26.10.2008
A LA RECHERCHE DU GRAND AMOUR?
Amour, amour, quand tu nous tiens!..Que de fois n’a-t-on, dans notre société, parlé, écrit, chanté sur le thème récurrent de l’amour!..Or, si on nous demandait de définir ce qu’est véritablement l’amour, nous serions peut-être embarrassés, car il s’agit d’une notion qui diffère selon les époques et les cultures. Elle varie aussi individuellement selon le niveau de culture. Si la représentation la plus répandue est celle qui assimile l’amour à son expression purement corporelle, physique, la sexualité, il en existe d’autres : l’amour maternel, paternel, filial.
Nous savons que dès le Moyen-Age, les troubadours et trouvères chantent « l’amour courtois » qui est chevaleresque et représente un idéal. Bien plus tard « l’amour romantique » tracera une vision passionnée et tourmentée de ce sentiment. A un tout autre niveau, celui par exemple des religions, existe une notion « d’amour divin » assortie, pour ce qui concerne le christianisme, d’une part sacrificielle: le Christ est mort sur la croix par amour pour les hommes. Quelle différence entre la représentation de l’amour comme expression du fait sexuel et celle du sacrifice volontaire…
Dans notre société occidentale contemporaine, essentiellement matérialiste, la représentation de l’amour a souvent pris les couleurs et l’aspect de l’atmosphère ambiante: la société dite de consommation porte en elle les images qui dictent son comportement. L’amour ravalé à son expression purement physique, matériel, devient un bien de consommation comme tous les autres. Sous cet aspect, l’amour peut s’acheter, se vendre. Ce « produit » est en fait une prestation de service: « faire l’amour » peut être une activité rémunérée, lucrative. Certes, cette expression sexuelle de la notion n’est pas nouvelle dans l’histoire de l’humanité, mais jamais dans le passé, il n’y a eu une telle industrie du sexe. Les produits dérivés allant des produits dits érotiques à la pornographie font partie d’une société en quête de plaisirs effrénés pour tromper son ennui et sa peur du vide…
Il est inutile de décrire les échecs que génère cette vision de l’amour. L’union charnelle de deux individus peut-être indéniablement une source de plaisir. Peut-elle à elle seule « créer l’amour »? Cela est moins sûre. L’union charnelle peut naturellement être une expression d’amour? Elle le peut mais n’en est pas le garant. Si l’on s’interroge si « faire l’amour » est une expression adéquate, on arrive rapidement à une impasse: cela supposerait qu’en accomplissant un acte sexuel on crée de l’amour…Est-ce la vérité ou y a-t-il confusion? N’y a-t-il pas là une illusion assimilant l’amour au plaisir partagé? Si on envisageait que chaque fois que l’on « fait l’amour », on créerait « sui generis » de l’amour, le monde regorgerait d’amour et serait bien le paradis sur terre! Or c’est loin d’être le cas. On doit donc en déduire que l’amour physique peut être l’expression d’un amour existant mais plus rarement en être l’origine ou le garant certain…Le nombre grandissant de couples en situation d’échec est une résultante directe d’une approche « amoureuse » uniquement axée sur la sexualité. Il semble qu’un partage apparent basé uniquement sur le corporel se révèle finalement comme une aventure souvent égoïste où un partenaire exploite l’autre ou même où les deux s’exploitent mutuellement…Or tous les égoïsmes finissent un jour dans un affrontement, donc tout le contraire d’une union.
Il semble donc qu’un amour idéal qui selon bien des poètes devrait durer « toujours » n’existe pas…ou alors il faudrait le chercher ailleurs…Comment s’imagine-t-on un amour parfait? Chacun de nous a sa propre vision de cet idéal car en fait, il faudrait d’abord se poser la question de savoir ce que signifie « aimer ». Un élément semble déterminant et ne saurait être, en toute bonne foi, contester: un véritable amour ne saurait exister sans liberté. Nul ne saurait nous contraindre à aimer quelqu’un. Et l’échec d’un « amour » uniquement basé sur la sexualité est forcément condamné à échouer car étant basé sur une « loi naturelle » qui est celle qui régit toutes les espèces vivantes dans la nature, elle se place objectivement dans une « loi de nécessité » et non de liberté. En fait « l’amour-libre » censé exister dans le domaine de la sexualité, est une fiction. En s’imaginant affirmer sa liberté en exerçant sa sexualité, l’individu ne fait que s’assujettir à une pulsion naturelle, primaire, inscrite dans son « animalité » pour assurer la continuité de l’espèce…Donc une nécessité et non une liberté. Où alors faut-il chercher l’amour, si toutefois il existe?
Si nous considérons l’histoire de l’humanité et les différentes cultures, nous pourrons constater que la signification du mot amour a beaucoup varié selon les âges. Nos très lointains ancêtres auraient certainement beaucoup ri, si on leur avait dit que le fait de s’accoupler était de l’amour! Ce n’est qu’au Moyen-Age qu’on trouve les traces de la notion « d’amour courtois », chevaleresque, magnifié à travers les textes des troubadours et trouvères. Cette expression de l’amour a fortement marquée l’occident. Bien plus tard naîtra en Europe « l’amour romantique », le triomphe du sentiment passionnel…Toutes ces approches nous livrent des visions partielles qui célèbrent l’amour, mais qui en définitive, ne parviennent pas à nous en faire découvrir les ressorts intimes. Alors où chercher?
La philosophie grecque qui est le berceau de notre pensée européenne peut, peut-être, nous donner une piste intéressante. Tournons-nous vers Platon: dans son écrit intitulé « le banquet » qui rassemble divers « discours de Socrate », on trouve dans les 6ème et 7ème discours, des textes concernant la vérité et la réalité de l’amour. Socrate souligne qu’il existe, en fait, différents niveaux d’amour. Il dit avoir été initié à ce mystère par Diotima (dont le nom signifie « celle qui honore Dieu) qui est une prophétesse-philosophe qui puise ses pensées à la source de l’amour divin. Et Diotima lui confie le grand secret sur l’amour et ses métamorphoses: de par son essence, l’amour s’enflamme au départ, au contact de tout ce qu’il peut voir et toucher, par exemple le corps d’un être humain. La dynamique de l’amour part du concret, du physique. Mais Diotima souligne que l’amour lié au corporel ne suffit pas à satisfaire le cœur humain. L’amour s’attache à la beauté..or la beauté corporelle est éphémère. Dès lors l’amour se cherche une dimension qui la soustrait au temporel et va essayer de s’attacher à la « beauté intérieure » de l’être aimé, « d’aimer son âme »…Puis cet amour peut encore s’élever et s’intéresser à l’individualité profonde de l’être, à sa façon de penser, à son esprit.
Nous ne pouvons, dans le cadre de ce bref exposé, étudier en détail, dans toute sa profondeur, le texte de Platon. Ce qui nous semble du plus grand intérêt, ce sont les pistes de réflexion qu’il ouvre.
Diotima, à travers le texte de Platon nous enseigne que l’amour humain naît au contact de la réalité corporelle, matérielle. S’il reste solidaire du seul « support physique », il s’inscrit dans la loi de tous ce qui est d’ordre physique, à savoir le vieillissement et l’anéantissement, l’éphémère. On reste, sur ce plan, confiné dans la vision matérialiste du monde et de l’individu en particulier. Un autre aspect est aussi évident dans la réalité physique: l’union de deux êtres est impossible car deux corps ne peuvent fusionner, chacun étant « prisonnier de son propre espace corporel ».
Mais dès lors que l’on envisage que l’être humain ne se définit pas seulement par son corps physique « extérieur », mais aussi par un « espace intérieur », celui dans lequel il vit sa propre vie sentimentale, émotionnelle, affective, ce qu’il est convenu d’appeler son âme et d’un espace encore plus intime qui est celui de son individualité profonde, son « moi » , ainsi que sa pensée, cet ensemble qu’on peut désigner par « son esprit », d’autres formes d’amour sont envisageables.
Dans cette approche trinitaire de l’individualité, l’amour peut entamer une évolution, une métamorphose, qui le portera de plus en plus haut, dans sa qualité profonde. Même un amour fusionnel devient possible, car les espaces de l’âme et de l’esprit ne sont pas ceux de l’espace physique! Reprenons encore une fois, sous une forme simple l’enseignement de Diotima: on commence par aimer le corps de l’autre, puis on apprend à aimer la chaleur de son âme et finalement la lumière de son esprit. Cette vision n’est-elle pas extraordinaire et « sage » dans l’acceptation philosophique? Loin de « condamner » l’expression corporelle de l’amour, elle invite au dépassement pour conférer à l’amour une qualité transcendante et éternelle! A partir du stade primaire de l’expression amoureuse corporelle, qui est utile, nécessaire, mais qui par sa nature et sa fonction est liée à une nécessité, donc à une « non-liberté » et à un égoïsme individuel ou partagé, l’amour peut dépasser ce stade par une libre résolution individuelle. Plus encore, il devient possible de prouver à « l’autre » que je n’aime pas seulement son corps qu’il me serait possible « d’exploiter égoïstement », mais aussi son âme et son esprit! Des niveaux et dimensions qui dépassent le temps et l’espace!
Un autre aspect devient dès lors évident: en se plaçant aux niveaux de l’âme et de l’esprit, l’expression amoureuse prend d’autres couleurs, de nouvelles qualités insoupçonnées. L’amour devient dans tous les sens du terme, « pur, altruiste, désintéressé », car dans ces dimensions il devient pratiquement impossible « d’exploiter l’autre »: on l’aime « gratuitement » pour ce qu’il est, pour ce qui l’intéresse, pour ce qu’il aime. Au lieu de prendre, on s’oublie soi-même pour donner sans compter sur un retour. Ce cheminement de l’amour devient plus compréhensible si on médite les paroles de Jésus qui dit: « aime ton prochain comme toi-même ». Que signifient ces paroles? Elle signifie qu’il faut commencer par s’aimer soi-même pour ensuite arriver à aimer l’ autre. Le premier stade de l’amour passe par « l’amour égoïste » qui est un passage obligé. Là, se situe aussi les expressions d’amour attachées au corps, au physique. Mais si l’amour reste ancré à ce niveau, il en subi fatalement les conséquences c. à d. qu’il restera au niveau de l’égoïsme, qui par la dynamique qui s’y rattache, va l’éloigner de l’autre…L’amour, pour durer, doit surmonter les forces inhérentes à l’égoïsme pour les métamorphoser en « altruisme », en intérêt et en amour pour l’autre. A partir de là, il sera aussi possible d’étendre cet amour à tous, selon le précepte: « aimez-vous les uns les autres » tel que l’enseigne Jésus-Christ.
La culture grecque, à ce titre, est riche d’enseignements et il serait bien dommage de la reléguer au rang « d’antiquité »…Elle était bien plus apte à exprimer la complexité du mot « amour ». Aussi avait-elle trois expressions distinctes pour désigner ce que, de nos jours, on exprime unilatéralement, indistinctement par le terme amour: eros, philia et agape. Eros signifiait l’amour lié au corps, philia l’amour lié à l’âme (amitié, affinité sentimentale, sympathie..) et agape l’amour parfait lié en quelque sorte à l’esprit puisque cet amour se devait d’être libre et idéal. Cette dernière forme d’amour, souvent désignée comme « l’amour platonique » a été souvent mal comprise par nos contemporains. En fait elle a trouvé sa pleine signification dans le message christique évoqué plus haut.
Cet exposé serait incomplet sans l’évocation d’une forme d’amour toute spéciale et hors norme: l’amour comme forme de recherche d’idéal, dans la vie religieuse. Il existe des hommes et des femmes qui, dans un engagement personnel et libre, font vœux de pauvreté et de chasteté. Par cette démarche, ils renoncent donc à une forme d’amour charnel, pour tendre vers un autre idéal qui leur semble plus valable. Ils veulent être entièrement au service des autres, notamment des plus pauvres, des plus démunis. C’est dans ce cadre que s’inscrivent des personnalités telles que sœur Emmanuelle ou encore l’abbé Pierre…Si elles sont devenues tellement populaires, ce n’est pas seulement du fait des médias, mais parce qu’elles étaient des « révoltées » incommodes pour les autorités, mais entièrement au service de ce qu’elles estimaient être juste et bon pour les êtres humains. Un espoir et une lumière pour tous ceux et celles qui sont désespérés de vivre dans un monde de plus en plus inhumain et où seul compte l’argent, la puissance matérielle…
Les personnalités qui ont laissé de magnifiques exemples d’abnégation et d’humanité, nous dévoilent encore un autre mystère attaché à l’amour: c’est en donnant que, involontairement, on s’enrichit! Le grand penseur visionnaire autrichien, Rudolf Steiner, a évoqué cet aspect de l’amour dans diverses conférences. Il l’illustre par une image qui, à première vue, semble complètement absurde. Il dit en substance: imaginez deux verres, l’un vide, l’autre plein d‘eau…On vide peu à peu le contenu du verre plein dans le verre vide…Et voilà que loin de se vider, ce verre continue sans cesse à déverser l’eau…C’est une illustration de l’amour véritable: en donnant sans compter et sans espoir de retour, l’être humain s’enrichit par une loi inhérente au véritable amour! Car le don de l’amour est toujours désintéressé, gratuit, jamais il ne recherche un avantage. Le premier épître de St-Paul aux Corinthiens (13/4-7) illustre magnifiquement l’amour parfait: « L’amour est patient, serviable est l’amour, il n’est pas envieux, il ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas, ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal, ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité… ».
On aura compris que le véritable amour suppose un chemin long, une prise de conscience sans cesse plus vigilante de la réalité du monde où nous vivons et de nous-mêmes. On ne « fait pas l’amour », on le construit, jour après jour, en aimant « l’autre » dans sa spécificité, dans ses qualités et ses faiblesses, pour l’aider à vivre et à avancer sur sa route. L’amour de l’autre est la clef du bonheur véritable et de l’épanouissement pour tous.
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14.09.2008
LE MENSONGE, UN JEU DE SOCIETE?
Un esprit attentif aux évènements du monde et de la société dans laquelle nous vivons, remarquera, au fil des jours, qu’à tous les niveaux, dans tous les milieux, le mensonge sévit. Oui, la vérité est souvent bafouée, trahie…Certes, ce n’est pas aujourd’hui que l’on a inventé le mensonge. Il est aussi vieux que l’humanité. Il a revêtu des formes diverses allant du « mensonge de circonstance » pour se tirer d’un mauvais pas, à la stratégie de la « ruse de guerre » ou encore à un machiavélisme de bon aloi pour manipuler l’adversaire. Ce qui est nouveau dans le monde contemporain, c’est que la diversité et la rapidité des médias, des moyens de communication, font que la « non-vérité » qu’est le mensonge, se répand à une vitesse telle que son impact est incommensurable.
De tous temps, les religions ont condamné le mensonge, le considérant comme une forme de blasphème contre Dieu ou les Dieux considérés comme les détenteurs et les garants de la vérité. Porter une « non-vérité » dans le monde était considéré comme une atteinte grave à l’harmonie du monde et de la société. Plus tard, les philosophes de l’ère des lumières, puis la morale laïque républicaine se sont engagés à défendre la vérité et de ce fait, condamnaient fortement toute forme de mensonge.
Cela n’a naturellement nullement empêché le mensonge de proliférer dans le monde.
Aujourd’hui, dans notre société matérialiste focalisée sur l’argent, sur le pouvoir sous toutes ses formes, le mensonge a repris des couleurs nouvelles, est devenue une stratégie sophistiquée pour gagner sur tous les terrains de la vie sociale et économique. Les religions n’ont plus une emprise déterminante sur la société, la morale républicaine est devenue une « instruction civique » sans grande conviction, l’interdit du mensonge ne se révèle que devant des affaires ou scandales graves qui finissent devant une juridiction…
Dans une société matérialiste et où un libéralisme souvent sauvage se définit par une déshumanisation grandissante, le mensonge s’est fortement banalisé, la fin justifiant tous les moyens. Nous pouvons tous, en nous basant sur nos propres observations, nos propres expériences, constater les multiples visages que prend le mensonge à tous les niveaux. Dans toutes les structures sociales, économiques, sur les lieux de travail, en politique, nous pouvons au fil des jours, répertorier tous les mensonges qui sévissent. Nous savons tous qu’une large partie de la stratégie déployée, dans le domaine de la publicité, repose sur une technique très raffinée du mensonge ! Le mensonge s’est diversifié et s’est instillé un peu partout. Il s’est banalisé, il est devenu une sorte de jeu de société : si quelqu’un est lésé c’est qu’il n’était pas vigilant…donc il n’aura qu’à se prendre à lui-même. Celui qui est devenu un « gagnant » par le mensonge, est considéré comme particulièrement malin et intelligent.
Or le mensonge est-il vraiment banal, anodin ? Si on analyse sommairement le « phénomène du mensonge », de manière pragmatique, sans y attacher immédiatement une connotation morale, que peut-on constater ? Quels sont les éléments qui entrent en jeu ? Les intentions, le but. Les conséquences…
Pourquoi ment-on ?
- pour cacher la vérité
- pour affirmer une « non-vérité »
- pour obtenir un avantage (puissance sous tous ses aspects, argent, bien matériel etc ..)
- pour masquer des faits ou évènements répréhensifs.
Si nous nous penchons sur les conséquences objectives du mensonge, que constatons-nous ? Le mensonge vit ses beaux jours tant qu’il peut se cacher derrière un masque d’illusion. Mais la vérité, telle un bouchon entravé quelque temps au fond de l’eau, arrivera tôt ou tard, à refaire surface. Que se passera-t-il alors ? Celui ou celle qui s’estimera victime du mensonge se considèrera, à juste titre, comme bafoué, lésé, blessé profondément dans son amour-propre. Il se dira meurtri au plus profond de lui-même et sa colère sera à l’échelle de son indignation légitime. Pourquoi ? Parce que chaque être humain veut connaître la vérité et estime le mensonge comme une atteinte personnelle à sa dignité. Que ce soit un mensonge par intérêt ou celui qui consiste à masquer une trahison, il laissera toujours des traces douloureuses chez celui ou celle qui en est la victime. Une atteinte grave à la confiance.
Les crises et malaises de notre société actuelle sont, pour une large partie, le résultat du mensonge dans tous les domaines de la vie sociale. La nature, la dignité humaine a ses exigences. Parmi ces dernières, le droit à la vérité est essentiel. Négliger cette réalité, c’est introduire constamment dans la société un poison subtil, sournois et destructeur.
Le grand penseur et visionnaire Rudolf Steiner (1861-1925) avait analysé, dès le début du siècle dernier, les causes véritables des crises sociales. Un des facteurs déterminants, est la vision essentiellement matérialiste de la société moderne occidentale. Sous cette optique, l’homme est souvent réduit à une seule dimension « d’animal supérieur ». Dès lors, la société devient une sorte de jungle où règnera la loi du plus fort, du plus malin, du plus intelligent. Tout devient légitime pour éliminer ou dominer l’autre, pour arriver à ses fins. Le mensonge devient dès lors un moyen efficace pour faire triompher les intérêts personnels, les égoïsmes. Au nom de l’efficacité, on sacrifie la vérité. Le plus grave, c’est qu’ en agissant ainsi, on blesse dangereusement l’humanité entière et chaque individu en particulier.
Dans son enseignement, Rudolf Steiner a toujours souligné que l’être humain ne se réduisait pas à son corps physique qui ferait de lui, en effet un « animal supérieur ». Il possède aussi un « espace qui l’anime » de l’intérieur, ce qu’il est convenu d’appeler une âme, le siège de sa vie intérieure, de ses sentiments, de ses émotions. Et enfin, il est le siège d’un esprit capable de réfléchir, d’avoir ses propres idées, ses réflexions individuelles, toutes ces activités par lesquelles il peut se ressentir comme étant une individualité, un « moi ».
Ce sont précisément son âme et son esprit qui aspirent à la dignité, à l’exigence de la vérité. La vérité est propre à l’être humain : « l’animal supérieur » seul n’a pas besoin de vérité. C’est parce que l’homme est capable de penser, qu’il peut prendre conscience de sa propre valeur et posséder une exigence de vérité. La vérité lui apporte un équilibre et une dignité, le mensonge lui apporte le chaos, l’incertitude, la méfiance, la peur. Cet être capable de penser, ressent aussi intuitivement, qu’il aspire au beau, au bon, à l’idéal, à l’absolu. C’est pourquoi, tout être humain exige la vérité, comme un droit au respect et à sa dignité personnelle. L’esprit de l’homme veut la vérité, il a « droit à la vérité » car il se considère comme un être abouti et responsable. C’est pourquoi il se révolte contre les injustices, contre tout ce qui est anti-social, tout ce qui blesse la dignité humaine. Et si, de par son corps physique, sa qualité « d’animal supérieur » il tend vers l’égoïsme et le rapport de force, de par son esprit et son âme, il cherchera, même inconsciemment, la transcendance dont la vérité est un des critères.
Non le mensonge n’est ni légitime, ni anodin, si on veut bien y réfléchir. Certes, l’histoire de nos sociétés et l’histoire en général sont jalonnées de mensonges. Rudolf Steiner disait qu’un jour il faudrait réécrire les livres d’histoire à la lumière de la vérité, car sous bien des aspects nous vivons dans une « histoire convenue ». Dans une de ses conférences, il disait aussi, en substance, que le mensonge était une réalité spirituelle aussi cruelle pour l’âme humaine qu’un « coup de poignard » pour le corps physique.
On aura compris qu’une société bâtie sur un tissu de mensonges est condamnée à être malade et à connaître des crises sociales constantes, sans cesse grandissantes. Une société qui veut être libre et le rester, ne saurait vivre dans le mensonge permanent dans sa vie politique, économique, sociale. Car, contrairement à ce que l’on préconise généralement, le mensonge n’est pas une conséquence de la liberté (celle de penser et d’agir comme on le veut), mais son adversaire parmi les plus virulents. Dans le Nouveau Testament, Jésus dit, entre autres paroles : « vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendre libre ! »…A chacun d’entre nous de participer à la conquête de la vérité et de la liberté d’esprit qui en découle. C’est l’enjeu pour arriver à une terre plus humaine, plus respectueuse de la dignité et de la véritable nature de l’être humain.
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18.05.2007
Entre le matérialisme et la spiritualité...Le mystère de l'être humain.
A propos…Foire des livres, forum de toutes les idées ?
Une « foire des livres » est, au-delà de l’aspect purement commercial, un évènement culturel important. Découvrir les ouvrages récents, rencontrer les auteurs connus grâce aux médias, peut être passionnant. Echanger quelques propos avec eux, obtenir une petite dédicace du livre acheté, reste un souvenir sympathique. Mais les moments les plus précieux sont souvent ceux des conférences et des débats publics proposés lors de ces foires. Entendre et voir les auteurs exposer leurs points de vue sur des sujets actuels, notamment les problèmes de société, ouvrent des perspectives sur les mentalités actuelles. Les livres proposés ne reflètent-ils pas « l’air du temps » ?
Une des conférences fut assez originale, car il s’agissait d’une conférence « en duo » des frères Kahn (Jean-François K., le journaliste et fondateur de « Marianne » et Axel K. le « scientifique »). Le thème choisi était assez classique : celui du progrès…Les conditions et les limites du progrès… Le progrès « pour ou contre » l’homme ? Les deux frères, alternativement, proposèrent donc leurs points de vue : J.F.K. toujours véhément et passionné, soucieux de défendre la liberté et la dignité humaine…Axel K. donnant son point de vue scientifique et rationnel. Les avis croisés furent complémentaires, les deux frères proposant une analyse pluridisciplinaire des notions d’évolution et de progrès. Il en ressortait finalement que l’évolution impliquait le progrès, mais que ce dernier était relatif : ce n’est que dans une finalité profitable à l’émancipation de l’être humain que le progrès a un sens, sinon il devient une aliénation. Entre autres exemples, le problème des manipulations génétiques (OGM) devra être analysé et jugé afin de définir, tous critères confondus, la part de risques encourus ou d’effets bénéfiques pour l’humanité.
Dans une autre conférence tenue le lendemain , sur le thème « l’homme, ce roseau pensant… » Axel Kahn rappelait que « l’Homo sapiens » que nous sommes tous, présentait une « affligeante banalité biologique et génétique » (notre proximité avec les grands singes, sur le plan génétique, étant de 98,7%.. !) Restent les 1,3% qui font que l’homme est une créature spécifique et toujours étonnante qu’il est difficile de réduire à la seule matérialité. Comment comprendre les sentiments humains, l’idée de transcendance, le besoin de bonheur, d’amour, de liberté, de sacré et de tout de qui constitue « le propre de l’homme », en réduisant « ses états d’âme » à des phénomènes d’ordre purement naturel, physique ? Selon l’approche d’Axel K. on peut être admiratif, mais il faudrait se garder de tirer des conséquences trop hâtives quant à une éventuelle transcendance de l’être humain. On retrouve là une attitude classique du scientifique matérialiste honnête, « réaliste et prudent », condamné à un jugement qui ne peut qu’osciller entre « l’admiration, la volonté de vouloir comprendre et de douter continuellement ». On peut dire que l’approche de ces thèmes par Axel K. reste assez révélatrice du caractère quelque peu dogmatique des scientifiques de notre temps. Axel Kahn se dit « matérialiste » tout en reconnaissant que jusqu’à un passé pas tellement éloigné, les scientifiques n’étaient nullement opposés à une idée d’une transcendance possible, à l’existence d’une spiritualité…
N’est-il tout de même pas curieux que les scientifiques ne s’interrogent pas davantage sur les « 1,3% » qui font que l’être humain est l’Homo sapiens, ce « roseau pensant » qu’Axel Kahn évoque dans son livre.. et non « un grand singe » ?…Si le cerveau physique génère vraiment les pensées, le cerveau des grands singes devrait aussi en générer ! Or, cela reste à démontrer, car à ce jour, il n’existe pas de singe philosophe ou écrivain ! La génétique suffit-elle à expliquer le mystère du « penser » humain ? La pensée est-elle vraiment « fabriquée » par le cerveau physique humain ? L’homme génère-t-il des pensées ou les « reçoit-il d’en haut », comme l’entendait par ex. Platon qui parlait d’un « monde des idées » où l’être humain pouvait les puiser, pour en faire « ses idées » ? Dans cette hypothèse les idées ne seraient pas d’essence matérielle mais spirituelle et l’homme capable de les « capter » devrait avoir au moins une « certaine affinité » avec « ce monde spirituel où il puise ses idées »…Pourquoi une telle hypothèse serait-elle moins valable que celle qui décrète que le cerveau génère les pensées ? A ce jour la science sait que le cerveau humain émet des ondes mesurables, d’amplitudes variables selon les individus…Mais il n’est pas prouvé, par là, que ces ondes soient les pensées elles-mêmes quant à leur contenu ! On sait que l’être humain peut, par son « activité pensante », « avoir des idées », il peut « chercher et trouver parfois de bonnes idées ». Reste la question essentielle : est-ce vraiment lui qui génère ces idées ou « s’ouvre-t-il à elles » ? Le fameux « Eureka » aurait alors la signification de « j’ai trouvé la bonne idée ! » dans le « monde des idées » tel que l’entendait Platon… !
Le débat reste ouvert : et si le cerveau, telle une radio, qui transmet les ondes mais ne les génère pas, ne faisait que « refléter, transmettre des réalités spirituelles hors des contingences matérielles ? » Cela pourrait aussi être une possibilité !... N’est-il pas curieux que les scientifiques, qui par définition, devraient être ouverts à toutes les hypothèses, se ferment à cette dernière, par une vision unilatéralement matérialiste ? L’approche matérialiste définit-elle toute la réalité ou n’en décrit-elle qu’une partie ? La « vérité scientifique, basée sur le matériel » est-elle l’entière et l’unique vérité ? La réalité se limite-t-elle vraiment à celle du monde matériel physique ?
Autre conférencier, autre thème : le philosophe Luc Ferry sur le thème de son livre « Familles, je vous aime ». Dans un premier temps il expose la notion de famille et du sens du mariage au cours de l’évolution sociologique. Autrefois défini comme une association d’intérêt de groupe, de puissance, le mariage d’amour, tel que nous le concevons de nos jours, est une résultante d’une réforme sociale profonde, celle de l’accès au salariat. Par le salaire, l’individu accède à une forme d’autonomie qui lui permet d’échapper à la pression communautaire, lui conférant une nouvelle liberté : celle de se déterminer selon ses sentiments, ses choix. C’est l’accès possible au « mariage d’amour »…
Luc Ferry explique alors que les grecs avaient trois termes distincts pour la notion « amour » : « Eros » (l’amour physique pulsionnel, sexuel), « Philia » (l’amour « sentimental ») et « Agàpe » (amour transcendé, l’amour fusionnel total). Aujourd’hui une union se fait en toute liberté, par affinité, par « sentiment », ce qui amène aussi une possible précarité du couple, qui n’est plus soumis, comme jadis, à une quelconque contingence pécuniaire ou à une dynamique d’appartenance à une communauté, à un groupe. Ce qui induit aussi conséquemment la possibilité de séparations, de divorces…On sait qu’actuellement en France, un couple sur deux divorce à plus ou moins brève échéance …
Puis Luc Ferry arrive à la notion et à la valeur de la famille d’aujourd’hui. Il constate que la famille moderne constitue l’ultime lieu « sacralisé » pour lequel l’homme contemporain serait prêt à se sacrifier. Alors qu’autrefois les hommes étaient prêts à mourir pour leur Dieu, leur foi, leurs croyances… par la suite pour leur patrie, leurs convictions politiques, leurs idéaux, l’homme d’aujourd’hui « sacralise son enfant »… Que l’enfant soit de caractère « facile ou difficile », « qu’il soit gentil ou exaspérant », nous l’aimons au point de lui sacrifier, si besoin en était, notre propre vie. C’est « l’enfant-roi ». Et Luc Ferry souligne qu’il ne s’agit là d’aucun réflexe individualiste mais plutôt d’un nouvel humanisme mettant la personne au centre de toutes les valeurs autrefois attribuées à la religion ou à l’Etat. Il poursuit en soulignant que lui-même n’avait fait cette expérience du sentiment paternel inexplicable que la quarantaine passée…Son livre repose donc entièrement sur son expérience personnelle. Cela est sympathique et – de l’aveu même de Luc Ferry, complètement irrationnel ! Voilà qui est quand même intéressant pour un homme qui se dit « non-croyant et rationnel » !
A la fin de la conférence, Luc Ferry propose un débat, un échange d’idées… Un intervenant soumet les remarques suivantes :
-Revenant sur la notion de « mariage d’amour » et sur la remarque de L.Ferry qu’un mariage sur deux est actuellement voué à l’échec, se pose la question si cet échec n’était pas dû en partie, au fait que la notion d’amour se déclinait aujourd’hui souvent dans la seule définition « d’Eros » au lieu d’y associer progressivement celles de « Philia » et « d’Agàpe »…Un amour fondé uniquement sur Eros (c. à d. seulement sur la sexualité) n’est-il pas forcément condamné à l’échec, à long terme ?
-réponse de L.Ferry : la remarque sur l’insuffisance de l’amour uniquement basé sur « Eros » est pleinement justifiée et lui rappelle « une des plus belles encycliques du Pape Jean-Paul II sur l’amour humain ». Dans cette encyclique le Pape écrit que l’amour humain doit s’efforcer de dépasser le stade de l’égoïsme limité et enfermé dans la seule dimension physique de l’amour, pour tendre vers « un amour total, vers Agàpe », selon le terme grec…
-La « sacralisation de l’enfant » n’est-elle pas due d’une part au fait que l’enfant est vécu par ses parents comme leur « prolongement » (on se « retrouve » dans « son » enfant), et d’autre part au fait qu’ils y « trouvent » le miroir de leur propre transcendance ? Cette disponibilité « sacrificielle » des parents pour leur enfant n’est-elle pas un indice de la nature « sacrée » de l’être humain ? Cet être humain dont l’enfant leur renvoie leur propre image .. ?
Luc Ferry ne considère pas l’enfant comme un prolongement de soi-même.. Le besoin de le sacraliser s’inscrit dans une « attitude parentale spécifique », dans une disponibilité au sacrifice propre à l’être humain…Ce qui, apparemment, ne s’explique pas, donc reste irrationnel !
Puis l’intervenant conclut : « l’amour désintéressé pour ses enfants dont vous avez parlé dans votre conférence, ramène à mon souvenir une phrase du grand penseur Rudolf Steiner qui a dit que l’homme aura beaucoup progressé le jour où il aimera toute l’humanité comme il aime ses propres enfants ».. Luc Ferry approuve la belle phrase qui étend la qualité de l’amour parental, dans un lointain avenir, à toute l’humanité.
Ce qui est rapporté ici, pourrait être d’un intérêt simplement anecdotique. Ce qui, par contre, semble plus intéressant, c’est le « phénomène culturel » lui-même. Un journaliste, éditorialiste comme J.F.Kahn, un scientifique comme Axel Kahn, un philosophe comme Luc Ferry veulent « comprendre l’homme, la société, les enjeux et problèmes de notre temps ». Et chacun pousse son analyse jusqu’aux extrêmes limites de ce qui est possible par l’approche physique, matériel…Mais finalement tous les trois aboutissent à des hypothèses, où tout devient assez « cérébral », abstrait et finalement très subjectif. On se donne l’illusion d’avoir compris …Tout semble assez simple.. Mais la vie et les problèmes de la vie ne se conjuguent-ils que sur une approche matérielle, physique ? Notre activité pensante qui est la source même de notre connaissance, se réduit-elle à une activité purement physique ? Penser, ressentir, vouloir, ne participent-ils pas essentiellement de la « vie intérieure de l’individualité humaine », qui échappe à l’approche purement rationnelle ? Peut-on réduire ces activités à leurs seules dimensions physiques sans en altérer leurs véritables contenus ? Le « miracle homme » , ces 1,3% qui différencient l’être humain de son « proche parent » que semble être le grand singe le plus évolué, n’est-il que l’aboutissement du « hasard et de la nécessité » (tel que le proclamait J. Monot) ? Aujourd’hui on est, à juste titre, curieux de tout, on a accès à une multitude de connaissances, mais souvent on ne s’étonne plus des phénomènes qui nous sont les plus proches ! Notre état de conscience, notre possibilité de connaissance, notre « être » ne reposent-ils pas essentiellement sur notre aptitude à pouvoir « penser »…Que savons-nous sur la nature véritable de notre pensée, cette pensée sans laquelle « nous ne serions pas » ? Et si la pensée était « la clef d’accès » à la compréhension de notre véritable être et pouvait nous prouver notre transcendance par rapport au seul monde matériel ?
Le penseur visionnaire Rudolf Steiner (cf. le site radher@free.fr) avait prévu, dès l’aube du 20ème siècle, les dérives d’une société engluée de plus en plus dans le matérialisme. Son enseignement qui analyse l’être humain dans sa complexité et le définit comme un être essentiellement spirituel, expose clairement où résident les racines des problèmes de la société actuelle. Si l’être humain s’éloigne de sa véritable nature, en s’immergeant complètement dans une vision matérialiste, il se trouvera confronté à une multitude de problèmes qui lui apparaîtront comme insolubles. Le matérialisme unilatéral qui domine pour une large part la société d’aujourd’hui, devrait nous réveiller à notre véritable nature, notre être profond. Ce sont précisément les nombreuses difficultés, les crises d’une société qui ne trouve plus ses repères, qui devraient nous faire réfléchir… En refaisant confiance à notre capacité de penser, de réfléchir, nous nous poserons de nouveau les questions que des générations de penseurs et de savants se sont posées à travers les siècles : qui suis-je vraiment ? Quel est le sens de ma vie ? La mort est-elle la fin de mon existence ou n’est-elle qu’une étape de mon développement ? Le matérialisme n’est-il qu’une illusion ? L’éternelle question « être ou ne pas être » peut aussi se poser ainsi : l’être humain est-il d’essence spirituelle (donc éternel parce que non soumis à la finalité matérielle) ou matérielle (donc limité dans le temps et l’espace) ? L’enjeu est important et mériterait qu’on y réfléchisse !...L’œuvre de Rudolf Steiner peut, dans cette recherche, être d’une grande utilité.
10:30 Publié dans Forum de la pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : spiritualité, matérialisme, être humain, Rudolf Steiner, liberté, Anthroposophie, amour
27.04.2007
Liberté, égalité, fraternité...Les idéaux républicains sont-ils des fictions ?
Le 26 août 1789 l’Assemblée nationale constituante avait voté un texte « solennel » intitulé « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen ». Cette proclamation révolutionnaire fut placée en tête de la Constitution française de 1791…Parmi les 17 articles mentionnés, on note « les principes de 1789 » dont l’un évoque « l’égalité politique et sociale de tous les citoyens »…un autre encore « le respect des opinions et des croyances » ou encore « la répartition équitable des impôts consentis librement par les représentants du pays »…Le contenu de la Déclaration des droits de l’homme se « popularisa » immédiatement sous la forme « d’idéaux républicains : liberté, égalité, fraternité.
La France, à juste titre, est très fière de « ses idéaux » et depuis l’avènement de la République, chaque homme politique se pose en « défenseur de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ». Ces idéaux sont-ils vraiment appliqués dans la vie citoyenne ? Une vision rapide semble le confirmer…Existe-t-il un pays où l’on serait plus « libre » qu’en France ? . Certes, non. Plus « égal » ? La réponse ne peut être que circonstancielle et très nuancée.. Sommes-nous plus « fraternels » en France ? Il existe heureusement des initiatives privées remarquables qui font l’honneur de la France tels « les restos du cœurs », « les Compagnons d’Emmaüs », « le secours catholique » etc…Poussés par les citoyens qui sont autant d’électeurs, les hommes politiques doivent aussi engager l’Etat dans les actions et aides sociales, à telle enseigne que les choix budgétaires sont souvent l’objet de confrontations passionnées. Selon leur « couleur politique », les responsables seront accusés de faire « trop » ou « pas assez de social » ! Il suffit de suivre les débats politiques actuels autour de l’élection pour la Présidence de la République !
Mais ces discussions se prolongeront certainement bien au-delà de l’échéance électorale…Les questions sociales ne sauraient être réglées de manière purement « technique » par des engagements seulement financiers. Le problème est plus vaste et bien plus profond.
Rudolf Steiner (se référer au site http://radher@free.fr) fut le premier à aborder ces problèmes sous un angle vraiment nouveau. Dans son enseignement, il a souligné que l’être humain n’était pas seulement un être physique, matériel, mais qu’il avait aussi une « réalité intérieure (son âme, son espace d’émotions) » et une « réalité spirituelle, transcendante (sa pensée, son espace de réflexion) ». Ce n’est qu’en intégrant ces « paramètres », qu’on arrivera à comprendre l’être humain et ses besoins réels. Partant de là, Rudolf Steiner a ouvert une multitude de « pistes » pour solutionner les divers problèmes sociaux, en soulignant toujours « qu’il n’existait pas une solution définitive pour tous les temps et tous les lieux. Les solutions devront être diversifiées géographiquement, historiquement, socialement. En étudiant l’Anthroposophie fondée par Rudolf Steiner, patiemment, en profondeur, sans préjugés (mais en gardant son propre jugement), on peut vraiment découvrir des points de vue d’études passionnants qui nous poussent à réfléchir… Car ce n’est qu’à partir de la réflexion, que l’on peut aboutir une action ciblée et efficace.
A titre d’encouragement à l’étude de l’œuvre de Rudolf Steiner, reprenons, dans le cadre de cet article sur les « idéaux républicains », les trois « piliers » pour les éclairer, très sommairement, à la lumière de l’Anthroposophie.
Pour Rudolf Steiner (lire son ouvrage fondamental « La philosophie de la liberté »), la liberté attachée à la seule dimension physique est illusoire. Une réflexion personnelle vraiment objective nous prouvera, que dans notre organisation physique nous sommes en faits toujours « conditionnés de l’intérieur comme de l’extérieur », le conditionnement intérieur étant celui de nos émotions, nos sentiments etc.. Nous sommes entraînés, poussés par nos émotions…Ce n’est donc finalement que par sa dimension « spirituelle » (sa capacité de pouvoir « penser ») que l’être humain peut s’exercer à une véritable liberté : celle de choisir personnellement et en toute liberté le motif de sa pensée et y concentrer toute son attention, avec toute son énergie (sa volonté). Selon le degré d’intensité de ce « travail » (car cela suppose un effort personnel !), cette activité sera « une réflexion personnelle », « une contemplation personnelle » ou encore une « méditation personnelle ». Voilà par ex. un exercice personnel où toute individualité pourra faire l’expérience de ce qu’est une vraie liberté !
Sur quel plan se place « l’égalité » ? Les êtres considérés seulement sous l’aspect physique, ne sont jamais égalitaires. Les gènes, l’hérédité, l’environnement géographique etc. font qu’il existe une diversité donc une inégalité. Si on prend cependant en compte la dimension « spirituelle » (la faculté du « penser ») de l’être humain, on retrouve une égalité. En tant qu’êtres spirituels, tous les hommes sont « des esprits qui sont capables de réfléchir ». Il ne faudrait cependant pas confondre la « capacité de réflexion » avec l’approche conventionnelle de ce que l’on entend par « intelligence » ou « QI » ! Les problèmes existentiels sont souvent mieux compris dans le cadre d’une bonne réflexion que sous une optique « intelligente, parfois très intellectuelle, donc abstraite » !
Quant à la « fraternité » cet « idéal » reste souvent assez flou. La « fraternité humaine » est une notion assez aléatoire. Elle peut être abordée sous un angle religieux : les êtres humains sont des « créatures de Dieu » et doivent donc être solidaires. Sous l’angle laïc, la morale républicaine décrète la solidarité humaine comme une base essentielle pour la paix sociale.
Comment peut-on intégrer les idéaux républicains dans le contexte social, en tenant compte de la spécificité humaine ? A partir de son analyse, Rudolf Steiner propose trois pistes. La liberté appartenant au « domaine de l’esprit » , toute organisation sociale doit assurer à tous les citoyens, à tous les individus une « liberté d’esprit totale, inconditionnelle. Cela concerne la liberté d’opinion, de croyance, d’éducation, d’art et tout ce qui est du domaine de la pensée, tout ce qui nourrit ou favorise son développement.
Pour ce qui est de l’égalité, l’Etat doit garantir celle-ci pour la protection de chaque individu. Mêmes droits, mêmes devoirs avec un souci particulier pour les plus défavorisés . C’est le devoir étatique de juridictions et d’exécutifs adéquats.
La « fraternité » est placée, par Rudolf Steiner sous un angle inattendu et spécifique : elle devrait, selon lui, s’appliquer au domaine économique. L’économie devrait être au service de l’homme et subvenir à ses besoins. Au besoin de tous ! Et il devient dès lors évident que l’économie libérale fondée sur la concurrence et la course au profit, ne saurait à long terme exister, sans créer de plus en plus de conflits sociaux. L’accumulation de richesses pour une minorité, l’indigence, la misère pour la majorité, ne pourront contribuer à une paix sociale durable. Rudolf Steiner a souligné que la concurrence, une forme de guerre sociale dans la vie commerciale, était néfaste à l’individu et à la société. Seules la coopération et la collaboration pour des projets communs pour toute la société humaine peuvent contribuer à « fraterniser » les hommes. La seule concurrence « positive » est celle du domaine de « l’esprit » : par une émulation parmi les chercheurs par ex. pour trouver « les bonnes idées », les inventions utiles pour le bien de tous les hommes ! Et les « idées » sont « gratuites » car elles viennent « d’en-haut »… Les « chercheurs » ne pourraient « trouver » sans le « monde de la pensée », qui est d’ordre spirituel.
Nous terminerons ces quelques « réflexions » qui ne prétendent nullement traiter les sujets en profondeur, mais qui voudraient encourager les personnes « pensantes et responsables » à aborder les écrits de Rudolf Steiner, en citant P. Archiati (un auteur anthroposophe qui a étudié à fond l'oeuvre de R. Steiner) qui résume ainsi les thèmes abordés :
" Dans la vie professionnelle d’aujourd’hui, l’homme a surtout besoin de courage, le courage que ne peut conférer que l’amour. Le matérialisme se caractérise par un manque d’amour pour l’homme, car il paye le travail comme une marchandise et de ce fait traite l’homme lui-même comme une marchandise.
L’homme aspire à la liberté pour développer ses aptitudes et il a besoin d’une aide fraternelle pour subvenir à ses besoins. Il vit sa dignité dans l’égalité de tous les hommes. "
16:15 Publié dans Choix de société, choix de vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : liberté, égalité, fraternité, vie sociale, esprit, âme, Rudolf Steiner
