Rudolf Steiner
25.04.2007
Crises de société ? Symptômes d'une dérive profonde ?
Nous percevons aujourd’hui, dans tous les domaines de la vie sociale, des crises qui sont autant de symptômes d’un malaise profond. Notre société, souvent repliée sur elle-même, s’est habituée à vivre dans un monde chaotique, de plus en plus inégalitaire et injuste où les richesses se trouvent concentrées dans les pays industrialisés. Le reste de l’humanité est condamné à la malnutrition voire la famine et la misère avec toutes ses conséquences tragiques. Ce contraste terrible s’affirme de jour en jour davantage.
Mais la richesse du monde occidental n’est qu’apparente et cache bien des aspects moins reluisants. Nous ressentons chaque jour que le bien-être et la sécurité sont très fragiles. Aujourd’hui les signes de précarité se révèlent de plus en plus : chômage, exclusions, dangers de régressions sociales. Le libéralisme commercial selon le modèle américain qui prolifère dans le monde, la mondialisation du commerce, présentent de grands dangers s’ils ne sont pas maîtrisés et « humanisés ». Le progrès n’est jamais immoral en soi, il le devient s’il est le prétexte d’agissements qui asservissent l’être humain. Au nom du progrès, on peut utiliser les techniques nouvelles pour instaurer la domination de l’homme par l’homme. Il devient alors une autre forme pernicieuse de « lutte des classes »…
Nous pouvons observer, jour après jour, une société de plus en plus enlisée dans de multiples contradictions. Le modèle de « bonheur proposé » est celui de la consommation à outrance, avec toutes les dérives et frustrations qui en découlent. La motivation de l’homme moderne se résume en peu de mots: « gagner vite beaucoup d’argent pour consommer de plus en plus »…L’argent comme gage de réussite et d’affirmation de soi…Bien des jeunes rêvent d’une telle réussite…Mais cette vision matérialiste de la vie fait des ravages dans toute la société..
L’homme contemporain est souvent dépressif, inquiet, parfois suicidaire.
Il se sent de plus en plus abandonné, « jeté », dans une société qui, dans la course à la performance, n’a apparemment plus le temps, ni la force de s’occuper des « maillons faibles »…
Les religions sont en perte de vitesse. Dans une approche où sciences et foi sont inconciliables, ce sont en définitive les sciences basées sur la réalité matérielle qui emportent toujours la victoire, selon la formule : « il n’y a d’autre réalité que la réalité matérielle ». Dès lors, les religions restent, aux yeux de beaucoup « une invention pour rassurer les hommes qui ont peur de mourir, de disparaître »…Certaines religions, à défaut de pouvoir convaincre, se réfugient dans le dogmatisme, l’intégrisme, parfois la violence.
Il devient alors très difficile de trouver des solutions aux problèmes sociaux, capables de réconcilier tous les hommes. Les hommes ne seraient-ils pas tous semblables ? On a cru, à un certain moment, que les sciences, qui ont une vocation d’universalité, parviendraient à réaliser cet idéal. Il faut hélas, constater que finalement les scientifiques sont « aussi » des hommes, avec leurs faiblesses, leurs limites, leurs contradictions. Ils ne sont pas incorruptibles… Les sciences sont par définition objectives , impartiales… Les scientifiques souvent tributaires d’intérêts économiques considérables, ne s’inscrivent pas toujours dans une dynamique de vérité et de liberté. Il suffit d’observer par exemple les débats concernant les OGM …Les tenants d’ intérêts financiers exercent des pressions violentes, utilisant toutes les stratégies dont des publications « d’experts scientifiques » gagnés à leur cause, pour contrer la très grande majorité de consommateurs opposés à la prolifération d’un produit non testé à long terme et dont les « bénéfices » pour l’homme sont plus que contestables. Une des graves conséquences déjà connues aujourd’hui est la contamination de la culture biologique. On pourrait aussi évoquer les nombreuses et inquiétantes malformations congénitales décelées (en Allemagne) sur le bétail nourri d’aliments comportant des OGM.
On ne peut, évidemment, nier le progrès et revenir en arrière…Les ordinateurs et autres appareils électroniques, par exemple, sont devenus indispensables dans la société d’aujourd’hui. Tout doit aller vite.. encore plus vite..il faut « économiser du temps qui est de l’argent » ! Il faut produire « vite et beaucoup » face à un marché concurrentiel où l’efficacité est le seul gage de survie. Mais tout cela ne fonctionne, bien entendu, que si la « demande » existe…Il faut donc consommer beaucoup, afin que l’on puisse produire beaucoup ! Il faut aussi inventer de nouveaux « besoins » pour pouvoir vendre ! Dans notre type de société, l’individualité n’a de poids, d’existence, que par sa qualité de consommateur. L’idéal de vie proposé « au consommateur » se résume en peu de critères : gagner de l’argent pour consommer de plus en plus de biens et prestations de services de toutes natures. L’économie d’aujourd’hui ne se limite nullement à couvrir les besoins primaires et naturels de l’homme, mais se doit de susciter constamment des besoins nouveaux, créés artificiellement, par les moyens considérables de la publicité. Des budgets énormes sont dépensés pour imposer aux consommateurs de nouveaux produits. Tout cela aussi géré de manière professionnelle et « scientifique ».. !
Un nouveau type de guerre et d’affrontement est né : la guerre économique, au nom du profit et du pouvoir de l’argent. La loi de la concurrence engendre de nouveaux cauchemars pour l’individu : nécessités de qualifications de plus en plus grandes , efficacité, flexibilité, disponibilité constante …Nécessité de s’adapter continuellement aux nouvelles techniques et accepter un emploi qui changera probablement plusieurs fois dans la vie. Telle est la réalité quotidienne à laquelle nous sommes tous confrontés et qui présente tous les symptômes d’une vie sociale menacée de dérives profondes. Notre société est de plus en plus inhumaine. Le monde devient invivable…
Comment rendre notre société plus humaine ? L’évidence est de dire « notre vie sociale ne peut redevenir humaine que si elle est conforme à l’homme ». Ce qui semble a priori une « lapalissade », cache cependant une vérité profonde : la vie sociale contemporaine ne répond pas aux aspirations profondes de l’être humain. L’homme ne se réduit pas à sa seule dimension physique. Il n’est pas seulement « l’animal le plus évolué » dans la perspective darwiniste. S’il n’était que cela, les possibilités offertes par le monde de la consommation devraient le rendre pleinement heureux . Ce n’est pas le cas, les biens matériels proposés ne lui donnent qu’un bonheur très éphémère . Le nombre de personnes souffrant psychiquement augmente sans cesse. Celui des suicides aussi, touchant aussi bien les jeunes que les aînés confrontés au stress insupportable du monde du travail. Cette constatation est plus qu’alarmante.
Non, l’être humain est plus qu’un corps physique : il a ses pensées, ses réflexions, ses recherches existentielles, sa quête de vérité, d’absolu, tout ce que les anciens dénommaient « esprit »… Il a aussi sa vie intérieure, ses émotions, ses joies, ses peines, son besoin d’aimer et d’être aimé, ce qui « l’anime » et que l’on désigne par le terme « âme ». Dans le Nouveau Testament, St-Paul qui connaissait bien la culture grecque, parlait de « l’homme pneumatique » (du grec pneuma = esprit) et « psychique » (psyche = âme). Les anciens savaient que l’être humain était à la fois « corps » (aspect matériel, physique visible) , « âme « (vie intérieure, non visible physiquement) et « esprit » (sa dimension spirituelle, non visible physiquement). C’est dans cette perspective que dans l’Evangile de Matthieu (22/37), Jésus reprend à son compte les termes du Deutéronome pour définir le plus grand des commandements : « Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
L’Eglise chrétienne primitive admettait donc que l’être humain était à la fois corps, âme et esprit. Ce n’est qu’au Concile de Constantinople en l’an 869, qui opposa l’Eglise de Bysance à celle de Rome que l’être humain fut réduit à ses « composantes corps et âme »..Il s’agissait, à l’époque de désavouer et de faire condamner pour hérésie un des représentants de l’Eglise d’Orient : le fameux théologue et spécialiste du Droit canonique PHOTIOS (820-896). Ce dernier avait dit que l’être humain possède, en plus de son corps, une « âme inférieure » et une « âme supérieure » qui est sans péché…Il reprenait en fait l’idée grecque (reprise comme mentionné plus haut par St-Paul et l’Eglise d’Orient) de « l’homme psychique (= âme) » et de « l’homme pneumatique (= esprit)..Il considérait que cette « âme supérieure » (donc l’esprit) était « sans péché », parce que par nature, elle est spirituelle, donc non corruptible..L’Eglise de Rome prit donc prétexte de la qualification des « deux âmes » par Photios, pour dire que c’était une invention diabolique et souligner que ni dans l’Ancien, ni dans le Nouveau Testament, il n’était question de deux âmes… ! L’idée « d’âme supérieure » (selon Photios), en fait un synonyme « d’esprit », fut condamnée et Photios déclaré hérétique..Le Concile déclara solennellement que l’homme n’était constitué que d’un corps physique et d’une âme. « Exit l’esprit ! »
Au 19/20ème siècle, les sciences ont réduit l’être humain à sa dimension organique physique. Sous cette optique, les facultés du « penser et ressentir humain » ne sont que des émanations, des conséquences de l’organisation matérielle physique… »Les états d’âme » ne sont dès lors que le résultat de processus chimiques complexes de l’organisme…Les psychologues et psychiatres se sont alors spécialisés dans l’étude d’une « âme » qui devenait par là « gérable et influençable » par diverses techniques… « Exit l’âme comme vie intérieure secrète et inviolable » !
Dépouillé successivement de ses composantes « esprit » et « âme », l’homme est aujourd’hui réduit à sa seule existence matérielle. Les conséquences tragiques qui en découlent peuvent se mesurer quotidiennement.
Ce n’est qu’en tenant compte de « l’être humain » dans sa totalité, que nous arriverons à mieux nous comprendre nous-mêmes, par là aussi à être en empathie avec les autres. C’est dans cette approche « identitaire » avec les autres, que se dessineront aussi les besoins sociaux et que pourront être trouvées des solutions vraiment adaptées.
Le grand penseur visionnaire autrichien Rudolf Steiner (1861-1925) a proposé à travers son enseignement une nouvelle image de l’homme. Son « Anthroposophie » ou « science de l’esprit » expose une analyse en profondeur de l’identité et de la vocation humaines. Pour toutes les personnes en recherche, cette approche ouvre vraiment de nouvelles perspectives. Le site http://radher@free.fr va dans ce sens et propose des textes inédits du Dr. H.E. Lauer 1899-1979 (un élève de R. Steiner) qui a consacré une vie entière à se pencher sur les problèmes de la société actuelle.
10:35 Publié dans Choix de société, choix de vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : esprit, âme, liberté, philosophie, R. Steiner, H.E. Lauer, religion
