26.10.2008
A LA RECHERCHE DU GRAND AMOUR?
Amour, amour, quand tu nous tiens!..Que de fois n’a-t-on, dans notre société, parlé, écrit, chanté sur le thème récurrent de l’amour!..Or, si on nous demandait de définir ce qu’est véritablement l’amour, nous serions peut-être embarrassés, car il s’agit d’une notion qui diffère selon les époques et les cultures. Elle varie aussi individuellement selon le niveau de culture. Si la représentation la plus répandue est celle qui assimile l’amour à son expression purement corporelle, physique, la sexualité, il en existe d’autres : l’amour maternel, paternel, filial.
Nous savons que dès le Moyen-Age, les troubadours et trouvères chantent « l’amour courtois » qui est chevaleresque et représente un idéal. Bien plus tard « l’amour romantique » tracera une vision passionnée et tourmentée de ce sentiment. A un tout autre niveau, celui par exemple des religions, existe une notion « d’amour divin » assortie, pour ce qui concerne le christianisme, d’une part sacrificielle: le Christ est mort sur la croix par amour pour les hommes. Quelle différence entre la représentation de l’amour comme expression du fait sexuel et celle du sacrifice volontaire…
Dans notre société occidentale contemporaine, essentiellement matérialiste, la représentation de l’amour a souvent pris les couleurs et l’aspect de l’atmosphère ambiante: la société dite de consommation porte en elle les images qui dictent son comportement. L’amour ravalé à son expression purement physique, matériel, devient un bien de consommation comme tous les autres. Sous cet aspect, l’amour peut s’acheter, se vendre. Ce « produit » est en fait une prestation de service: « faire l’amour » peut être une activité rémunérée, lucrative. Certes, cette expression sexuelle de la notion n’est pas nouvelle dans l’histoire de l’humanité, mais jamais dans le passé, il n’y a eu une telle industrie du sexe. Les produits dérivés allant des produits dits érotiques à la pornographie font partie d’une société en quête de plaisirs effrénés pour tromper son ennui et sa peur du vide…
Il est inutile de décrire les échecs que génère cette vision de l’amour. L’union charnelle de deux individus peut-être indéniablement une source de plaisir. Peut-elle à elle seule « créer l’amour »? Cela est moins sûre. L’union charnelle peut naturellement être une expression d’amour? Elle le peut mais n’en est pas le garant. Si l’on s’interroge si « faire l’amour » est une expression adéquate, on arrive rapidement à une impasse: cela supposerait qu’en accomplissant un acte sexuel on crée de l’amour…Est-ce la vérité ou y a-t-il confusion? N’y a-t-il pas là une illusion assimilant l’amour au plaisir partagé? Si on envisageait que chaque fois que l’on « fait l’amour », on créerait « sui generis » de l’amour, le monde regorgerait d’amour et serait bien le paradis sur terre! Or c’est loin d’être le cas. On doit donc en déduire que l’amour physique peut être l’expression d’un amour existant mais plus rarement en être l’origine ou le garant certain…Le nombre grandissant de couples en situation d’échec est une résultante directe d’une approche « amoureuse » uniquement axée sur la sexualité. Il semble qu’un partage apparent basé uniquement sur le corporel se révèle finalement comme une aventure souvent égoïste où un partenaire exploite l’autre ou même où les deux s’exploitent mutuellement…Or tous les égoïsmes finissent un jour dans un affrontement, donc tout le contraire d’une union.
Il semble donc qu’un amour idéal qui selon bien des poètes devrait durer « toujours » n’existe pas…ou alors il faudrait le chercher ailleurs…Comment s’imagine-t-on un amour parfait? Chacun de nous a sa propre vision de cet idéal car en fait, il faudrait d’abord se poser la question de savoir ce que signifie « aimer ». Un élément semble déterminant et ne saurait être, en toute bonne foi, contester: un véritable amour ne saurait exister sans liberté. Nul ne saurait nous contraindre à aimer quelqu’un. Et l’échec d’un « amour » uniquement basé sur la sexualité est forcément condamné à échouer car étant basé sur une « loi naturelle » qui est celle qui régit toutes les espèces vivantes dans la nature, elle se place objectivement dans une « loi de nécessité » et non de liberté. En fait « l’amour-libre » censé exister dans le domaine de la sexualité, est une fiction. En s’imaginant affirmer sa liberté en exerçant sa sexualité, l’individu ne fait que s’assujettir à une pulsion naturelle, primaire, inscrite dans son « animalité » pour assurer la continuité de l’espèce…Donc une nécessité et non une liberté. Où alors faut-il chercher l’amour, si toutefois il existe?
Si nous considérons l’histoire de l’humanité et les différentes cultures, nous pourrons constater que la signification du mot amour a beaucoup varié selon les âges. Nos très lointains ancêtres auraient certainement beaucoup ri, si on leur avait dit que le fait de s’accoupler était de l’amour! Ce n’est qu’au Moyen-Age qu’on trouve les traces de la notion « d’amour courtois », chevaleresque, magnifié à travers les textes des troubadours et trouvères. Cette expression de l’amour a fortement marquée l’occident. Bien plus tard naîtra en Europe « l’amour romantique », le triomphe du sentiment passionnel…Toutes ces approches nous livrent des visions partielles qui célèbrent l’amour, mais qui en définitive, ne parviennent pas à nous en faire découvrir les ressorts intimes. Alors où chercher?
La philosophie grecque qui est le berceau de notre pensée européenne peut, peut-être, nous donner une piste intéressante. Tournons-nous vers Platon: dans son écrit intitulé « le banquet » qui rassemble divers « discours de Socrate », on trouve dans les 6ème et 7ème discours, des textes concernant la vérité et la réalité de l’amour. Socrate souligne qu’il existe, en fait, différents niveaux d’amour. Il dit avoir été initié à ce mystère par Diotima (dont le nom signifie « celle qui honore Dieu) qui est une prophétesse-philosophe qui puise ses pensées à la source de l’amour divin. Et Diotima lui confie le grand secret sur l’amour et ses métamorphoses: de par son essence, l’amour s’enflamme au départ, au contact de tout ce qu’il peut voir et toucher, par exemple le corps d’un être humain. La dynamique de l’amour part du concret, du physique. Mais Diotima souligne que l’amour lié au corporel ne suffit pas à satisfaire le cœur humain. L’amour s’attache à la beauté..or la beauté corporelle est éphémère. Dès lors l’amour se cherche une dimension qui la soustrait au temporel et va essayer de s’attacher à la « beauté intérieure » de l’être aimé, « d’aimer son âme »…Puis cet amour peut encore s’élever et s’intéresser à l’individualité profonde de l’être, à sa façon de penser, à son esprit.
Nous ne pouvons, dans le cadre de ce bref exposé, étudier en détail, dans toute sa profondeur, le texte de Platon. Ce qui nous semble du plus grand intérêt, ce sont les pistes de réflexion qu’il ouvre.
Diotima, à travers le texte de Platon nous enseigne que l’amour humain naît au contact de la réalité corporelle, matérielle. S’il reste solidaire du seul « support physique », il s’inscrit dans la loi de tous ce qui est d’ordre physique, à savoir le vieillissement et l’anéantissement, l’éphémère. On reste, sur ce plan, confiné dans la vision matérialiste du monde et de l’individu en particulier. Un autre aspect est aussi évident dans la réalité physique: l’union de deux êtres est impossible car deux corps ne peuvent fusionner, chacun étant « prisonnier de son propre espace corporel ».
Mais dès lors que l’on envisage que l’être humain ne se définit pas seulement par son corps physique « extérieur », mais aussi par un « espace intérieur », celui dans lequel il vit sa propre vie sentimentale, émotionnelle, affective, ce qu’il est convenu d’appeler son âme et d’un espace encore plus intime qui est celui de son individualité profonde, son « moi » , ainsi que sa pensée, cet ensemble qu’on peut désigner par « son esprit », d’autres formes d’amour sont envisageables.
Dans cette approche trinitaire de l’individualité, l’amour peut entamer une évolution, une métamorphose, qui le portera de plus en plus haut, dans sa qualité profonde. Même un amour fusionnel devient possible, car les espaces de l’âme et de l’esprit ne sont pas ceux de l’espace physique! Reprenons encore une fois, sous une forme simple l’enseignement de Diotima: on commence par aimer le corps de l’autre, puis on apprend à aimer la chaleur de son âme et finalement la lumière de son esprit. Cette vision n’est-elle pas extraordinaire et « sage » dans l’acceptation philosophique? Loin de « condamner » l’expression corporelle de l’amour, elle invite au dépassement pour conférer à l’amour une qualité transcendante et éternelle! A partir du stade primaire de l’expression amoureuse corporelle, qui est utile, nécessaire, mais qui par sa nature et sa fonction est liée à une nécessité, donc à une « non-liberté » et à un égoïsme individuel ou partagé, l’amour peut dépasser ce stade par une libre résolution individuelle. Plus encore, il devient possible de prouver à « l’autre » que je n’aime pas seulement son corps qu’il me serait possible « d’exploiter égoïstement », mais aussi son âme et son esprit! Des niveaux et dimensions qui dépassent le temps et l’espace!
Un autre aspect devient dès lors évident: en se plaçant aux niveaux de l’âme et de l’esprit, l’expression amoureuse prend d’autres couleurs, de nouvelles qualités insoupçonnées. L’amour devient dans tous les sens du terme, « pur, altruiste, désintéressé », car dans ces dimensions il devient pratiquement impossible « d’exploiter l’autre »: on l’aime « gratuitement » pour ce qu’il est, pour ce qui l’intéresse, pour ce qu’il aime. Au lieu de prendre, on s’oublie soi-même pour donner sans compter sur un retour. Ce cheminement de l’amour devient plus compréhensible si on médite les paroles de Jésus qui dit: « aime ton prochain comme toi-même ». Que signifient ces paroles? Elle signifie qu’il faut commencer par s’aimer soi-même pour ensuite arriver à aimer l’ autre. Le premier stade de l’amour passe par « l’amour égoïste » qui est un passage obligé. Là, se situe aussi les expressions d’amour attachées au corps, au physique. Mais si l’amour reste ancré à ce niveau, il en subi fatalement les conséquences c. à d. qu’il restera au niveau de l’égoïsme, qui par la dynamique qui s’y rattache, va l’éloigner de l’autre…L’amour, pour durer, doit surmonter les forces inhérentes à l’égoïsme pour les métamorphoser en « altruisme », en intérêt et en amour pour l’autre. A partir de là, il sera aussi possible d’étendre cet amour à tous, selon le précepte: « aimez-vous les uns les autres » tel que l’enseigne Jésus-Christ.
La culture grecque, à ce titre, est riche d’enseignements et il serait bien dommage de la reléguer au rang « d’antiquité »…Elle était bien plus apte à exprimer la complexité du mot « amour ». Aussi avait-elle trois expressions distinctes pour désigner ce que, de nos jours, on exprime unilatéralement, indistinctement par le terme amour: eros, philia et agape. Eros signifiait l’amour lié au corps, philia l’amour lié à l’âme (amitié, affinité sentimentale, sympathie..) et agape l’amour parfait lié en quelque sorte à l’esprit puisque cet amour se devait d’être libre et idéal. Cette dernière forme d’amour, souvent désignée comme « l’amour platonique » a été souvent mal comprise par nos contemporains. En fait elle a trouvé sa pleine signification dans le message christique évoqué plus haut.
Cet exposé serait incomplet sans l’évocation d’une forme d’amour toute spéciale et hors norme: l’amour comme forme de recherche d’idéal, dans la vie religieuse. Il existe des hommes et des femmes qui, dans un engagement personnel et libre, font vœux de pauvreté et de chasteté. Par cette démarche, ils renoncent donc à une forme d’amour charnel, pour tendre vers un autre idéal qui leur semble plus valable. Ils veulent être entièrement au service des autres, notamment des plus pauvres, des plus démunis. C’est dans ce cadre que s’inscrivent des personnalités telles que sœur Emmanuelle ou encore l’abbé Pierre…Si elles sont devenues tellement populaires, ce n’est pas seulement du fait des médias, mais parce qu’elles étaient des « révoltées » incommodes pour les autorités, mais entièrement au service de ce qu’elles estimaient être juste et bon pour les êtres humains. Un espoir et une lumière pour tous ceux et celles qui sont désespérés de vivre dans un monde de plus en plus inhumain et où seul compte l’argent, la puissance matérielle…
Les personnalités qui ont laissé de magnifiques exemples d’abnégation et d’humanité, nous dévoilent encore un autre mystère attaché à l’amour: c’est en donnant que, involontairement, on s’enrichit! Le grand penseur visionnaire autrichien, Rudolf Steiner, a évoqué cet aspect de l’amour dans diverses conférences. Il l’illustre par une image qui, à première vue, semble complètement absurde. Il dit en substance: imaginez deux verres, l’un vide, l’autre plein d‘eau…On vide peu à peu le contenu du verre plein dans le verre vide…Et voilà que loin de se vider, ce verre continue sans cesse à déverser l’eau…C’est une illustration de l’amour véritable: en donnant sans compter et sans espoir de retour, l’être humain s’enrichit par une loi inhérente au véritable amour! Car le don de l’amour est toujours désintéressé, gratuit, jamais il ne recherche un avantage. Le premier épître de St-Paul aux Corinthiens (13/4-7) illustre magnifiquement l’amour parfait: « L’amour est patient, serviable est l’amour, il n’est pas envieux, il ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas, ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas compte du mal, ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité… ».
On aura compris que le véritable amour suppose un chemin long, une prise de conscience sans cesse plus vigilante de la réalité du monde où nous vivons et de nous-mêmes. On ne « fait pas l’amour », on le construit, jour après jour, en aimant « l’autre » dans sa spécificité, dans ses qualités et ses faiblesses, pour l’aider à vivre et à avancer sur sa route. L’amour de l’autre est la clef du bonheur véritable et de l’épanouissement pour tous.
17:10 Publié dans Forum de la pensée | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : amour, couple, sexualité, bonheur, spiritualité, Rudolf Steiner, philosophie
25.04.2007
Crises de société ? Symptômes d'une dérive profonde ?
Nous percevons aujourd’hui, dans tous les domaines de la vie sociale, des crises qui sont autant de symptômes d’un malaise profond. Notre société, souvent repliée sur elle-même, s’est habituée à vivre dans un monde chaotique, de plus en plus inégalitaire et injuste où les richesses se trouvent concentrées dans les pays industrialisés. Le reste de l’humanité est condamné à la malnutrition voire la famine et la misère avec toutes ses conséquences tragiques. Ce contraste terrible s’affirme de jour en jour davantage.
Mais la richesse du monde occidental n’est qu’apparente et cache bien des aspects moins reluisants. Nous ressentons chaque jour que le bien-être et la sécurité sont très fragiles. Aujourd’hui les signes de précarité se révèlent de plus en plus : chômage, exclusions, dangers de régressions sociales. Le libéralisme commercial selon le modèle américain qui prolifère dans le monde, la mondialisation du commerce, présentent de grands dangers s’ils ne sont pas maîtrisés et « humanisés ». Le progrès n’est jamais immoral en soi, il le devient s’il est le prétexte d’agissements qui asservissent l’être humain. Au nom du progrès, on peut utiliser les techniques nouvelles pour instaurer la domination de l’homme par l’homme. Il devient alors une autre forme pernicieuse de « lutte des classes »…
Nous pouvons observer, jour après jour, une société de plus en plus enlisée dans de multiples contradictions. Le modèle de « bonheur proposé » est celui de la consommation à outrance, avec toutes les dérives et frustrations qui en découlent. La motivation de l’homme moderne se résume en peu de mots: « gagner vite beaucoup d’argent pour consommer de plus en plus »…L’argent comme gage de réussite et d’affirmation de soi…Bien des jeunes rêvent d’une telle réussite…Mais cette vision matérialiste de la vie fait des ravages dans toute la société..
L’homme contemporain est souvent dépressif, inquiet, parfois suicidaire.
Il se sent de plus en plus abandonné, « jeté », dans une société qui, dans la course à la performance, n’a apparemment plus le temps, ni la force de s’occuper des « maillons faibles »…
Les religions sont en perte de vitesse. Dans une approche où sciences et foi sont inconciliables, ce sont en définitive les sciences basées sur la réalité matérielle qui emportent toujours la victoire, selon la formule : « il n’y a d’autre réalité que la réalité matérielle ». Dès lors, les religions restent, aux yeux de beaucoup « une invention pour rassurer les hommes qui ont peur de mourir, de disparaître »…Certaines religions, à défaut de pouvoir convaincre, se réfugient dans le dogmatisme, l’intégrisme, parfois la violence.
Il devient alors très difficile de trouver des solutions aux problèmes sociaux, capables de réconcilier tous les hommes. Les hommes ne seraient-ils pas tous semblables ? On a cru, à un certain moment, que les sciences, qui ont une vocation d’universalité, parviendraient à réaliser cet idéal. Il faut hélas, constater que finalement les scientifiques sont « aussi » des hommes, avec leurs faiblesses, leurs limites, leurs contradictions. Ils ne sont pas incorruptibles… Les sciences sont par définition objectives , impartiales… Les scientifiques souvent tributaires d’intérêts économiques considérables, ne s’inscrivent pas toujours dans une dynamique de vérité et de liberté. Il suffit d’observer par exemple les débats concernant les OGM …Les tenants d’ intérêts financiers exercent des pressions violentes, utilisant toutes les stratégies dont des publications « d’experts scientifiques » gagnés à leur cause, pour contrer la très grande majorité de consommateurs opposés à la prolifération d’un produit non testé à long terme et dont les « bénéfices » pour l’homme sont plus que contestables. Une des graves conséquences déjà connues aujourd’hui est la contamination de la culture biologique. On pourrait aussi évoquer les nombreuses et inquiétantes malformations congénitales décelées (en Allemagne) sur le bétail nourri d’aliments comportant des OGM.
On ne peut, évidemment, nier le progrès et revenir en arrière…Les ordinateurs et autres appareils électroniques, par exemple, sont devenus indispensables dans la société d’aujourd’hui. Tout doit aller vite.. encore plus vite..il faut « économiser du temps qui est de l’argent » ! Il faut produire « vite et beaucoup » face à un marché concurrentiel où l’efficacité est le seul gage de survie. Mais tout cela ne fonctionne, bien entendu, que si la « demande » existe…Il faut donc consommer beaucoup, afin que l’on puisse produire beaucoup ! Il faut aussi inventer de nouveaux « besoins » pour pouvoir vendre ! Dans notre type de société, l’individualité n’a de poids, d’existence, que par sa qualité de consommateur. L’idéal de vie proposé « au consommateur » se résume en peu de critères : gagner de l’argent pour consommer de plus en plus de biens et prestations de services de toutes natures. L’économie d’aujourd’hui ne se limite nullement à couvrir les besoins primaires et naturels de l’homme, mais se doit de susciter constamment des besoins nouveaux, créés artificiellement, par les moyens considérables de la publicité. Des budgets énormes sont dépensés pour imposer aux consommateurs de nouveaux produits. Tout cela aussi géré de manière professionnelle et « scientifique ».. !
Un nouveau type de guerre et d’affrontement est né : la guerre économique, au nom du profit et du pouvoir de l’argent. La loi de la concurrence engendre de nouveaux cauchemars pour l’individu : nécessités de qualifications de plus en plus grandes , efficacité, flexibilité, disponibilité constante …Nécessité de s’adapter continuellement aux nouvelles techniques et accepter un emploi qui changera probablement plusieurs fois dans la vie. Telle est la réalité quotidienne à laquelle nous sommes tous confrontés et qui présente tous les symptômes d’une vie sociale menacée de dérives profondes. Notre société est de plus en plus inhumaine. Le monde devient invivable…
Comment rendre notre société plus humaine ? L’évidence est de dire « notre vie sociale ne peut redevenir humaine que si elle est conforme à l’homme ». Ce qui semble a priori une « lapalissade », cache cependant une vérité profonde : la vie sociale contemporaine ne répond pas aux aspirations profondes de l’être humain. L’homme ne se réduit pas à sa seule dimension physique. Il n’est pas seulement « l’animal le plus évolué » dans la perspective darwiniste. S’il n’était que cela, les possibilités offertes par le monde de la consommation devraient le rendre pleinement heureux . Ce n’est pas le cas, les biens matériels proposés ne lui donnent qu’un bonheur très éphémère . Le nombre de personnes souffrant psychiquement augmente sans cesse. Celui des suicides aussi, touchant aussi bien les jeunes que les aînés confrontés au stress insupportable du monde du travail. Cette constatation est plus qu’alarmante.
Non, l’être humain est plus qu’un corps physique : il a ses pensées, ses réflexions, ses recherches existentielles, sa quête de vérité, d’absolu, tout ce que les anciens dénommaient « esprit »… Il a aussi sa vie intérieure, ses émotions, ses joies, ses peines, son besoin d’aimer et d’être aimé, ce qui « l’anime » et que l’on désigne par le terme « âme ». Dans le Nouveau Testament, St-Paul qui connaissait bien la culture grecque, parlait de « l’homme pneumatique » (du grec pneuma = esprit) et « psychique » (psyche = âme). Les anciens savaient que l’être humain était à la fois « corps » (aspect matériel, physique visible) , « âme « (vie intérieure, non visible physiquement) et « esprit » (sa dimension spirituelle, non visible physiquement). C’est dans cette perspective que dans l’Evangile de Matthieu (22/37), Jésus reprend à son compte les termes du Deutéronome pour définir le plus grand des commandements : « Tu aimeras le Seigneur de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».
L’Eglise chrétienne primitive admettait donc que l’être humain était à la fois corps, âme et esprit. Ce n’est qu’au Concile de Constantinople en l’an 869, qui opposa l’Eglise de Bysance à celle de Rome que l’être humain fut réduit à ses « composantes corps et âme »..Il s’agissait, à l’époque de désavouer et de faire condamner pour hérésie un des représentants de l’Eglise d’Orient : le fameux théologue et spécialiste du Droit canonique PHOTIOS (820-896). Ce dernier avait dit que l’être humain possède, en plus de son corps, une « âme inférieure » et une « âme supérieure » qui est sans péché…Il reprenait en fait l’idée grecque (reprise comme mentionné plus haut par St-Paul et l’Eglise d’Orient) de « l’homme psychique (= âme) » et de « l’homme pneumatique (= esprit)..Il considérait que cette « âme supérieure » (donc l’esprit) était « sans péché », parce que par nature, elle est spirituelle, donc non corruptible..L’Eglise de Rome prit donc prétexte de la qualification des « deux âmes » par Photios, pour dire que c’était une invention diabolique et souligner que ni dans l’Ancien, ni dans le Nouveau Testament, il n’était question de deux âmes… ! L’idée « d’âme supérieure » (selon Photios), en fait un synonyme « d’esprit », fut condamnée et Photios déclaré hérétique..Le Concile déclara solennellement que l’homme n’était constitué que d’un corps physique et d’une âme. « Exit l’esprit ! »
Au 19/20ème siècle, les sciences ont réduit l’être humain à sa dimension organique physique. Sous cette optique, les facultés du « penser et ressentir humain » ne sont que des émanations, des conséquences de l’organisation matérielle physique… »Les états d’âme » ne sont dès lors que le résultat de processus chimiques complexes de l’organisme…Les psychologues et psychiatres se sont alors spécialisés dans l’étude d’une « âme » qui devenait par là « gérable et influençable » par diverses techniques… « Exit l’âme comme vie intérieure secrète et inviolable » !
Dépouillé successivement de ses composantes « esprit » et « âme », l’homme est aujourd’hui réduit à sa seule existence matérielle. Les conséquences tragiques qui en découlent peuvent se mesurer quotidiennement.
Ce n’est qu’en tenant compte de « l’être humain » dans sa totalité, que nous arriverons à mieux nous comprendre nous-mêmes, par là aussi à être en empathie avec les autres. C’est dans cette approche « identitaire » avec les autres, que se dessineront aussi les besoins sociaux et que pourront être trouvées des solutions vraiment adaptées.
Le grand penseur visionnaire autrichien Rudolf Steiner (1861-1925) a proposé à travers son enseignement une nouvelle image de l’homme. Son « Anthroposophie » ou « science de l’esprit » expose une analyse en profondeur de l’identité et de la vocation humaines. Pour toutes les personnes en recherche, cette approche ouvre vraiment de nouvelles perspectives. Le site http://radher@free.fr va dans ce sens et propose des textes inédits du Dr. H.E. Lauer 1899-1979 (un élève de R. Steiner) qui a consacré une vie entière à se pencher sur les problèmes de la société actuelle.
10:35 Publié dans Choix de société, choix de vie... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : esprit, âme, liberté, philosophie, R. Steiner, H.E. Lauer, religion
