18.05.2007
Entre le matérialisme et la spiritualité...Le mystère de l'être humain.
A propos…Foire des livres, forum de toutes les idées ?
Une « foire des livres » est, au-delà de l’aspect purement commercial, un évènement culturel important. Découvrir les ouvrages récents, rencontrer les auteurs connus grâce aux médias, peut être passionnant. Echanger quelques propos avec eux, obtenir une petite dédicace du livre acheté, reste un souvenir sympathique. Mais les moments les plus précieux sont souvent ceux des conférences et des débats publics proposés lors de ces foires. Entendre et voir les auteurs exposer leurs points de vue sur des sujets actuels, notamment les problèmes de société, ouvrent des perspectives sur les mentalités actuelles. Les livres proposés ne reflètent-ils pas « l’air du temps » ?
Une des conférences fut assez originale, car il s’agissait d’une conférence « en duo » des frères Kahn (Jean-François K., le journaliste et fondateur de « Marianne » et Axel K. le « scientifique »). Le thème choisi était assez classique : celui du progrès…Les conditions et les limites du progrès… Le progrès « pour ou contre » l’homme ? Les deux frères, alternativement, proposèrent donc leurs points de vue : J.F.K. toujours véhément et passionné, soucieux de défendre la liberté et la dignité humaine…Axel K. donnant son point de vue scientifique et rationnel. Les avis croisés furent complémentaires, les deux frères proposant une analyse pluridisciplinaire des notions d’évolution et de progrès. Il en ressortait finalement que l’évolution impliquait le progrès, mais que ce dernier était relatif : ce n’est que dans une finalité profitable à l’émancipation de l’être humain que le progrès a un sens, sinon il devient une aliénation. Entre autres exemples, le problème des manipulations génétiques (OGM) devra être analysé et jugé afin de définir, tous critères confondus, la part de risques encourus ou d’effets bénéfiques pour l’humanité.
Dans une autre conférence tenue le lendemain , sur le thème « l’homme, ce roseau pensant… » Axel Kahn rappelait que « l’Homo sapiens » que nous sommes tous, présentait une « affligeante banalité biologique et génétique » (notre proximité avec les grands singes, sur le plan génétique, étant de 98,7%.. !) Restent les 1,3% qui font que l’homme est une créature spécifique et toujours étonnante qu’il est difficile de réduire à la seule matérialité. Comment comprendre les sentiments humains, l’idée de transcendance, le besoin de bonheur, d’amour, de liberté, de sacré et de tout de qui constitue « le propre de l’homme », en réduisant « ses états d’âme » à des phénomènes d’ordre purement naturel, physique ? Selon l’approche d’Axel K. on peut être admiratif, mais il faudrait se garder de tirer des conséquences trop hâtives quant à une éventuelle transcendance de l’être humain. On retrouve là une attitude classique du scientifique matérialiste honnête, « réaliste et prudent », condamné à un jugement qui ne peut qu’osciller entre « l’admiration, la volonté de vouloir comprendre et de douter continuellement ». On peut dire que l’approche de ces thèmes par Axel K. reste assez révélatrice du caractère quelque peu dogmatique des scientifiques de notre temps. Axel Kahn se dit « matérialiste » tout en reconnaissant que jusqu’à un passé pas tellement éloigné, les scientifiques n’étaient nullement opposés à une idée d’une transcendance possible, à l’existence d’une spiritualité…
N’est-il tout de même pas curieux que les scientifiques ne s’interrogent pas davantage sur les « 1,3% » qui font que l’être humain est l’Homo sapiens, ce « roseau pensant » qu’Axel Kahn évoque dans son livre.. et non « un grand singe » ?…Si le cerveau physique génère vraiment les pensées, le cerveau des grands singes devrait aussi en générer ! Or, cela reste à démontrer, car à ce jour, il n’existe pas de singe philosophe ou écrivain ! La génétique suffit-elle à expliquer le mystère du « penser » humain ? La pensée est-elle vraiment « fabriquée » par le cerveau physique humain ? L’homme génère-t-il des pensées ou les « reçoit-il d’en haut », comme l’entendait par ex. Platon qui parlait d’un « monde des idées » où l’être humain pouvait les puiser, pour en faire « ses idées » ? Dans cette hypothèse les idées ne seraient pas d’essence matérielle mais spirituelle et l’homme capable de les « capter » devrait avoir au moins une « certaine affinité » avec « ce monde spirituel où il puise ses idées »…Pourquoi une telle hypothèse serait-elle moins valable que celle qui décrète que le cerveau génère les pensées ? A ce jour la science sait que le cerveau humain émet des ondes mesurables, d’amplitudes variables selon les individus…Mais il n’est pas prouvé, par là, que ces ondes soient les pensées elles-mêmes quant à leur contenu ! On sait que l’être humain peut, par son « activité pensante », « avoir des idées », il peut « chercher et trouver parfois de bonnes idées ». Reste la question essentielle : est-ce vraiment lui qui génère ces idées ou « s’ouvre-t-il à elles » ? Le fameux « Eureka » aurait alors la signification de « j’ai trouvé la bonne idée ! » dans le « monde des idées » tel que l’entendait Platon… !
Le débat reste ouvert : et si le cerveau, telle une radio, qui transmet les ondes mais ne les génère pas, ne faisait que « refléter, transmettre des réalités spirituelles hors des contingences matérielles ? » Cela pourrait aussi être une possibilité !... N’est-il pas curieux que les scientifiques, qui par définition, devraient être ouverts à toutes les hypothèses, se ferment à cette dernière, par une vision unilatéralement matérialiste ? L’approche matérialiste définit-elle toute la réalité ou n’en décrit-elle qu’une partie ? La « vérité scientifique, basée sur le matériel » est-elle l’entière et l’unique vérité ? La réalité se limite-t-elle vraiment à celle du monde matériel physique ?
Autre conférencier, autre thème : le philosophe Luc Ferry sur le thème de son livre « Familles, je vous aime ». Dans un premier temps il expose la notion de famille et du sens du mariage au cours de l’évolution sociologique. Autrefois défini comme une association d’intérêt de groupe, de puissance, le mariage d’amour, tel que nous le concevons de nos jours, est une résultante d’une réforme sociale profonde, celle de l’accès au salariat. Par le salaire, l’individu accède à une forme d’autonomie qui lui permet d’échapper à la pression communautaire, lui conférant une nouvelle liberté : celle de se déterminer selon ses sentiments, ses choix. C’est l’accès possible au « mariage d’amour »…
Luc Ferry explique alors que les grecs avaient trois termes distincts pour la notion « amour » : « Eros » (l’amour physique pulsionnel, sexuel), « Philia » (l’amour « sentimental ») et « Agàpe » (amour transcendé, l’amour fusionnel total). Aujourd’hui une union se fait en toute liberté, par affinité, par « sentiment », ce qui amène aussi une possible précarité du couple, qui n’est plus soumis, comme jadis, à une quelconque contingence pécuniaire ou à une dynamique d’appartenance à une communauté, à un groupe. Ce qui induit aussi conséquemment la possibilité de séparations, de divorces…On sait qu’actuellement en France, un couple sur deux divorce à plus ou moins brève échéance …
Puis Luc Ferry arrive à la notion et à la valeur de la famille d’aujourd’hui. Il constate que la famille moderne constitue l’ultime lieu « sacralisé » pour lequel l’homme contemporain serait prêt à se sacrifier. Alors qu’autrefois les hommes étaient prêts à mourir pour leur Dieu, leur foi, leurs croyances… par la suite pour leur patrie, leurs convictions politiques, leurs idéaux, l’homme d’aujourd’hui « sacralise son enfant »… Que l’enfant soit de caractère « facile ou difficile », « qu’il soit gentil ou exaspérant », nous l’aimons au point de lui sacrifier, si besoin en était, notre propre vie. C’est « l’enfant-roi ». Et Luc Ferry souligne qu’il ne s’agit là d’aucun réflexe individualiste mais plutôt d’un nouvel humanisme mettant la personne au centre de toutes les valeurs autrefois attribuées à la religion ou à l’Etat. Il poursuit en soulignant que lui-même n’avait fait cette expérience du sentiment paternel inexplicable que la quarantaine passée…Son livre repose donc entièrement sur son expérience personnelle. Cela est sympathique et – de l’aveu même de Luc Ferry, complètement irrationnel ! Voilà qui est quand même intéressant pour un homme qui se dit « non-croyant et rationnel » !
A la fin de la conférence, Luc Ferry propose un débat, un échange d’idées… Un intervenant soumet les remarques suivantes :
-Revenant sur la notion de « mariage d’amour » et sur la remarque de L.Ferry qu’un mariage sur deux est actuellement voué à l’échec, se pose la question si cet échec n’était pas dû en partie, au fait que la notion d’amour se déclinait aujourd’hui souvent dans la seule définition « d’Eros » au lieu d’y associer progressivement celles de « Philia » et « d’Agàpe »…Un amour fondé uniquement sur Eros (c. à d. seulement sur la sexualité) n’est-il pas forcément condamné à l’échec, à long terme ?
-réponse de L.Ferry : la remarque sur l’insuffisance de l’amour uniquement basé sur « Eros » est pleinement justifiée et lui rappelle « une des plus belles encycliques du Pape Jean-Paul II sur l’amour humain ». Dans cette encyclique le Pape écrit que l’amour humain doit s’efforcer de dépasser le stade de l’égoïsme limité et enfermé dans la seule dimension physique de l’amour, pour tendre vers « un amour total, vers Agàpe », selon le terme grec…
-La « sacralisation de l’enfant » n’est-elle pas due d’une part au fait que l’enfant est vécu par ses parents comme leur « prolongement » (on se « retrouve » dans « son » enfant), et d’autre part au fait qu’ils y « trouvent » le miroir de leur propre transcendance ? Cette disponibilité « sacrificielle » des parents pour leur enfant n’est-elle pas un indice de la nature « sacrée » de l’être humain ? Cet être humain dont l’enfant leur renvoie leur propre image .. ?
Luc Ferry ne considère pas l’enfant comme un prolongement de soi-même.. Le besoin de le sacraliser s’inscrit dans une « attitude parentale spécifique », dans une disponibilité au sacrifice propre à l’être humain…Ce qui, apparemment, ne s’explique pas, donc reste irrationnel !
Puis l’intervenant conclut : « l’amour désintéressé pour ses enfants dont vous avez parlé dans votre conférence, ramène à mon souvenir une phrase du grand penseur Rudolf Steiner qui a dit que l’homme aura beaucoup progressé le jour où il aimera toute l’humanité comme il aime ses propres enfants ».. Luc Ferry approuve la belle phrase qui étend la qualité de l’amour parental, dans un lointain avenir, à toute l’humanité.
Ce qui est rapporté ici, pourrait être d’un intérêt simplement anecdotique. Ce qui, par contre, semble plus intéressant, c’est le « phénomène culturel » lui-même. Un journaliste, éditorialiste comme J.F.Kahn, un scientifique comme Axel Kahn, un philosophe comme Luc Ferry veulent « comprendre l’homme, la société, les enjeux et problèmes de notre temps ». Et chacun pousse son analyse jusqu’aux extrêmes limites de ce qui est possible par l’approche physique, matériel…Mais finalement tous les trois aboutissent à des hypothèses, où tout devient assez « cérébral », abstrait et finalement très subjectif. On se donne l’illusion d’avoir compris …Tout semble assez simple.. Mais la vie et les problèmes de la vie ne se conjuguent-ils que sur une approche matérielle, physique ? Notre activité pensante qui est la source même de notre connaissance, se réduit-elle à une activité purement physique ? Penser, ressentir, vouloir, ne participent-ils pas essentiellement de la « vie intérieure de l’individualité humaine », qui échappe à l’approche purement rationnelle ? Peut-on réduire ces activités à leurs seules dimensions physiques sans en altérer leurs véritables contenus ? Le « miracle homme » , ces 1,3% qui différencient l’être humain de son « proche parent » que semble être le grand singe le plus évolué, n’est-il que l’aboutissement du « hasard et de la nécessité » (tel que le proclamait J. Monot) ? Aujourd’hui on est, à juste titre, curieux de tout, on a accès à une multitude de connaissances, mais souvent on ne s’étonne plus des phénomènes qui nous sont les plus proches ! Notre état de conscience, notre possibilité de connaissance, notre « être » ne reposent-ils pas essentiellement sur notre aptitude à pouvoir « penser »…Que savons-nous sur la nature véritable de notre pensée, cette pensée sans laquelle « nous ne serions pas » ? Et si la pensée était « la clef d’accès » à la compréhension de notre véritable être et pouvait nous prouver notre transcendance par rapport au seul monde matériel ?
Le penseur visionnaire Rudolf Steiner (cf. le site radher@free.fr) avait prévu, dès l’aube du 20ème siècle, les dérives d’une société engluée de plus en plus dans le matérialisme. Son enseignement qui analyse l’être humain dans sa complexité et le définit comme un être essentiellement spirituel, expose clairement où résident les racines des problèmes de la société actuelle. Si l’être humain s’éloigne de sa véritable nature, en s’immergeant complètement dans une vision matérialiste, il se trouvera confronté à une multitude de problèmes qui lui apparaîtront comme insolubles. Le matérialisme unilatéral qui domine pour une large part la société d’aujourd’hui, devrait nous réveiller à notre véritable nature, notre être profond. Ce sont précisément les nombreuses difficultés, les crises d’une société qui ne trouve plus ses repères, qui devraient nous faire réfléchir… En refaisant confiance à notre capacité de penser, de réfléchir, nous nous poserons de nouveau les questions que des générations de penseurs et de savants se sont posées à travers les siècles : qui suis-je vraiment ? Quel est le sens de ma vie ? La mort est-elle la fin de mon existence ou n’est-elle qu’une étape de mon développement ? Le matérialisme n’est-il qu’une illusion ? L’éternelle question « être ou ne pas être » peut aussi se poser ainsi : l’être humain est-il d’essence spirituelle (donc éternel parce que non soumis à la finalité matérielle) ou matérielle (donc limité dans le temps et l’espace) ? L’enjeu est important et mériterait qu’on y réfléchisse !...L’œuvre de Rudolf Steiner peut, dans cette recherche, être d’une grande utilité.
10:30 Publié dans Forum de la pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : spiritualité, matérialisme, être humain, Rudolf Steiner, liberté, Anthroposophie, amour
12.04.2007
"L'affaire du tombeau de Jésus"...Un symptôme de notre temps
La tombe de Jésus découverte ?
Une polémique sur le choix : Jésus ou Jésus-Christ ?
En février 2007 le « Figaro » écrivait : « la présentation du documentaire La tombe perdue de Jésus, réalisé par l’Américain James Cameron, à qui l’on doit Titanic et Terminator, a déclenché une vive polémique en Terre Sainte ».
Quelle était la source de ce débat ?
En 1980 des archéologues américains et israéliens avaient découvert - en se basant soi-disant sur les « sources historiques » des Evangiles – lors de fouilles dans le quartier de Talpiot situé à quelques kms de la vieille ville de Jérusalem, un tombeau portant, parmi d’autres inscriptions, celle de « Jésus fils de Joseph »…A partir de là, poussés par des motivations pour le moins contestables, certains « spécialistes » présentèrent bientôt leurs hypothèses assez fantaisistes, comme des preuves scientifiques…Ces spéculations, soutenues par des médias peu scrupuleux, furent rapidement « formatées » et présentées comme des « découvertes sensationnelles » mettant en doute ce qui forme la base-même du Christianisme, à savoir la résurrection de Jésus/Christ.
Cette « remise en cause » se concrétisa, outre des articles divers publiés à cet effet, dans la réalisation d’un documentaire produit par James Cameron et réalisé par l’Israélien Simcha Jacobovici. Le lancement du film profita de la « longue expérience hollywoodienne » experte en publicité et marketing. Nul n’a oublié les efforts qui furent déployés pour le lancement de films tels « La dernière tentation du Christ », « Titanic » ou « Da Vinci Code »…Pour souligner le « courage et l’intégrité de son propos », James Cameron n’hésite pas à affirmer, lors d’une conférence de presse à la Public Library de New York : « En tant que documentariste, je ne dois pas avoir peur de chercher la vérité… » en ajoutant la présence de « preuves tangibles et inédites » de l’existence physique de Jésus…
Ce « documentaire » se présente comme un véritable « scoop » et sera très rapidement programmé sur la chaîne câblée Discovery Channel. Et personne ne saurait contester le « caractère exceptionnel » du film : présenter pour la première fois le « tombeau de Jésus, de Marie-Madeleine (son épouse..) et de « leur fils » Judas… ! Une « tombe familiale » ordinaire comme il y en a tant en Israel…Cette « révélation » est d’autant plus sensationnelle qu’elle pourrait, de par sa symbolique, être traduite par « que de choses, en peu de mots, sont dites .. ! « Jésus, un juif ordinaire, enterré avec son épouse et leur fils »…Balayée tout velléité de Christianisme, toute espérance en un " Jésus-Christ ressuscité !".
Nous laissons aux lectrices et lecteurs intéressés par les détails de « l’affaire de la tombe de Jésus », le soin de s’informer directement sur ce sujet sur les nombreux sites sur internet.
Les « preuves » pseudo-scientifiques évoquées par le documentaire de James Cameron ont été largement réfutées depuis par le monde scientifique. Un professeur de mathématique de l’université de Toronto a calculé que la probabilité que le tombeau de Talpiot soit celui de Jésus est de 600 contre 1 !!
Ce qui nous semble bien plus significatif, ce sont les polémiques que ce soit-disant « scoop » a occasionnées.
Au-delà du « fait divers » et de « l’effet d’annonce », les passions et les affrontements suscités sont autant de symptômes d’une société qui cherche ses repères. « L’affaire du tombeau » est devenue la pierre d’achoppement où « croyants et non-croyants » défendent farouchement leurs points de vue.
Et ces affrontements sont révélateurs de notre monde actuel où le regard et la dynamique matérialistes envahissent de plus en plus le monde, avec tous les effets de déshumanisation qui en découlent. Dans les sociétés humaines, athées et croyants de toutes obédiences, se trouvent confrontés à la précarité et aux peurs qui en découlent. Les premiers sombrent souvent dans la dépression ou se défoulent dans la violence…les seconds survivent souvent grâce à une espérance de transcendance, de protection, d’immortalité, en s’appuyant sur « leur religion » ou « leur spiritualité personnelle ».
Lors de discussions passionnées les « certitudes personnelles » s’affrontent, les doutes intimes se traduisent souvent par des comportements d’ironies, parfois de violences. On s’accroche à ses certitudes comme à une bouée de sauvetage. Le matérialiste, l’athée dénonceront toutes formes de religion ou de croyance comme une fuite devant la réalité, comme une réponse illusoire de l’individu qui a peur devant une mort inéluctable inscrite dans son futur. Face au « réalisme matérialiste », le « croyant » ne peut que se réfugier dans « son intime conviction » qui peut être mise à rude épreuve lors d’évènements douloureux dans sa vie. Les points de vue du « scientifique » par vocation tributaire de la réalité matérielle et du « croyant » par tradition ou conviction semblent donc a priori inconciliables. Dans un passé pas tellement lointain, cela ne fut pas toujours le cas. Les « ancêtres » des scientifiques admettaient encore deux réalités spécifiques, celle du physique et celle du spirituel. Le philosophe allemand E. Kant (1724-1804) fut le premier à dissocier la réalité matérielle objective qui est le domaine d’études des sciences et le « domaine spirituel » qui est du ressort du « subjectif » donc du non- vérifiable, donc par là-même du « non-réel. Depuis, l’approche scientifique est devenue essentiellement matérielle : tout ce qui ne peut être étudié concrètement, analysé, disséqué, soumis à l’expérimentation reproductible, n’existe pas. Le spirituel n’a pas d’existence matérielle, donc il est une fiction pour le scientifique…
Dans cette dynamique, le « croyant » n’a aucune crédibilité, puisqu’il ne peut « prouver ou démontrer » ce qu’il affirme. Et «le scientifique » pourra même affirmer que les sciences ont un caractère d’universalité, parce qu’elles se basent sur l’objectivité. Au-delà des affrontements des « thèses scientifiques qui devront prouver leur caractère de véracité par l’expérimentation », les scientifiques pourront toujours s’accorder, parce que leur approche est basée sur la réalité matérielle qui est la même pour tous. Cela n’est certes pas le cas parmi « les croyants » dont les « articles de foi » sont aussi divers que divergents voire contradictoires ! Leur seul point commun est l’affirmation d’une transcendance que personne ne peut cependant « prouver ». Cette situation fait que cette incapacité peut pousser des croyants à des réactions de violence, en cas de conflits.
« L’affaire du tombeau » est symptomatique pour ce genre de conflit. Quels sont les acteurs de ce conflit ? D’abord ceux qui sont à l’origine de « la provocation » : des archéologues, James Cameron (un représentant de « l’organisation médiatique hollywoodienne » , Simcha Jacobovici le réalisateur israélien (non chrétien) et divers spécialistes des médias plus préoccupés par le business que par le souci de vérité…Le « documentaire » n’est donc, a priori, pas réalisé par des sujets en sympathie ou en empathie avec le monde chrétien. Prouver l’existence matérielle de la « tombe quasi familiale » de Jésus, c’est détruire du même coup toutes les bases de la foi chrétienne , selon la lettre de Saint-Paul (I.Cor.,14/15) : « Mais si le Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vide, vide aussi notre foi….. ».
Face à cette menace mortelle, le monde chrétien ne peut que s’insurger avec véhémence. Cependant les représentants et responsables de la mouvance chrétienne sont dans une situation de plus en plus difficile. Dans un monde matérialiste, de plus en plus de croyants sont pris de doutes, sont déstabilisés face à un monde scientifique qui se fait fort de tout démontrer, surtout quand il s’agit de prouver que « seul le matériel est vrai » ! Dans le monde dit moderne, l’individu est sans cesse placé devant le dilemme : se plier « aux certitudes affichées des scientifiques » et trahir ses convictions (ou espérance intérieure), ou conserver sa foi quitte à vivre dans une continuelle duplicité ? L’évidente suprématie du monde physique, la réalité directe, emportera toujours, dans un premier temps, une victoire sur le spirituel. Et à tout moment le croyant sera placé devant cette « tentation ». Ce qui pousse les responsables religieux à plus de vigilance, parfois à l’intégrisme et ses dérives…
Dans notre monde occidental, les conséquences d’un matérialisme qui a envahi toutes les activités sociales, se révèlent de plus en plus fatales pour l’individu. Déstabilisés dans une société souvent déshumanisée, les hommes sont en nombre croissant en « recherche de spiritualité », en « quête de connaissance sur le sens de leur vie ». Certains se dirigent vers le Bouddhisme ou d’autres spiritualités orientales, d’autres vers des sectes diverses…Ce phénomène traduit pragmatiquement que l’être ne se réalise pas dans l’unique matérialité.
« L’affaire du tombeau » est bien révélatrice de l’affrontement entre le matérialisme athée qui met tous ses efforts à vouloir « démontrer » l’ineptie d’une prétention à une quelconque transcendance, et les « spiritualistes » qui défendent avec acharnement leur « foi » qui est pour eux un besoin profond et vital. Les premiers s’appliquent à réduire le « fait christique » à la seule dimension physique, donc éphémère de « Jésus de Nazareth ». Les seconds affirment leur foi en « Jésus-Christ » c.à d. en « Jésus-homme mort sur la croix, enterré et ressuscité comme Christ Rédempteur pour tous les hommes ». La différence est de poids et explique les émotions des tenants et adversaires du Christianisme !
Sciences et spiritualité sont-elles irréconciliables ? L’attitude « kantienne » est-elle fondée à jamais, est-elle irréversible ?
Peut-on introduire de la science dans la spiritualité et inversement redonner à la science une approche spirituelle ?
Cela semble irréaliste…Et pourtant…L’œuvre de Teilhard de Chardin (1881-1955) s’efforce de rapprocher spiritualité et science. De même, l’écrivain et philosophe visionnaire Rudolf Steiner (1861-1925) a fondé une « science spirituelle » qualifiée aussi « d’Anthroposophie » (du grec Anthropos=l’homme et Sophia=sagesse/ donc lit. « la sagesse de l’homme »). Dans des centaines de conférences (publiées dans plus de 450 livres et publications diverses, accessibles au grand public), R. Steiner a ouvert des perspectives nouvelles où science et spiritualité se complètent au lieu de s’affronter. Pour lui l’aspect physique et l’aspect spirituel, loin d’être contradictoires, sont complémentaires. En fait, les deux côtés d’une seule et même médaille. La réalité matérielle qui est tenue comme la seule vraie, parce que tangible et visible à l’œil humain est, selon l’enseignement de R. Steiner « sous-tendue « par la « réalité spirituelle »qui en est la véritable origine.
L’approche de Rudolf Steiner éclaire aussi d’une lumière toute nouvelle la compréhension du Christ qui, selon lui, au-delà des confessions diverses, est une « force spirituelle cosmique » qui est non seulement la force d’Amour fondatrice de l’être humain, mais aussi l’Esprit qui le guide au cours de son évolution. Un élève de Rudolf Steiner, Hans Erhard Lauer (1899-1979), a écrit un livre fondamental sur ce sujet : « L’Anthroposophie et l’avenir du Christianisme ». Les sujets abordés dans ce livre sont de la plus grande importance et répondent parfaitement aux interrogations de notre temps. Pour celles et ceux qui sont curieux d’aborder ces thèmes, nous recommandons le site sur free : http .//radher.free.fr
Ce site intitulé « Anthroposophie et Christianisme » est très intéressant car il est ouvert à tous et permet aussi – si besoin est – de poser des questions et de recevoir des réponses individuelles, en toute confidentialité. Il donne aussi des informations sur l’œuvre de R. Steiner ainsi qu’une courte biographie de H. E. Lauer.
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